Un pont a cédé le 15 juillet dans le territoire de Faradje, et douze jours plus tard le sac de ciment se vend à Isiro entre 65 000 et 70 000 francs congolais, contre 40 000 dix jours avant l'accident. La hausse atteint 62,5 %, et 75 % sur la borne haute, selon un calcul opéré à partir des deux prix relevés par DeskEco, seul média à avoir publié sur cet épisode. " Sur les marchés d'Isiro, le sac de 50kg qui se vendait à 40 000 FC il y a 10 jours frôle désormais les 65 000 FC. Certains vendeurs l'affichent même à 70 000 FC selon la disponibilité ", écrit le média économique, qui ne nomme aucun de ses interlocuteurs. Ni Radio Okapi, ni l'Agence congolaise de presse, ni MediaCongo n'ont couvert l'effondrement.
Le pont porte le nom de la rivière Aro, dans le groupement de Tadu, sur la route nationale 26. Il s'est affaissé sous le poids d'un camion. Ce n'était pas la première fois, et l'alerte avait été donnée un an plus tôt, presque jour pour jour. Le 2 juillet 2025, le coordonnateur territorial de la société civile Forces Vives de Faradje, Jean-Claude Malitano, prévenait : " Le moindre passage d'un camion pourrait provoquer l'effondrement complet de l'ouvrage. " L'ouvrage a cédé, et les travaux de réhabilitation ont démarré le 23 juillet 2025, pilotés par la Régie de travaux publics du Haut-Uele, décrits par les services techniques eux-mêmes comme un dépannage provisoire. Aucune source ne relie explicitement cette réparation à l'effondrement de juillet 2026, et aucun marché de réhabilitation du pont Aro, aucun montant, aucun calendrier n'a été rendu public.
Une province sans fleuve, six ponts perdus en deux ans
Le ciment vendu à Isiro ne vient ni de Kinshasa ni du fleuve. Il arrive d'Ouganda par la route, via Arua, Aru et Ariwara en Ituri, puis Faradje. La fiche de synthèse de l'Atlas cartographique de la province, publiée par le ministère de l'Aménagement du territoire, dit pourquoi il n'existe pas d'alternative : à la rubrique logistique, la ligne des voies navigables est vide, et la province ne compte que 657 kilomètres de routes nationales et 1 351 kilomètres de routes provinciales pour 90 973 kilomètres carrés, soit 2,2 kilomètres de route pour 100 kilomètres carrés. Le Haut-Uele est une province de 1,63 million d'habitants sans voie d'eau, où tout passe par une nationale et ses ouvrages d'art.
Ces ouvrages tombent en série. Le pont Bomokandi à Gombari en septembre 2023, le pont Ginva sur l'axe Faradje-Durba en mai 2024, le pont Nzoro entre Watsa et Faradje en février 2025, le pont Aro en juillet 2025, le pont Dogia en février 2026, le pont Aro de nouveau. La presse locale comptait six ponts stratégiques perdus en deux ans dès janvier 2026. Chaque chute produit le même effet, et le gouverneur de la province, Jean Bakomito Gambu, l'avait décrit lui-même à la réception d'un ouvrage en août 2024 : " C'est toute la population qui est dans la joie, c'est depuis le mois de septembre 2023 que le pont Gombari s'était écroulé, ce qui a créé une augmentation des prix des produits de première nécessité et des difficultés sur la circulation de personnes et leurs biens. "
Le prix du ciment à Isiro a déjà servi de thermomètre. Il avait atteint 70 000 francs en février 2025, dans les jours qui ont suivi l'effondrement du pont Nzoro, avant de redescendre à 50 000 ou 52 000 francs en juillet 2025 quand le trafic de camions ougandais avait repris via Aru et Ariwara. La corrélation entre un ouvrage et une étiquette est donc documentée sur un cycle antérieur. Le coût du contournement, lui, a été chiffré devant l'Assemblée provinciale par le député Etienne Andrito Alendo, en septembre 2025 : " Plus de 150 gros véhicules font plus d'un mois pour traverser par barge après avoir payé au moins 300 à 350 dollars américains par véhicule. " À Aru, en janvier 2026, le responsable de la société civile Dieudonné Tchombe faisait le même constat sur un autre point de rupture : " Tous les produits manufacturés, à l'exemple du ciment qui revenait dans le temps à 32 000 francs, coûtent actuellement 56 000 francs. "
Cette fois, l'itinéraire de secours est fermé pour une autre raison. Le 5 juin 2026, dans un communiqué de son secteur opérationnel Uélé relayé par l'Agence congolaise de presse, l'armée demandait à la population " de ne pas fréquenter la route Isiro-Mungbere " pendant des opérations de ratissage consécutives à des incursions attribuées aux ADF. Aucune source consultée n'indique que cette restriction ait été levée depuis. La branche sud du corridor est coupée par un pont, la branche qui la remplace est déconseillée par l'armée.
Le niveau des prix, lui, était déjà connu des services de l'État. Le bulletin LOKOLE de la Cellule d'analyses des indicateurs de développement, rattachée à la Primature, situait en juin 2026 le prix moyen national du sac de ciment à 47 267 francs, et relevait pour la zone Nord, dont fait partie le Haut-Uele, 56 193 francs contre une moyenne nationale de 52 340 francs sur le ciment 42,5. Le même document en donne la raison : " Les difficultés d'accès dans certaines zones du pays, suite à la dégradation avancée des infrastructures routières, à la non navigabilité de plusieurs cours d'eau et au manque de bateaux appropriés pour le transport, ainsi que la complexité géographique de certaines entités, entravent l'approvisionnement en matériaux de construction, ce qui se traduit par de fortes disparités de prix selon les zones. " Le bulletin ne descend pas au niveau d'Isiro : son annexe par territoire n'est pas accessible en ligne.
Ce qui suit le ciment n'est pas établi. Les vendeurs cités par DeskEco disent craindre une contagion aux denrées alimentaires ; aucune source ne documente à ce jour de hausse effective des denrées, du carburant ou des tôles à Isiro depuis le 15 juillet. Le budget provincial 2026, arrêté à 656,8 milliards de francs, ne dit pas publiquement ce qu'il consacre aux infrastructures. Deux ponts, Bomokandi et Kidi, ont été inaugurés le 30 décembre 2025, deux ans après leur effondrement. C'est ce délai, plus que le prix d'un sac, qui dira ce que coûte le pont Aro.
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