Un dialogue a été annoncé le 17 juillet, mais personne n'a encore dit ce qu'on y discuterait. L'ordre du jour n'est pas écrit, et c'est pourtant lui qui décidera de tout : chaque acteur arrive avec sa liste, et ces listes ne se recouvrent pas. Avant de savoir qui s'assied, il faut savoir sur quoi. État des lieux de ce que chacun veut mettre sur la table.
Le pouvoir : l'unité face à l'agression
Le seul objet que le camp présidentiel ait publiquement assigné au dialogue est la guerre. En annonçant la décision, le cardinal Fridolin Ambongo, qui la portait au nom du chef de l'État, l'a justifiée par " une agression qui vient essentiellement de l'Est du Rwanda " et par la nécessité de l'unité pour y résister. Le 29 juin, dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avait posé le cadre : le dialogue " ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ". Pour le pouvoir, l'ordre du jour est la cohésion nationale, pas la remise en cause de ce qui a été décidé par les institutions.
L'opposition C64 : trois préalables, pas un ordre du jour
La Coalition Article 64 ne discute pas d'un ordre du jour : elle pose des conditions pour s'asseoir. Trois, réaffirmées le 9 juillet puis à la mi-juillet. La première est l'abandon du projet de révision constitutionnelle. La deuxième, une décrispation politique : libération des prisonniers politiques, fin des poursuites qu'elle juge politiques, respect des libertés publiques. La troisième porte sur l'Est. " On ne construit pas un dialogue sous la répression, ni dans la violation permanente de la Constitution ", a résumé l'un de ses dirigeants, Jean-Marc Kabund. Pour la C64, le premier sujet du dialogue est ce que le pouvoir doit concéder avant qu'il ne commence.
La question qui commande tout : la Constitution
Sous les mots, un seul objet cristallise le désaccord. Une proposition de loi organisant un référendum, portée par le député Paul-Gaspard Ngondankoy, a été adoptée à l'Assemblée nationale le 9 juin par 348 voix contre 2, harmonisée avec le Sénat, puis déférée par le chef de l'État à la Cour constitutionnelle le 29 juin. Elle n'est pas promulguée. L'opposition y voit la voie d'un troisième mandat et en fait sa ligne rouge ; le pouvoir n'a pas retiré le texte. Or l'article 220 de la Constitution soustrait le nombre et la durée des mandats présidentiels à toute révision. Un dialogue peut en parler ; il ne peut pas trancher à la place du juge ni du constituant. Le sujet est sur la table avant même que la table existe.
Les Églises : un " Pacte social " et une justice transitionnelle
La CENCO et l'Église du Christ au Congo n'arrivent pas les mains vides. Elles portent depuis 2025 un " Pacte social pour la paix ", présenté au chef de l'État, qui l'a " beaucoup apprécié " sans l'accepter ni le rejeter formellement. Leur feuille de route est propre : un dialogue national assorti de mécanismes de réconciliation. Le cardinal Ambongo a prévenu que " toute initiative qui se limite à des arrangements entre politiciens est vouée à l'échec ". Pour les Églises, l'ordre du jour dépasse le partage entre partis.
Le camp Kabila et l'AFC/M23 : la guerre et la justice
Deux acteurs veulent inscrire à l'ordre du jour ce que les autres préféreraient éviter. Joseph Olenghankoy, président du Conseil national de suivi de l'accord, réclame que le dialogue commence par Joseph Kabila, condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025, et que soient levées les poursuites contre ceux appelés à discuter ; le ministre d'État Azarias Ruberwa a lui-même jugé cette condamnation " ni juste ni humaine ". Quant à l'AFC/M23, elle a décliné les consultations régionales, son coordonnateur adjoint Bertrand Bisimwa jugeant inutile de discuter d'une médiation " lorsque le médiateur s'avère être, lui-même, belligérant ". Un dialogue " entre fils et filles du Congo " qui inclurait le groupe armé n'est pas le même objet qu'un dialogue qui l'exclut. Cette question-là n'est pas tranchée.
Ce qui n'est écrit nulle part
Restent les acteurs sans liste propre. Des mouvements citoyens comme la LUCHA et Filimbi figurent parmi les soutiens de la Coalition Article 64, mais la société civile, la jeunesse et les organisations de femmes n'ont pas, à ce stade, porté d'ordre du jour autonome pour ce dialogue. Et l'ordre du jour lui-même, celui que fixera l'ordonnance présidentielle convoquant les assises, n'existe pas encore. C'est pourtant lui qui dira si le dialogue porte sur la Constitution, sur la paix, sur les deux, ou sur le partage des responsabilités.
Un dialogue est annoncé. Ce sur quoi il portera reste à écrire, et chacun des acteurs sait déjà que la première bataille sera celle de l'ordre du jour.
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