Dans la nuit du mercredi 29 au jeudi 30 juillet 2026, la Police nationale congolaise a interpellé 578 personnes lors d'une patrouille renforcée dans la commune de la Gombe. Cinq jours plus tôt, dans la nuit du 25 au 26 juillet, une opération de bouclage à Mont-Ngafula en avait interpellé 132. Sept cent dix personnes en cinq jours, dans deux communes de Kinshasa.

Le communiqué du commissariat urbain donne la composition du groupe de la Gombe : 487 hommes, 50 femmes, 37 enfants et 4 personnes présentées comme malades mentales, dont deux se seraient révélées lucides. L'opération, dirigée par le commissaire divisionnaire Israël Kantu, visait les individus soupçonnés de troubler l'ordre public au centre-ville. Douze policiers ont été arrêtés pour violation des consignes : un major, un lieutenant, un chauffeur et neuf autres agents.

Le commandant de la police ville de Kinshasa a félicité ses agents pour leur professionnalisme, annoncé que l'opération du 29 juillet marque le début d'une série de patrouilles renforcées progressivement étendues à d'autres communes de la capitale afin de restaurer l'autorité de l'État, et appelé la population à collaborer avec la police pour neutraliser les auteurs d'insécurité.

Trente-sept enfants, et un régime juridique distinct

Le chiffre qui engage le plus l'État est celui des mineurs. Trente-sept enfants figurent parmi les 578 personnes interpellées en une nuit.

La loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l'enfant leur applique un régime propre. Son article 62 range parmi les enfants en situation difficile, qui bénéficient d'une protection spéciale, l'enfant " rejeté, abandonné, exposé à la négligence, au vagabondage et à la mendicité ", celui qui " se livre à la débauche ou cherche ses ressources dans le jeu ou dans les trafics ou occupations l'exposant à la prostitution, à la mendicité, au vagabondage ou à la criminalité ", et celui qui " manque, de façon notoire et continue, de protection ou ne fréquente aucun établissement scolaire ". Les trois catégories recouvrent la population que vise une patrouille nocturne au centre-ville.

La réponse que la loi prévoit pour ces situations n'est pas la cellule mais le placement social. L'article 63 en fixe la procédure : " Le placement social s'effectue par l'assistant social en prenant en compte l'opinion de l'enfant selon son degré de maturité et son âge. L'assistant social fait rapport immédiatement au juge pour enfants qui homologue ce placement social. " Lorsque l'enfant est entre les mains de ses parents ou de son tuteur, la décision revient au juge pour enfants, saisi sur requête de l'assistant social. L'article 64 borne la mesure : " Le placement social en institution est pris en dernier recours et sa durée maximale est de six mois. "

Le communiqué de la police ne mentionne ni assistant social, ni juge pour enfants, ni orientation des trente-sept mineurs. Ce que ces enfants sont devenus après la nuit du 29 au 30 juillet n'a pas été rendu public, et aucune division des Affaires sociales n'a communiqué de prise en charge.

Cinquante femmes, une qualification et pas d'infraction citée

Le communiqué décrit les cinquante femmes interpellées comme étant " pour la plupart des prostituées exerçant la nuit ". Aucune infraction pénale n'est nommée dans le document, qui ne précise ni le fondement légal retenu, ni combien de ces cinquante femmes ont été déférées, ni combien ont été relâchées à l'issue de la nuit. Les quatre personnes présentées comme malades mentales ne font l'objet d'aucune indication d'orientation sanitaire.

Ce qui se passe ensuite, et que personne ne publie

Le point aveugle de ces opérations est l'aval : la police publie un chiffre d'interpellations, aucune autorité ne publie ce que ces interpellations produisent. Combien des 578 personnes de la Gombe et des 132 de Mont-Ngafula ont été déférées devant un parquet ? Combien ont été relâchées faute de charges ? Combien ont été placées sous mandat d'arrêt provisoire ? Combien de dossiers ont abouti à une audience ? Ces quatre nombres n'existent nulle part publiquement, ni au commissariat urbain, ni au parquet près le tribunal de grande instance, ni au ministère de la Justice.

Or l'aval a un point de chute connu. Le système pénitentiaire congolais, qui a connu au moins six évasions depuis janvier 2026, fonctionne au-delà de ses capacités. La prison centrale de Makala a été construite en 1957 pour 1 500 détenus dans une ville qui comptait alors environ 250 000 habitants et en compte aujourd'hui près de dix-sept millions. Selon l'analyse de l'institut de recherche congolais Ebuteli, la détention préventive représente, d'après le ministre de la Justice lui-même, 80 % de la population carcérale.

La politique nationale de réforme de la justice 2017-2026 décrivait déjà, dès 2016, des " conditions de détention contraires à la dignité humaine : promiscuité et insalubrité des lieux de détention, insuffisance quantitative et qualitative de nourriture, de soins de santé et d'hygiène, taux de mortalité élevé, sanctions illégales, violence ". Une série de patrouilles appelée à s'étendre à d'autres communes alimente donc, en amont, un dispositif dont l'État documente la saturation depuis dix ans.

Les questions posées

Quatre questions restent ouvertes après ces deux nuits. Le sort des trente-sept mineurs interpellés à la Gombe le 29 juillet : confiés à un assistant social, présentés à un juge pour enfants, ou remis à leurs familles. Le fondement légal retenu pour les cinquante femmes, et le nombre d'entre elles déférées. Le bilan judiciaire des deux opérations, celle de Mont-Ngafula le 25 juillet et celle de la Gombe le 29. La suite donnée à l'arrestation des douze policiers, dont un major et un lieutenant, et les faits qui leur sont reprochés.

Ces questions sont adressées au commissariat urbain de Kinshasa, au parquet près le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe, au ministère de la Justice et à la Commission nationale des droits de l'homme.

The post 132 puis 578 interpellés en cinq jours : ce que la loi prévoit pour ceux que les bouclages de Kinshasa ramassent appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/bouclages-kinshasa-gombe-mont-ngafula-interpelles-suites-judiciaires/