Une ligne du rapport de situation n°062 du Centre d'opérations d'urgence de santé publique (COUSP), publié le 16 juillet, a déplacé le centre de gravité de l'épidémie. Un premier cas de maladie à virus Ebola a été confirmé dans la zone de santé de Mahagi, qui devient la vingt-septième touchée en Ituri sur trente-six, et qui borde l'Ouganda. " L'apparition d'un premier cas dans la zone de santé de Mahagi, située à la frontière avec l'Ouganda, élargit davantage l'aire de transmission et renforce le risque de propagation transfrontalière ", écrit le COUSP, pour qui la situation justifie un renforcement immédiat de la surveillance et du dépistage aux points d'entrée.
Mahagi n'est pas un angle mort. Le même document indique que 41 colis d'intrants, soit 363 kilos, y ont été livrés au laboratoire le 15 juillet, et que les 73 points de contrôle et points d'entrée du pays restent opérationnels, dont la totalité des 59 déployés en Ituri. En vingt-quatre heures, 151 585 voyageurs ont été contrôlés à l'échelle nationale, dont 95 006 dans la seule province. La zone figure aussi, moins favorablement, parmi les trois qui n'ont pas transmis leur rapport de suivi des contacts, avec Bunia et Kambala.
Aru, Kasenyi, et pas Mahagi
Ce que Mahagi n'a pas reçu, c'est la couche bilatérale. Depuis trois semaines, la coopération sanitaire entre la RDC et l'Ouganda s'est construite autour de deux postes précis. Elle a été lancée le 23 juin à Aru-Centre, à quelque 300 kilomètres au nord de Bunia. Le mémorandum signé ce jour-là engage les deux pays à partager leurs données épidémiologiques, à mutualiser la surveillance et à ouvrir des centres de traitement en zone frontalière. Concrètement, il s'est traduit par le déploiement de laboratoires mobiles à Aru et à Kasenyi. " Aujourd'hui, nous venons de lancer cette collaboration sanitaire transfrontalière et nous venons de visiter le laboratoire où vont se faire le dépistage de la maladie à virus Ebola ", déclarait alors le directeur général de l'Institut national de santé publique, Dieudonné Mwamba.
Le mouvement s'est amplifié en juillet sans changer de géographie. En visite à Bunia le 7 juillet, le ministre ougandais de la Santé, Chris Baryomunsi, a annoncé le déploiement d'une cinquantaine d'experts ougandais, un appui logistique et l'installation de centres de traitement frontaliers : un centre fonctionne à Aru, un autre s'installe à Kasenyi. Mahagi ne figure dans aucune de ces annonces, alors que le SitRep la cite désormais aux côtés d'Aru et d'Ariwara parmi les zones dont la proximité avec la frontière ougandaise appelle une vigilance particulière.
L'argument de Kampala, et ses limites
Le ministre ougandais avance le bilan de son pays comme une démonstration. " Mon appel s'adresse à la population congolaise. Ebola est une maladie très dangereuse. Plus la prise en charge est précoce, plus les chances de guérison sont élevées. En Ouganda, nous avons enregistré vingt cas confirmés et seulement deux décès. Cela montre qu'une prise en charge rapide permet de sauver des vies ", a-t-il lancé depuis Bunia.
La comparaison demande des précautions que Kampala ne pose pas. L'Ouganda a recensé 20 cas quand la RDC en compte 2 124, un écart d'échelle qui rend les deux létalités difficilement comparables. Son épidémie est éteinte depuis le 21 juin, quand celle de la RDC est en cours, avec 725 patients encore en isolement dont l'issue n'est pas connue. Surtout, selon le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies, quinze des vingt malades ougandais avaient un lien de voyage avec la RDC : ce sont pour l'essentiel des cas importés, dépistés à l'arrivée, non une transmission communautaire installée. Le rapport du COUSP documente par ailleurs un faisceau de contraintes qui dépasse la seule lenteur du diagnostic : saturation des structures, le centre de transit de Bambu étant occupé à 316 % de sa capacité, insécurité, non-paiement des équipes d'enterrements dignes et sécurisés, et un taux d'investigation des alertes tombé à 28,1 % en Ituri.
La frontière a un coût, déjà documenté. La fermeture du poste ougandais de Mpondwe a fait flamber le prix du poisson à Beni et à Butembo, et le président burundais Évariste Ndayishimiye a appelé le 23 juin les États africains à ne pas fermer leurs frontières avec la RDC et l'Ouganda. Chris Baryomunsi maintient les passages ouverts aux camions de marchandises, aux soignants, aux humanitaires et aux forces de sécurité, et conditionne une réouverture complète à l'évolution sanitaire. L'épidémie étant due à la souche Bundibugyo, contre laquelle il n'existe ni vaccin homologué ni traitement spécifique, le vaccin Ervebo ne protégeant que contre la souche Zaïre, la détection précoce et l'isolement restent les seuls leviers. C'est ce qui donne son poids à la porte que le virus vient d'ouvrir.
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