La question revient à chaque liste. Pourquoi Abemly Meto Silu, dit Metinho, milieu titulaire du FC Bâle, né à Matadi, n'a-t-il jamais porté le maillot des Léopards. La réponse tient en trois constats, et aucun n'est celui qu'on croit. Rien ne l'a jamais bloqué. Il n'a jamais été international brésilien. Et personne, à Kinshasa, ne lui a jamais posé la question.
Commençons par défaire ce que la presse congolaise répète. Metinho n'a pas été " sélectionné " avec les U20 de la RDC en 2023 au sens où on l'entend. Il a été convoqué une fois, en octobre 2023, dans une liste de la FECOFA pour un stage de la sélection U21 " aile Europe " à Tunis, sous les ordres de Guy Bukasa. Il y figure sous son nom d'état civil, " Abemly Meto Silu, Sparta Rotterdam, Pays-Bas ". Sur la même liste, deux noms qu'on connaît mieux aujourd'hui, Noah Sadiki et Ngal'ayel Mukau.
Ce stage a produit deux matchs, contre la Tunisie U20, les 13 et 16 octobre 2023, perdus 2-1 l'un et l'autre. C'étaient des amicaux. Le seul match dont sa participation soit établie s'est joué le 7 septembre à Rotterdam, contre les espoirs du Sparta, et c'est le club néerlandais qui le rapporte, " chez les espoirs du Congo, Metinho a joué dès le coup d'envoi ". Sa présence sur le terrain contre la Tunisie n'est attestée par aucune source, la FECOFA n'ayant publié ni compte rendu ni composition.
La distinction paraît minuscule. Elle est décisive. Le règlement d'application des statuts de la FIFA, dans son édition de mai 2024, ne verrouille un joueur que s'il a disputé un match " dans une compétition officielle ", c'est-à-dire une compétition de sélections organisée par la FIFA ou une confédération. Le commentaire officiel de la FIFA est explicite, " les matchs amicaux ne sont donc pas des matchs d'une compétition officielle ". Metinho n'a jamais disputé le moindre match de compétition officielle, pour aucune association. Il n'y a rien à changer, rien à débloquer, aucune procédure à lancer. Il est sélectionnable par la RDC au titre le plus simple qui soit, celui de la naissance sur le territoire.
Quant au Brésil, l'idée qu'il l'attendrait ne repose sur rien. Metinho n'a jamais joué pour le Brésil, à aucun niveau, dans aucune catégorie. L'erreur, reprise partout, vient d'un article qui le dit " ancien international brésilien dans les équipes de jeunes " et qui, dans le même texte, affirme qu'il a été " recruté en 2001 par Troyes ", soit deux ans avant sa naissance. Ce qui a existé, en novembre 2020, ce sont trois jours d'entraînement à la Granja Comary, où Tite l'avait appelé pour compléter les séances de la sélection A. Il avait alors dix-sept ans, et il disait à la Confédération brésilienne son rêve d'" être un jour appelé pour les sélections de jeunes ". Un jour. À venir.
Reste son parcours, qui n'est pas celui d'un joueur en perdition. Né le 23 avril 2003 à Matadi, arrivé au Brésil à un an après le départ de son père, grandi dans la favela Cinco Bocas à Rio, naturalisé brésilien en 2019, formé au Madureira puis à Fluminense dont il fut capitaine des U17. Troyes l'achète en juillet 2021, cinq millions d'euros, dans le giron de City Football Group. Suivent les prêts, Lommel, Sparta Rotterdam, puis Bâle en janvier 2025. Le club suisse le transfère définitivement le 17 juillet 2025, environ quatre millions d'euros, contrat jusqu'en 2030. La saison 2025-2026, il a joué 2 260 minutes et marqué trois buts en Super League, avec la Ligue des champions au passage, et remporté le championnat et la Coupe de Suisse. Transfermarkt le valorise à huit millions d'euros. Le RC Lens et Hull City se sont manifestés en juillet 2026.
Alors pourquoi. Nous avons cherché une déclaration, de lui, de son entourage, de son agence, de la FECOFA, de Sébastien Desabre. Il n'en existe aucune. Son entretien le plus long en Europe, publié en octobre 2025, retrace toute sa carrière et sa double identité sans un mot sur la sélection nationale, ni congolaise ni brésilienne. Le sélectionneur des Léopards n'a jamais prononcé son nom publiquement. Le premier site d'information du pays ne l'a jamais écrit. Il n'a jamais figuré sur une liste A, même élargie. Il n'a jamais décliné, puisqu'il n'a jamais été appelé. Le vide est total, et symétrique.
Une doctrine l'explique en partie, et elle est assumée. Le 7 novembre 2024, au siège de la FECOFA, Sébastien Desabre posait sa règle. " Nous, on ne court pas après les joueurs. Il n'y a pas de joueurs à court terme qui vont venir ou revenir en sélection sauf s'il y a un joueur qui nous dit qu'il veut jouer pour le Congo. Nous, l'objectif, c'est de travailler avec ceux qui sont concentrés sur l'objectif du Congo. " Il ajoutait, " certains joueurs qu'on a contactés ont catégoriquement refusé ". Deux ans plus tôt, le secrétaire général adjoint de la fédération, Patou Rainier Mangenda, tenait le discours inverse, " nous sommes prêts à rentrer en contact, dès cette semaine, avec d'autres binationaux dans l'optique de renforcer les Léopards ", et citait dix noms.
L'autre explication est arithmétique, et elle est moins flatteuse pour le joueur. La RDC n'a aucun déficit à son poste, elle a un embouteillage. Dix milieux sur vingt-six dans la liste du Mondial, trois sentinelles pour deux places, Sadiki, Moutoussamy, Edo Kayembe, sans compter Pickel, Kakuta, Mbuku, Mukau. Un site belge s'étonnait en juin 2026 que la RDC se passe de Noah Sadiki, observant qu'un titulaire de Premier League était laissé sur le banc au profit d'un milieu de Championship et d'un joueur de première division grecque. Si Sadiki attend, un milieu de Super League suisse n'a mathématiquement pas de porte.
Ses deux camarades de la liste d'octobre 2023, eux, sont passés. Noah Sadiki a débuté le 6 septembre 2024 contre la Guinée, entré à la 79e minute. Il compte vingt-quatre sélections, a joué les quatre matchs du Mondial, et Sunderland l'a payé quinze millions de livres. Ngal'ayel Mukau a débuté le 16 novembre 2024, entré à la 60e, pour le même Charles Pickel. Dix-huit sélections, quatre matchs de Mondial, Lille. Ni l'un ni l'autre n'a été titularisé d'emblée. Ils ont été appelés, c'est tout.
Le contraste le plus cruel est ailleurs. Jorthy Mokio, dix-huit ans, de l'Ajax, a choisi la RDC en mai 2026. Il est bloqué, parce qu'il compte une sélection A avec la Belgique, disputée à dix-sept ans contre l'Ukraine, et que la règle FIFA lui impose trois ans d'attente. Mokio est verrouillé et veut venir. Metinho est totalement libre et personne ne l'appelle.
Il n'y a donc pas de mystère Metinho. Il y a un joueur né à Matadi, éligible sans la moindre formalité, titulaire en Ligue des champions, sous contrat jusqu'en 2030, à qui aucune fédération n'a jamais demandé s'il voulait jouer pour son pays de naissance. Reste une question que nous n'avons pas pu trancher et qui mérite d'être posée avant toute autre, celle de savoir s'il a conservé la nationalité congolaise après sa naturalisation brésilienne de 2019, le droit congolais posant le principe d'une nationalité une et exclusive. Si c'est le seul obstacle, il est administratif, il se règle, et il ne se réglera pas tout seul.
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Source : https://beto.cd/metinho-abemly-meto-silu-selection-rdc-leopards-fifa/
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