Il restait quelques secondes aux prolongations, le 16 novembre 2025 à Rabat, quand Lionel Mpasi a fait le geste le plus difficile de sa carrière. RD Congo et Nigeria venaient de se neutraliser, 1-1, au terme de la finale des barrages africains pour le Mondial 2026. La séance de tirs au but approchait. Et le gardien titulaire des Léopards a demandé à son sélectionneur de le sortir.

Sébastien Desabre a fait entrer Timothy Fayulu. Le remplaçant a arrêté deux penalties, Chancel Mbemba a transformé le dernier, et la RD Congo a décroché son billet pour les barrages intercontinentaux. Le héros de la soirée s'appelait Fayulu. Mais c'est Mpasi qui avait suggéré l'échange.

" À la mi-temps des prolongations, j'ai eu ce pressentiment, a-t-il raconté en zone mixte. J'ai demandé au coach de garder un changement, parce que je sentais que Tim était prêt pour la séance des tirs au but. Dieu merci, ça a marché. " Il connaissait son partenaire. " Nous travaillons énormément les tirs au but à l'entraînement. Tim excelle dans cet exercice. Il m'a rappelé qu'à Sion, il avait déjà vécu une situation similaire : il était entré en pleine séance et avait sauvé son club. "

Pour mesurer ce que coûte un tel renoncement, il faut revenir deux ans en arrière. En janvier 2024, à la CAN ivoirienne, c'est Mpasi qui était le héros des tirs au but. Huitième de finale contre l'Égypte, 1-1, séance interminable. Le gardien congolais avait transformé lui-même le penalty décisif, 8-7, propulsant les Léopards vers les demi-finales. " Ce penalty me suivra toute ma vie, dit-il. Quand je retourne en RDC, les gens m'identifient à ça. " L'homme qui avait vécu son sommet dans une séance de tirs au but a choisi, au sommet suivant, de la regarder depuis la touche.

Cette capacité à s'effacer, Mpasi l'a apprise à la dure. Enfant de Meaux, né de deux parents congolais, il avait pourtant tout d'un destin tracé : formé au PSG, il y a côtoyé Presnel Kimpembe, Adrien Rabiot, Kingsley Coman. " J'avais des étoiles dans les yeux ", se souvient-il de cette époque. Barré par Alphonse Areola puis Mike Maignan, il signe à Toulouse en 2012 et n'y joue jamais le moindre match professionnel en trois ans. À 21 ans, il se retrouve sans club. " Honnêtement, c'était très, très dur mentalement. Heureusement que ma famille et mes amis étaient présents pour me soutenir. "

Le sauvetage est venu de Rodez, club de National 2 où personne ne l'attendait. Il y est resté neuf ans, accompagnant les montées successives jusqu'à la Ligue 2, et y a disputé plus de 120 matchs avant de rejoindre Le Havre, en Ligue 1, à l'été 2025. " Il y a sept ans, avant d'arriver à Rodez, je n'avais pas de club et j'étais loin de tout ça, confiait-il. C'est pour cela que je profite au maximum. "

La sélection congolaise est arrivée par un coup de fil. " C'est Cédric Bakambu qui m'a contacté et qui m'a demandé si j'étais chaud pour venir. " Première cape en février 2022, une défaite anonyme contre le Bahreïn. Puis la révélation au Gabon, en juin 2023, sept arrêts pour écœurer Aubameyang. Puis la CAN, le penalty contre l'Égypte, la lumière. Et, juste après, l'oubli : blessures au genou, au tibia, retour dans la hiérarchie derrière un autre gardien. " Quand tu reviens et que tu vois que ce n'est pas toi qui commences dans le but, ça fait un peu mal à l'ego, reconnaît-il. Je savais qu'il fallait être patient. "

La patience, encore. Mpasi cite volontiers Steve Mandanda, autre franco-congolais des cages, comme modèle. Il parle du stade des Martyrs de Kinshasa comme d'un lieu qui l'a transformé. " Quand le ballon est loin de mes buts, je regarde les tribunes, et je profite. " À ses anciens coéquipiers de Rodez, il répétait : " Les gars, jouer en Afrique, en RDC, devant 80 000 personnes, c'est quelque chose. "

À 31 ans, le voilà devant le rendez-vous d'une vie. Le 17 juin, au NRG Stadium de Houston, la RD Congo affrontera le Portugal de Cristiano Ronaldo pour son retour en Coupe du monde, cinquante-deux ans après le Zaïre de 1974. Entre la CAN et le Mondial, on lui a demandé ce qu'il choisirait. Sa réponse dit tout de l'homme. " Me qualifier à la Coupe du monde. Parce que ça fait plus de cinquante ans, et je pense que les Congolais le méritent. "

Sources : RFI (entretien, décembre 2025) ; LePotentiel et Congo Profond (zone mixte, 17 novembre 2025) ; afrik-foot ; Mbote ; Radio Okapi ; Wikipédia.

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