Sur le papier, la paix avance. Sur le terrain, elle recule de quinze kilomètres et revient. C'est, en substance, le constat du dernier rapport du Groupe d'experts des Nations unies sur la RDC. Après un an de médiations, à Washington sous l'égide des États-Unis, à Doha sous celle du Qatar, puis à Montreux en Suisse, les experts jugent que ces processus n'ont produit que des " résultats limités ". La diplomatie tourne ; la guerre, elle, tient.

Le cœur du problème tient dans un mot du rapport : repositionnement. Les retraits annoncés des forces rwandaises et de l'AFC/M23 ne se sont, selon les experts, traduits que par des " repositionnements tactiques " de quinze à vingt kilomètres. Un pas de côté, pas un départ. Pendant ce temps, des renforts rwandais, dont des systèmes de défense antiaérienne, ont continué d'affluer jusqu'en avril 2026, et aucun retrait notable n'a été signalé dans les semaines suivantes. Reculer d'un cran devant les caméras, se renforcer dans le dos des médiateurs : le geste dit assez le sérieux de l'engagement.

Rembobinons sur la mécanique de ce surplace. Un accord ne vaut que par sa mise en œuvre, et celle-ci bute sur un désaccord de fond. Kinshasa et Kigali interprètent chacun à sa manière les dispositions signées, si bien qu'un an après la signature de Washington, l'application reste, selon l'ONU, complexe. Chaque camp tient l'autre pour responsable du blocage. Le résultat est un texte vivant dans les communiqués et mort sur les lignes de front.

Le rapport ne dédouane personne. Il relève aussi que la RDC n'a pas tenu son engagement de neutraliser les FDLR, ces rebelles rwandais présents dans l'Est, qui ont continué de combattre aux côtés des FARDC. C'est l'argument que Kigali brandit depuis des années pour justifier sa présence. Mais l'argument ne change pas l'ordre des faits établis par les experts : ce sont bien des renforts rwandais, et non un retrait, qui ont marqué la période, systèmes antiaériens à l'appui.

La géographie diplomatique ajoute à l'impuissance. Le processus de Doha, censé rapprocher Kinshasa et l'AFC/M23, peine à faire bouger les positions. L'étape suisse de Montreux n'a pas donné les résultats espérés. Et un facteur extérieur a pesé : la dégradation de la situation au Moyen-Orient a relégué le dossier congolais au second plan des priorités internationales. La RDC a découvert, une fois de plus, qu'elle n'était pas au centre de l'agenda mondial.

Ce que révèle ce rapport, c'est l'écart entre le théâtre et la scène. À Washington, à Doha, à Montreux, on signe, on s'engage, on se félicite. Sur les fronts de l'Est, à Fizi comme sur les Hauts Plateaux, les combats continuent et les lignes se déplacent. Tant que le retrait restera un recul de quinze kilomètres et que les renforts continueront de passer la frontière, la paix négociée dans les capitales n'aura pas d'adresse sur le terrain.

Reste une question pour Kinshasa. Continuer de miser sur une médiation qui accouche de repositionnements, ou en tirer les conséquences. Le rapport de l'ONU ne tranche pas ce dilemme. Il se contente d'établir, chiffres et distances à l'appui, que la paix annoncée n'a pas encore quitté le papier.

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