Les centres de traitement Ebola ouvrent les uns après les autres dans l'est de la RDC, et ce n'est pas une bonne nouvelle. Début juin, un nouveau centre de 42 lits, extensible à 60, a été inauguré à Bunia. Mi-juillet, lors d'une tournée du ministre de la Santé Samuel-Roger Kamba, un autre a été mis en service à Beni. Cette multiplication n'est pas une précaution, c'est un aveu. Selon l'Institut national de santé publique, le taux d'occupation des structures d'isolement atteignait 95,3 pour cent au niveau national début juillet, et dépassait 133 pour cent au Nord-Kivu. Chaque lit ajouté mesure l'avance que la maladie a prise sur la riposte.

La 17e épidémie d'Ebola de l'histoire du pays a été déclarée le 15 mai 2026 dans la province de l'Ituri, autour des zones de santé de Rwampara, Mongbwalu et Bunia. Elle présente une particularité qui change tout, une souche rare, dite Bundibugyo. Le vaccin Ervebo, qui avait permis de circonscrire les épidémies récentes du Nord-Kivu, ne protège que contre la souche Zaïre. Contre celle qui circule aujourd'hui, il n'existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique. La riposte ne dispose donc pas de l'arme qui avait fait la différence par le passé, et repose entièrement sur les fondamentaux, isoler les malades, retrouver les contacts, enterrer les morts sans risque. L'Organisation mondiale de la santé, qui a déclaré l'épidémie urgence de santé publique de portée internationale dès le 17 mai, évalue quatre vaccins candidats qui, selon elle, pourraient être disponibles d'ici trois mois. Ce sont des essais, pas une campagne en cours.

Les chiffres officiels disent l'ampleur du défi. Dans son point de situation arrêté au 8 juillet, l'Institut national de santé publique dénombrait 1 792 cas confirmés et 625 décès, soit une létalité de près de 35 pour cent. L'Ituri concentre l'essentiel de la charge, plus de neuf cas sur dix. Mais c'est au Nord-Kivu que la maladie tue le plus, avec une létalité supérieure à 56 pour cent, signe d'une détection et d'une prise en charge trop tardives. Trente-sept zones de santé sur cent quatre sont désormais touchées dans les trois provinces concernées. Le tribut du personnel soignant est lourd, l'agence Africa CDC recensait 112 agents de santé infectés depuis le début de l'épidémie, dont 35 sont morts.

La courbe ne fléchit pas. L'Institut national de santé publique relève un nombre croissant de cas confirmés d'une semaine à l'autre, plus de trois cents par semaine à la fin juin, et une transmission communautaire continue. L'épidémie s'étend géographiquement, atteignant de nouvelles zones vers l'Ouganda et débordant vers la Tshopo et le Haut-Uélé. Surtout, la riposte reste un pas derrière le virus. Le suivi des contacts, pilier de tout endiguement, plafonnait à 78,6 pour cent début juillet, loin de la cible de 95 pour cent. La visite du ministre Kamba à Bunia, les 8 et 10 juillet, s'est d'ailleurs déroulée sur fond de grève des prestataires, primes impayées et disparités salariales à l'appui. Le ministre a promis d'y remédier. " Chaque agent recevra une carte professionnelle servant aussi de carte bancaire afin que les paiements soient effectués directement, sans intermédiaire ", a-t-il assuré.

Mais l'obstacle qui distingue cette épidémie de toutes les précédentes n'est pas médical. Il est militaire. L'épicentre se situe dans une région ravagée depuis plus de vingt ans par les conflits armés, où l'Ituri compte à elle seule plus d'un million de déplacés internes. Les milices y visent les structures de santé, l'OMS ayant documenté plusieurs incidents à Mongbwalu et Rwampara, qui créent un risque de transmission non détectée. Plus grave, la maladie a franchi la ligne de front. Elle circule désormais dans des zones du Nord-Kivu passées sous le contrôle de l'AFC/M23, à Goma, à Butembo, à Beni, où l'État congolais ne coordonne pas la riposte. Or on ne trace pas les contacts d'un virus quand les populations circulent librement entre zones gouvernementales et zones occupées. Le président de la commission de prise en charge à Beni, Jérémie Muhindo, décrit une frontière sanitaire aussi dangereuse qu'invisible. " La zone à haut risque, c'est cette zone qui est occupée par les malades. C'est aussi cette zone-là où l'on gère tous les déchets ", explique-t-il.

Le ministre de la Santé, lui, refuse une riposte à deux vitesses. Il plaide pour une approche globale et non séquencée, jugeant impossible de contenir l'épidémie tant qu'une partie du territoire échappe à l'État. Sa conclusion, il l'avait posée sans détour dès la fin mai. " Sans accès aux zones occupées, notamment à Goma, nous ne pouvons pas gérer. Pour moi, la solution est claire et connue de tous, il faut que le Rwanda quitte notre territoire national. Point final ", déclarait-il. L'agence Africa CDC en appelle de son côté à l'ouverture de couloirs de paix pour atteindre les malades des deux côtés de la ligne de front.

À ces contraintes s'ajoute l'argent. Le plan de riposte accuse un déficit de financement estimé à vingt millions de dollars, et Africa CDC réclame le décaissement rapide des engagements pris. La multiplication des lits soigne le symptôme, la saturation, sans traiter la cause, une épidémie qui se propage plus vite que l'État ne construit. Pour la briser, il faudrait réunir trois conditions que la RDC ne maîtrise qu'en partie, un vaccin adapté qui n'existe pas encore, un financement à la hauteur qui manque, et un accès à l'Est que la guerre interdit. En attendant, chaque nouveau centre de traitement inauguré est moins une victoire qu'un rappel, celui d'une course que la riposte n'a pas encore commencé à gagner.

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