Une femme est morte en couches, et un centre de traitement d'Ebola s'est vidé. Le mercredi 15 juillet 2026, dans l'après-midi, l'hôpital de Nyakunde, en territoire d'Irumu, a été pris d'assaut par une foule de proches en colère, jets de pierres et clôture endommagée. La patiente, venue accoucher, avait développé une anémie sévère. Sa famille avait proposé son sang. " Des membres de sa famille ont proposé de donner leur sang, mais l'hôpital a refusé car les transfusions sanguines sont interdites pendant une épidémie d'Ebola ", a expliqué à l'agence Reuters François Berocan Uderos, biologiste médical de l'établissement. La femme est morte vers quinze heures. L'attaque a suivi.

Ce qui s'est passé ensuite dit l'état de la riposte. Sur la dizaine de malades d'Ebola soignés là, plusieurs se sont enfuis. " L'équipe médicale a depuis quitté l'hôpital. Le générateur qui alimente l'établissement ne fonctionne plus, et les patients ont fui ", poursuit le biologiste, qui n'en comptait plus que trois le jeudi matin. L'organisation humanitaire Samaritan's Purse, dont le centre de traitement jouxte l'hôpital, a évacué son personnel. " Nous avons évacué nos gens, et ceux qui étaient assez en forme dans le centre sont sortis et ont couru. Nous n'y sommes pas retournés depuis, il y a des barrages routiers et nous ne trouvons pas cela sûr ", a déclaré son vice-président, Ken Isaacs, précisant que les patients trop malades pour fuir sont restés, " laissés sans traitement ". L'armée congolaise dit avoir ouvert une enquête.

Il faut nommer précisément ce qui s'est produit, car le raccourci serait tentant. Ce n'est pas un groupe armé qui a frappé, ce sont des familles. La défiance, pas les balles. Elle rappelle l'incendie du centre d'isolement de Rwampara en mai, et surtout les violences de l'épidémie de 2018-2020, qui avait coûté la vie à plus de vingt-cinq agents de santé.

Le même jour, à Genève, le directeur général de l'Organisation mondiale de la santé dressait un constat sans ménagement. " Il s'agit désormais de la troisième plus importante épidémie d'Ebola jamais enregistrée. Au cours du dernier mois, elle s'est propagée plus rapidement que toute épidémie précédente ", a déclaré Tedros Adhanom Ghebreyesus, rappelant que la flambée de 2018-2020 avait mis plus de dix mois pour atteindre 2 000 cas confirmés. Celle-ci les a franchis en deux mois. Les chiffres officiels congolais faisaient état, le 16 juillet, de 2 073 cas confirmés et 796 décès, avec soixante-deux nouveaux cas en une journée, l'OMS estimant l'ampleur réelle au moins au double.

Le plus inquiétant tient à ce que ces chiffres ne montrent pas. Plus de 80 % des nouveaux cas sont détectés hors des listes de contacts connus, " ce qui montre que des chaînes de transmission nous échappent encore ", relève Tedros. Et environ deux tiers des décès surviennent dans les communautés, chez des gens qui n'ont jamais vu un soignant. Autrement dit, le virus circule là où la riposte n'est pas. Le directeur exécutif des urgences de l'OMS, Chikwe Ihekweazu, revenu de Bunia, l'a résumé d'une image. " Il faut imaginer que c'est un incendie. Quelque chose alimente le feu en son cœur, et il s'étend en même temps. "

À cela s'ajoute le nerf de la guerre. Le plan continental conjoint de l'OMS et d'Africa CDC, lancé début juin et chiffré à 518 millions de dollars, accuse un déficit de plus de 400 millions. Sur le terrain, l'argent manque aussi au bas de l'échelle, et la conséquence est visible, les prestataires de la riposte, impayés depuis la mi-mai, ont débrayé début juillet, brûlé des pneus à Rwampara, puis barricadé l'entrée de l'hôpital général de Bunia le 15 juillet. Des équipes d'enterrement, des enquêteurs, des chauffeurs, des fossoyeurs en grève, dans une épidémie qui se gagne précisément par le traçage et les inhumations sécurisées.

L'onde de choc dépasse la santé. Selon Reuters, l'épidémie perturbe désormais les négociations du partenariat sur les minerais critiques soutenu par Washington, celui-là même qui doit desserrer l'emprise chinoise sur le cuivre et le cobalt congolais. Une réunion de revue prévue à Washington a été reportée, des discussions déplacées à Londres, Paris et Bruxelles, une revue de projets annulée faute de participants pouvant voyager depuis les États-Unis, l'ambassade américaine à Kinshasa ayant appelé le 11 juillet ses ressortissants à ne pas se rendre en RDC " pour quelque raison que ce soit ". Le département d'État assure travailler à contenir l'épidémie tout en faisant avancer le partenariat.

Il y a pourtant des raisons de ne pas désespérer, et l'OMS y tient. Trois cent soixante-dix-sept personnes ont guéri, " ce qui montre qu'avec un diagnostic précoce et des soins sûrs, cette maladie peut être surmontée et arrêtée ", plaide Tedros. Les capacités ont grandi, huit cents lits de traitement dans le nord-est, des laboratoires passés de un à seize. Mais le conflit armé, insiste-t-il, entrave l'accès aux zones touchées.

Reste que la journée du 16 juillet raconte une seule et même histoire. Une femme morte faute de transfusion, des patients qui fuient un hôpital, des soignants en grève parce qu'on ne les paie pas, et des réunions minières reportées à Bruxelles. Quatre symptômes d'un même effondrement, celui de la confiance et de l'argent. Le virus, lui, n'a pas eu besoin de faire d'effort supplémentaire.

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