Un front uni ne dit pas une stratégie commune. La Coalition Article 64 présente un même refus, celui de la révision constitutionnelle, mais derrière la banderole, chacun de ses acteurs poursuit un agenda qui n'est pas celui de son voisin. Le dialogue annoncé le 17 juillet et la marche maintenue le 22 juillet ne créent pas ces divergences : ils les mettent à nu. En forçant chaque camp à dire ce qu'il veut, et pas seulement ce qu'il rejette, ils exposent les calculs des opposants, jusque-là masqués par un refus commun.
Le premier calcul est celui de Martin Fayulu, et il est électoral. " La finalité de notre démarche, de notre engagement, de notre combat, c'est que la loi fondamentale soit respectée. Et qu'en deux-mille-vingt-huit, Tshisekedi avec ses deux mandats usurpés, il part ", résumait-il. Son horizon est une échéance, 2028, et une urne ; il refuse tout dialogue " pour les postes ". Pour lui, la marche est un instrument de pression sur ce calendrier-là, et sa coalition a maintenu celle du 22 juillet malgré la demande de report des Églises.
Le deuxième est celui de Moïse Katumbi, et il est présidentiel. Le patron d'Ensemble prépare depuis des années sa candidature au scrutin de 2028. Tout ce qui écarte le président sortant sert son calendrier. La C64, dont Ensemble est membre, a fait de la défense de la Constitution sa ligne, et Katumbi figurait parmi ceux qui, dès le 1er mai 2025, réclamaient un dialogue inclusif sous médiation religieuse.
Le troisième calcul est d'une autre nature. La plateforme de Joseph Kabila, " Sauvons la RDC ", soutient la C64, mais son leader est condamné à mort par contumace depuis le 30 septembre 2025, et un rapport du Groupe d'experts des Nations unies publié le 2 juillet lie ses objectifs à ceux de l'AFC/M23, ce que l'intéressé conteste. Pour ce camp, la question n'est pas de choisir un angle de participation, mais de savoir si l'on peut s'asseoir sans être arrêté. José Makila, l'un de ses cadres, avait refusé le déplacement de Bujumbura, y voyant un " piège ".
Ces trois calculs ne mènent pas au même endroit, et Bujumbura l'a déjà montré, en divisant les opposants sur une même invitation. Invités par le président burundais Évariste Ndayishimiye, Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund ont fait le déplacement ; José Makila a refusé, et le camp Kabila a affirmé n'avoir pas été formellement saisi. Une même séquence, des réponses opposées. La rencontre avec le médiateur, la C64 a d'ailleurs tenu à préciser qu'elle ne valait " en rien une négociation de ses convictions ni un marchandage de son combat politique ".
Le pouvoir, lui, connaît la ligne de faille et joue dessus. Par la voix de Peter Kazadi, l'Union sacrée a accusé la C64 de servir de couverture au " projet de Kigali ", en s'appuyant sur les liens que l'ONU établit entre l'entourage de Joseph Kabila et l'AFC/M23. L'argument vise moins à convaincre qu'à séparer : il oppose, dans la coalition, ceux qui misent sur l'urne à ceux qu'il désigne comme tentés par la rue armée.
Reste la mécanique, et elle est simple. Une coalition qui n'existe que par un refus survit tant qu'on ne lui demande rien d'autre que de refuser. Le dialogue et la marche lui demandent, cette fois, de dire oui à quelque chose. La C64 a maintenu la marche, ce qui repousse l'échéance sans la supprimer : le jour où il faudra décider de s'asseoir ou non, d'y aller ensemble ou séparément, chacun devra choisir entre l'urne de Fayulu, la présidentielle de Katumbi et la position singulière du camp Kabila. Rien, à ce stade, n'a rompu. Mais l'unité tient à un mot, et ce mot est " non ".
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