Le rapport de situation N°068 de l'Institut national de santé publique (INSP), arrêté au 21 juillet, fixe le bilan de la dix-septième épidémie d'Ebola à 2 536 cas confirmés et 1 033 décès, pour une létalité de 40,7 %. C'est le décompte officiel. Ce n'est pas, de l'aveu même de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la mesure réelle de l'épidémie. Le 14 juillet à Genève, au retour de Bunia, le directeur exécutif adjoint du programme des urgences sanitaires de l'OMS, Chikwe Ihekweazu, a indiqué que la modélisation de l'organisation situait l'ampleur véritable à " au moins deux à quatre fois " le nombre de cas rapportés. Appliqué au décompte du 21 juillet, ce facteur situerait le nombre réel de contaminations entre 5 000 et 10 000, au bas mot.
L'écart ne naît pas d'un doute sur les cas déjà enregistrés, mais sur ceux qui n'atteignent jamais un registre. Une part importante des décès désormais signalés concerne des personnes mortes au sein de leur communauté, sans avoir rejoint un centre de santé ni reçu de soins. M. Ihekweazu a qualifié ce point de constat " le plus alarmant " de la flambée. Dans les villages reculés de l'Ituri, épicentre qui concentre à lui seul près de neuf cas confirmés sur dix, un malade peut se trouver à plusieurs heures de marche de la structure la plus proche. Quand il meurt chez lui, son cas échappe au comptage, ses contacts ne sont pas retrouvés, et les rites funéraires, qui supposent un contact rapproché avec le corps, prolongent la chaîne de transmission.
Le second angle mort tient à l'origine des nouveaux cas. Malgré un taux de suivi des contacts que l'INSP situe autour de 82 %, la croissance de l'épidémie échappe largement à ce filet. " 80 % des nouveaux cas sont en dehors de nos listes de contacts et nous parviennent par des chaînes de transmission inconnues ", a averti M. Ihekweazu. L'essentiel de la propagation se joue donc là où la surveillance n'est pas encore installée. Les jours précédant sa déclaration, l'OMS avait relevé certaines des plus fortes hausses quotidiennes depuis le début de l'épidémie, dont plus de 80 cas confirmés en vingt-quatre heures.
Lire la courbe comme un plancher
Ce double décalage ne disqualifie pas les chiffres officiels ; il en fixe le statut. Le bilan de l'INSP est un plancher, la limite basse de ce que l'on parvient à documenter, et non un compte exhaustif. L'agence sanitaire européenne, qui relaie les rapports congolais, précise que ces données " font l'objet d'une révision et d'une harmonisation continues ". La létalité affichée, 40,7 %, appelle la même prudence : elle rapporte des décès relativement bien constatés à des cas partiellement recensés, ce qui la rend fragile plutôt que fausse. Le chiffre le plus solide reste celui des morts confirmés ; le plus incertain, celui des malades.
Pour l'OMS, la conséquence est opérationnelle avant d'être comptable. " Nous devons détecter les cas plus tôt, les prendre en charge le plus vite possible ", a insisté M. Ihekweazu, en liant la fiabilité des données à la rapidité de la riposte : moins il y a de morts à domicile, plus le décompte se rapproche du réel. La stratégie qu'il a décrite tient en deux temps, maintenir la pression sur le foyer de l'Ituri et cartographier les routes par lesquelles le virus gagne désormais le Haut-Uélé et la Tshopo. Aucun traitement n'est encore homologué contre la souche Bundibugyo, mais plusieurs sont en essai clinique, et une prise en charge précoce améliore nettement les chances de survie. Tant que des malades mourront loin des centres, une part de l'épidémie restera, par construction, hors du champ des compteurs.
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