L'épidémie a quitté la brousse pour la ville. Après des semaines concentrées dans les zones reculées de l'Ituri, la maladie à virus Ebola a atteint Kisangani, capitale de la Tshopo et l'un des grands carrefours fluviaux du pays. Les autorités sanitaires y ont d'abord confirmé des cas importés, arrivés de l'Ituri via la zone de santé de Nia-Nia. La province enregistre désormais ses premiers décès liés au virus.
Selon le dernier point provincial, la Tshopo compte quatre cas confirmés et trois décès, le dernier patient étant mort ce dimanche au Centre de traitement Ebola de l'Hôpital du Cinquantenaire de Kisangani. Ces chiffres, en évolution rapide, restent à consolider par le point officiel national, mais la tendance est claire : le virus ne se contente plus de circuler, il tue déjà dans la province.
Rembobinons sur le mécanisme de la contagion. Les premiers cas de Kisangani ne sont pas nés sur place. Des personnes originaires de l'Ituri, foyer de l'épidémie, ont voyagé vers la Tshopo en passant par Nia-Nia, introduisant le virus dans une nouvelle province. C'est le scénario que redoutent les épidémiologistes : la maladie qui suit les routes et les fleuves, et qui saute d'un foyer rural isolé à un nud urbain connecté au reste du pays.
La géographie explique l'inquiétude. Kisangani n'est pas un village. C'est une métropole de plusieurs centaines de milliers d'habitants, port majeur sur le fleuve Congo, reliée par voie fluviale et aérienne à Kinshasa et à d'autres provinces. Un foyer qui s'installe dans une telle ville n'a pas la même portée qu'un foyer confiné à une zone de santé enclavée. Les contacts y sont plus nombreux, les déplacements plus rapides, la traçabilité plus difficile.
Face à ce risque, les autorités ont pris des mesures. Dès le 3 juillet, le gouverneur de la Tshopo, Paulin Lendongolia, a signé un arrêté interdisant l'entrée dans la province des dépouilles en provenance des zones déjà touchées par Ebola, quelle qu'en soit la cause du décès. Une disposition qui vise l'un des vecteurs connus de transmission, les corps hautement contagieux et les rites funéraires. Les équipes annoncent par ailleurs des inhumations dignes et sécurisées pour les victimes, afin de limiter les contaminations lors des obsèques.
La riposte s'organise sur le terrain. Dès la détection des premiers signaux à Kisangani, des opérations ont été lancées pour installer et renforcer l'ensemble des piliers de la réponse : surveillance, prise en charge, traçage des contacts, sensibilisation. L'enjeu, dans une ville, est de casser les chaînes de transmission avant qu'elles ne se démultiplient.
Reste que le franchissement d'un seuil est acté. En atteignant Kisangani, l'épidémie change d'échelle et de nature : d'un foyer rural, elle devient une menace urbaine et fluviale. Les prochains jours diront si la riposte parvient à contenir le virus à quatre cas, ou si la Tshopo bascule dans une transmission soutenue. Dans une épidémie d'Ebola, tout se joue à la vitesse à laquelle on isole le premier malade.
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