Depuis le 2 juillet 2026, le territoire de Kabambare, dans la province du Maniema, subit les incursions répétées d'un groupe armé dirigé par un général autoproclamé nommé Mayaya. Ses combattants sont venus de Nyunzu, dans la province voisine du Tanganyika. Ils affrontent tantôt l'armée, tantôt d'autres groupes armés locaux.

Un mois plus tard, aucun bilan officiel n'a été publié. Ni le nombre de morts, ni le nombre de déplacés, ni le nom des localités reprises ou perdues.

Ce que l'on sait de l'incursion

Les informations disponibles viennent des sources locales et de l'Assemblée nationale. Les combats ont provoqué des pillages, des destructions et des incendies d'habitations. Des familles se sont réfugiées dans la brousse. D'autres ont pris la direction du Sud-Kivu, de Kalemie ou du centre de Kabambare.

Le député national élu du territoire, Emedi Amuri Xavier Todos, a saisi la chambre basse d'une motion d'information. Il décrit une progression accompagnée d'exactions : " Dès qu'il y a affrontement quelque part, il y a mort d'hommes. Monsieur Mayaya et ses troupes ont incendié, détruit et pillé les biens de la population. Face aux crépitements des balles, les habitants n'ont eu d'autre choix que de fuir. "

Sa demande porte sur la procédure, et elle dit en creux ce qui manque. " L'objectif de cette démarche est que la chambre basse, c'est-à-dire la plénière, en décide et adopte une résolution où le bureau en informe certains ministres, notamment le ministre de l'Intérieur, le ministre de la Défense et le ministre des Affaires humanitaires, afin qu'ils puissent intervenir pour qu'il y ait cessation des hostilités ", a-t-il déclaré. Un élu doit donc passer par une motion pour que trois ministères soient informés d'un mois de combats sur le territoire national.

Un territoire déjà travaillé par les milices

Kabambare n'est pas un terrain neuf. Le territoire est disputé de longue date par des factions Maï-Maï Malaika rivales, dont les affrontements de leadership ont déjà provoqué des déplacements massifs.

En octobre 2023, un épisode documenté par le média La Prunelle RDC avait opposé la faction de Mandevu, basée vers Kasongo, à celle de Kabala, basée à Salamabila, dans les aires de santé de Mabanda et Kilaluyulu, zone de santé de Lusangi. Le décompte humanitaire de l'époque faisait état de 1 287 ménages, soit 6 243 personnes déplacées en deux jours, les 1er et 2 octobre. Le mode opératoire relevé alors comprenait des barrières payantes à Kibenga, Kavima et Mabanda, des extorsions, des mariages forcés, des cotisations forcées pour l'effort de guerre, et le recrutement de mineurs dans les groupes armés.

Ce dernier point rejoint ce que documentent aujourd'hui les organisations de protection de l'enfance ailleurs dans l'Est, à Walikale comme à Beni, et il obéit à la même loi congolaise, qui punit l'enrôlement de mineurs de dix à vingt ans de servitude pénale principale.

Ce que les décomptes officiels couvrent, et où ils s'arrêtent

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la MONUSCO daté du 19 mars 2026 ventile les violations recensées par le Bureau conjoint des Nations unies pour les droits de l'homme. Le total national s'établit à 1 555 violations et atteintes, réparties ainsi : 893 dans le Nord-Kivu, 345 dans le Sud-Kivu et 161 en Ituri. Trois provinces sur vingt-six.

Le même rapport délimite ainsi son théâtre : la situation " a continué d'être marquée par des violations et des atteintes dans les zones contrôlées par l'AFC/M23 dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, ainsi que par des violences perpétrées par des éléments des ADF, de la CODECO, de la CRP et des Wazalendo en Ituri ". Le Maniema n'apparaît dans aucun de ces décomptes. Le Tanganyika, d'où viennent les combattants de Mayaya, n'y figure que pour des faits d'espace civique et de logistique.

Le rapport dit lui-même que ses chiffres sont incomplets, et il en donne la raison en note du tableau : " Le nombre de victimes indiqué est probablement inférieur à la réalité en raison des restrictions d'accès au Nord-Kivu. " Le motif tient à l'accès, pas au périmètre. Aucune ligne n'explique pourquoi le Maniema n'entre pas dans le tableau.

La mesure humanitaire nationale existe, elle, mais elle agrège. Selon les données d'OCHA rendues publiques en mars 2026, plus de 74 000 personnes s'étaient nouvellement déplacées depuis le début de l'année, portant le total à environ 6,47 millions de déplacés internes, dont plus de 76 % des mouvements sont directement liés aux attaques armées et aux affrontements entre groupes armés et forces régulières. L'appel de fonds associé s'élève à 621,9 millions de dollars pour plus de 5,9 millions de personnes.

Dans ces 6,47 millions, les familles parties de Kabambare vers la brousse, le Sud-Kivu ou Kalemie sont comptées quelque part. Combien elles sont, personne ne le publie.

Ce qui manque

Le bilan humain du mois de juillet à Kabambare n'a pas été établi publiquement, ni par le gouvernorat du Maniema, ni par l'armée, ni par une organisation humanitaire. Le nombre de déplacés provoqués par les incursions depuis le 2 juillet n'est pas chiffré.

L'identité et la trajectoire du groupe dirigé par Mayaya, parti de Nyunzu au Tanganyika, ne sont pas documentées publiquement : ni son effectif, ni son armement, ni ce qu'il revendique. La suite donnée à la motion d'information du député Emedi Amuri Xavier Todos n'est pas connue à ce jour.

Ces questions sont adressées au gouvernorat du Maniema, à l'administration du territoire de Kabambare, à l'état-major des FARDC, au bureau de l'Assemblée nationale et à OCHA.

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