Une phrase de la déclaration du cardinal Fridolin Ambongo contient toute la suite. Le président Félix Tshisekedi a levé l'option d'un dialogue inclusif, a-t-il dit, en fonction de conditions qui se préciseront " chemin faisant ". Ce membre de phrase n'est pas un ornement. Il signifie que rien de ce qui fait un dialogue n'est arrêté, et que tout ce qui reste à arrêter est précisément ce sur quoi les acteurs congolais ne s'accordent pas.
Le calendrier n'existe pas. Aucune date d'ouverture n'a été avancée, ni de durée. Les précédents donnent une échelle : Sun City a duré du 25 février au 12 avril 2002, près de sept semaines, et son accord global n'a été signé à Pretoria que le 17 décembre suivant, huit mois après la clôture. Les Concertations nationales de 2013 ont tenu du 7 septembre au 5 octobre, et le gouvernement de cohésion qui devait en sortir a mis plus d'un an à être formé. Un dialogue annoncé le 17 juillet n'est pas un dialogue qui commence en juillet.
Le lieu n'est pas fixé, et il n'est pas anodin. Sun City était en Afrique du Sud, le dialogue de la Cité de l'OUA à Kinshasa. Or les consultations qui ont précédé l'annonce se sont tenues à Bujumbura, le 6 juillet, au palais Ntare Rushatsi, et le cardinal a remercié les présidents du Burundi et du Congo-Brazzaville. Un dialogue " entre fils et filles du Congo " tenu hors du Congo poserait immédiatement la question de qui l'accueille et de ce que l'hôte y gagne. Tenu à Kinshasa, il poserait celle de la sécurité de ceux qui font l'objet de poursuites.
Le médiateur est l'inconnue la plus lourde, parce qu'elle est déjà contestée. L'Union africaine a désigné le président togolais Faure Gnassingbé pour la crise congolaise, et il est toujours en fonction : il a présidé une réunion de haut niveau à Lomé le 8 juin et reçu le ministre congolais de l'Intégration régionale Floribert Anzuluni le 14 juillet. Aucun acte public de l'organisation n'établit de transfert de mandat vers Évariste Ndayishimiye, qui préside l'Union africaine depuis le 14 février. José Makila, de la plateforme Sauvons la RDC, en a fait un argument de droit : " Le rôle de médiateur ne peut être exercé uniquement sur la base de la présidence de l'Union africaine, mais doit découler d'un mandat formel issu d'une décision collective des chefs d'État de l'organisation. " La déclaration du 17 juillet ne tranche pas. Elle ne nomme aucun médiateur. Elle confie une " mission " aux confessions religieuses, sans en préciser la nature.
La composition n'est pas davantage définie. " Inclusif " est le mot que tout le monde emploie et que chacun entend à sa façon : Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l'accord, réclamait le 10 juillet " le dialogue inclusif, sans aucune exclusion ", et demandait qu'il commence par Joseph Kabila, condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire. L'AFC/M23 a décliné les consultations burundaises, son coordonnateur adjoint Bertrand Bisimwa jugeant inutile de s'interroger sur une médiation " lorsque le médiateur s'avère être, lui-même, belligérant ". Un dialogue sans le groupe armé n'est pas le même objet politique qu'un dialogue avec lui.
L'objet, enfin, est ce que l'annonce contourne le plus soigneusement. Le cardinal a dit que le président invitait tous les Congolais " à s'asseoir et à se dire ce qui ne va pas ". Il n'a prononcé ni le mot Constitution, ni le mot référendum. Or c'est là que gît le contentieux. Une proposition de loi organisant un référendum, portée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, a été adoptée à l'Assemblée nationale le 9 juin par 348 voix contre 2, harmonisée avec le Sénat à la mi-juin, et déférée par le chef de l'État à la Cour constitutionnelle le 29 juin au titre de l'article 160. Elle n'est pas promulguée. La coalition de Martin Fayulu conditionne sa participation au renoncement public et définitif à ce projet. Tant que l'objet du dialogue n'est pas écrit, la condition ne peut être ni satisfaite ni rejetée.
Reste le pouvoir du dialogue, qui n'est pas une inconnue mais une certitude que l'annonce n'évoque pas. L'article 218 réserve l'initiative de la révision constitutionnelle au président, au gouvernement, aux chambres et à cent mille citoyens par pétition. Un dialogue n'y figure pas. Il peut recommander ; il ne peut pas réviser. L'article 220 verrouille le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision. Deux des quatre dialogues congolais ont déjà porté, littéralement, sur cette question : en 2013, les Concertations nationales ont recommandé de ne pas toucher aux dispositions verrouillées ; en 2016, l'accord de la Saint-Sylvestre a écarté le référendum comme la révision. Aucun n'a créé de mécanisme de sanction.
Les conditions qui restent à préciser sont donc, dans l'ordre : la date, le lieu, le médiateur, la liste des invités et l'ordre du jour.
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