Depuis le début de la dix-septième épidémie d'Ebola en Ituri, à la mi-mai 2026, les annonces de financement se succèdent. Le 2 juillet, la Banque mondiale a confirmé une enveloppe de 46 millions de dollars pour appuyer la riposte congolaise, un montant que plusieurs relais avaient d'abord surévalué. Le chiffre, plus modeste que certaines rumeurs, a le mérite d'être un engagement formel. Il s'ajoute à une constellation de contributions dont l'addition, séduisante sur le papier, réclame la plus grande prudence.

La difficulté tient à la nature même de ces montants. Certains sont des promesses politiques, d'autres des engagements signés, d'autres encore des décaissements effectifs, et ces trois réalités ne se valent pas. Le 5 juin, l'Africa CDC et l'Organisation mondiale de la santé chiffraient à 518 millions de dollars le plan continental de préparation. Le 25 juin, le directeur de l'Africa CDC, Jean Kaseya, en révisait le besoin à près de 1,4 milliard, tout en reconnaissant que seulement 13 % en avaient été décaissés. Annoncer un besoin n'est pas le couvrir.

Les bailleurs multilatéraux et bilatéraux avancent en ordre dispersé. Le 4 juin, le Fonds de lutte contre les pandémies annonçait 220,6 millions de dollars. L'Union africaine a fait état de promesses cumulées de l'ordre de 910 millions. Du côté des États, Washington avait annoncé 80 millions le 28 mai, tandis que Londres confirmait 26 millions le 4 juillet, par la voix de sa représentante Alison MacNaughtan. Chacune de ces lignes relève d'un cadre, d'un calendrier et d'un périmètre différents, et les additionner reviendrait à mélanger des choux et des carottes.

Sur le terrain humanitaire, l'écart entre besoin et financement se lit crûment. L'Organisation internationale pour les migrations évaluait ses besoins à 55,8 millions de dollars, dont 20 millions seulement étaient mobilisés, laissant un déficit de 35,8 millions. Action contre la faim, par la voix de sa directrice pays Marie-Aure Torti, estimait son plan financé à hauteur de 35 % à peine, soit un manque de 65 %. " Les besoins augmentent plus vite que les financements disponibles ", résumait-elle. Ces déficits ne sont pas des abstractions comptables, ils se traduisent en équipes qui manquent et en zones qui ne sont pas couvertes.

Le contexte international n'aide pas. La réduction des financements américains à l'aide au développement, à travers le démantèlement de l'agence USAID, prive la riposte d'un contributeur historique. Kinshasa tente de combler une partie du vide avec ses propres moyens. Le 19 juin, le ministre de la Santé, le docteur Samuel Roger Kamba, a annoncé la gratuité des soins pour les cas suspects et confirmés en Ituri, une mesure qui engage le budget national. " L'État congolais prend en charge la gratuité des soins ", a-t-il déclaré, plaçant la souveraineté sanitaire au cœur de la réponse.

Reste à ne pas confondre les milliards. Deux chiffres de " 1,4 milliard " circulent, l'un désignant le besoin révisé du plan Ebola continental, l'autre un plan de réponse humanitaire plus large pour la RDC, financé à environ 53 %. Les mêmes montants, brandis dans des contextes distincts, nourrissent la confusion et l'impression trompeuse d'une abondance de moyens. Pour Kinshasa comme pour les bailleurs, la vraie mesure n'est pas la somme des annonces, mais la part qui atteint réellement les centres de traitement, les équipes de traçage et les laboratoires. Un communiqué de financement se rédige en un jour. Une riposte se paie sur la durée. C'est au décaissement, pas à l'annonce, que se jugera l'effort.

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