En claquant la porte de la Cour de cassation ce lundi 27 juillet, Constant Mutamba a voulu dénoncer une justice qu'il juge inéquitable. Mais son départ de l'audience, dans le dossier FRIVAO, ne suspend pas la procédure. Il pourrait même l'affaiblir sur le terrain judiciaire, au moment où l'ancien ministre a choisi de porter le combat sur celui de l'opinion.
Devant la Cour de cassation, qui juge en premier et dernier ressort les anciens membres du gouvernement, l'absence du prévenu n'arrête pas le cours du procès. La juridiction peut poursuivre les débats et rendre son arrêt, réputé contradictoire dès lors que l'intéressé a comparu avant de se retirer. Autrement dit, Constant Mutamba peut être jugé sans être dans la salle, et sans possibilité d'appel, l'arrêt de la Cour étant définitif. Son départ le prive surtout de défendre lui-même les exceptions de procédure qu'il entendait soulever, celles-là mêmes qu'il accuse le tribunal de lui refuser.
Le risque est double. Sur le fond, il est poursuivi, aux côtés de Chancard Bukolela, pour des décaissements jugés irréguliers au préjudice du FRIVAO, et encourt une nouvelle condamnation. Elle s'ajouterait aux trois ans de travaux forcés prononcés en septembre 2025 dans l'affaire des fonds destinés à la prison de Kisangani. Cette première peine est déjà assortie de cinq ans de privation de ses droits civiques, qui l'écartent de toute fonction élective. Un second verdict alourdirait un casier qui a déjà brisé sa trajectoire politique.
Le boycott intervient après une série de revers. En août 2025, sa défense avait obtenu la récusation d'un juge. En décembre, la Cour constitutionnelle a rejeté ses deux requêtes contestant la procédure qui l'a conduit devant la Cour de cassation. " C'est à ce niveau que réside notre espoir ", avait alors déclaré son avocat, Me Joël Kitengue, qui misait sur ce dernier recours. " La loi, comme on le dit, est dure, mais c'est la loi ", avait reconnu le même conseil au lendemain de la condamnation de 2025. Les voies juridiques épuisées, il reste à l'ancien ministre le registre politique.
C'est ce terrain qu'il a choisi. En se disant prêt à " boire la ciguë comme Socrate " et en réclamant, quelques jours plus tôt, la retransmission en direct de son procès, Constant Mutamba construit une posture de victime d'un " système mafieux ". Le calcul n'est pas sans base. Lors de l'accueil des Léopards après le Mondial, des voix s'étaient élevées pour réclamer sa libération. Transformer un procès en tribune peut entretenir une popularité, fédérer des soutiens, préparer un retour. Mais cette stratégie a une limite, elle ne pèse pas sur l'arrêt que rendront les juges.
Reste une inconnue, la réaction de la Cour. Elle peut passer outre son absence et statuer, ou renvoyer une nouvelle fois l'examen. Dans un cas comme dans l'autre, le départ de Constant Mutamba aura clarifié une chose. Il ne se défend plus d'abord devant ses juges, mais devant l'opinion. Le pari est lourd, car son issue dépendra moins du droit, dont les portes se sont refermées une à une, que du rapport de force politique qu'il parviendra, ou non, à installer.
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