Washington affiche sa satisfaction. La première réunion du comité de pilotage conjoint a lancé la mise en uvre de l'accord de partenariat stratégique signé en décembre 2025, la RDC a transmis une première liste d'actifs miniers ouverts aux investisseurs américains, et une entreprise américaine, Virtus Minerals, a déjà décroché un accord sur des gisements de cuivre et de cobalt. Le département d'État parle d'investissements porteurs de " stabilité, de transparence et d'emplois ". Reste à lire cet enthousiasme à froid, loin de la communication officielle, et à poser les trois questions que tout Congolais est en droit de poser : ces progrès profitent à qui, ils portent sur quels minerais et quels chantiers, et surtout, en échange de quelles garanties.
Ce que chacun met sur la table
- Ce que donne la RDC : un accès préférentiel des entreprises américaines à une " réserve d'actifs stratégiques ", listée fin janvier (cuivre, cobalt, lithium, manganèse), et un projet d'exportation de 100 000 tonnes de cuivre vers les États-Unis.
- Ce que promet Washington : des investissements dans le secteur minier, un appui au corridor de Lobito, et une médiation de paix avec le Rwanda, adossée à la stratégie américaine de sécuriser ses minerais critiques face à la Chine.
- Ce qui reste flou : le nombre d'emplois, le calendrier réel, la transformation locale, et les garanties de sécurité, de transparence et de respect des droits.
Pour qui, d'abord. L'accord congolais s'inscrit dans une stratégie américaine qui le dépasse. Lors du sommet des minerais critiques de février à Washington, le secrétaire d'État Marco Rubio a résumé l'enjeu sans nommer la Chine : l'approvisionnement en minerais est " fortement concentré entre les mains d'un seul pays ", ce qui peut en faire " un outil de pression géopolitique ". Quelques jours plus tôt, Donald Trump lançait un projet de réserve stratégique de minerais critiques, doté d'une première enveloppe de dix milliards de dollars par la banque publique d'export-import. Dans ce tableau, la RDC, qui détient plus de 70 % des réserves mondiales de cobalt, est une pièce d'un jeu dont les règles se fixent à Washington. Le premier bénéficiaire affiché du partenariat, c'est la sécurité d'approvisionnement américaine.
Sur quels minerais et quels chantiers, ensuite. La liste transmise fin janvier couvre le cuivre, le cobalt, le lithium et le manganèse, c'est-à-dire le cur des métaux de la transition énergétique, au moment où le cobalt et le cuivre flambent sur les marchés. Le corridor de Lobito, qui doit relier le Katanga minier au port angolais sur l'Atlantique, en est le débouché logistique, et les discussions de Kinshasa à Washington ont porté sur la commercialisation, la transformation locale et ces infrastructures. Mais la transformation locale, précisément, reste une intention plus qu'un engagement chiffré, alors que le ministère des Mines rappelle que plus de 90 % du potentiel minier du pays demeure inexploité, pour une valeur estimée à plus de 25 000 milliards de dollars. La question n'est pas de savoir si les minerais partiront, mais s'ils partiront bruts ou transformés, et à qui ira la valeur ajoutée.
Les garanties, angle mort du partenariat
Reste la question des garanties, et c'est là que la lecture froide se fait la plus sévère. La contrepartie centrale attendue par Kinshasa était la sécurité, via la médiation américaine d'un accord de paix avec le Rwanda. Or, depuis la signature, les hostilités n'ont pas cessé dans l'Est, et se sont même étendues : fin janvier, l'aéroport de Bangboka, près de Kisangani, a été frappé par des drones piégés, une attaque revendiquée par le M23, que les rapports de l'ONU rattachent au Rwanda. Le pari de la paix par le commerce, pour l'heure, n'a pas produit la sécurité promise.
À l'intérieur du pays, les garanties institutionnelles font débat. En janvier, un collectif d'avocats et de défenseurs des droits humains a saisi la Cour constitutionnelle, estimant qu'un accord susceptible d'affecter les lois nationales aurait dû passer par le Parlement ou par un référendum avant d'être signé, faute de quoi il violerait la Constitution. La coalition citoyenne " Le Congo n'est pas à vendre " dénonce, elle, une négociation " dans une totale opacité ", sans le Parlement ni la population. Son porte-parole, Jean-Claude Mputu, résume la crainte d'un troc déséquilibré : le pays aurait " décidé de céder ses ressources minières sans retenue en échange d'une protection américaine ", un pari dont " la population congolaise ne tirera aucun bénéfice " si les droits, la justice et l'environnement restent, selon lui, les grands absents du texte.
Au fond, le partenariat progresse, mais la vraie question n'est pas celle du rythme, elle est celle de la répartition. Washington sécurise un accès à des métaux stratégiques et coche une case dans sa rivalité avec Pékin ; la RDC obtient des promesses d'investissement et une médiation dont le résultat sécuritaire tarde à venir. Entre ces deux colonnes, ce sont les garanties concrètes qui manquent encore : des emplois chiffrés, un calendrier ferme, une transformation locale contraignante, une transparence vérifiable et un retour tangible pour les populations des zones minières. Tant que ces garanties ne figurent pas noir sur blanc, les " progrès " vantés à Washington resteront, vus de Kinshasa, une promesse à l'épreuve des faits.
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Source : https://beto.cd/partenariat-rdc-usa-progres-pour-qui-garanties-lesquelles/
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