À une semaine de la marche de l'opposition, le camp présidentiel envoie des signaux contradictoires. Son secrétaire permanent avait appelé à une démonstration de force le même jour. Son parti pivot a répondu qu'il ne descendrait pas dans la rue. Entre l'appel à la mobilisation d'André Mbata et le retrait de l'Union pour la démocratie et le progrès social, c'est une divergence de stratégie qui s'affiche au sommet du pouvoir, à propos de la manifestation prévue le 22 juillet 2026 à Kinshasa contre le projet de révision de la Constitution.
C'est l'UDPS qui a tranché la première. Dans un communiqué rendu public le 14 juillet, son secrétaire général et président par intérim, Augustin Kabuya, a écarté toute contre-marche. " Les militantes et militants sont invités à vaquer normalement à leurs occupations et à éviter les itinéraires empruntés par la marche annoncée de l'opposition, dans un esprit de responsabilité, de discipline et de préservation de l'ordre public ", a-t-il écrit. Le parti de Félix Tshisekedi choisit ainsi de laisser l'opposition manifester seule, écartant le risque d'un affrontement entre militants rivaux.
La consigne prend le contre-pied d'un autre responsable de la coalition. Quelques jours plus tôt, depuis Yaoundé, le secrétaire permanent de l'Union sacrée de la nation, André Mbata Mangu, avait appelé à faire du 22 juillet une " journée de forte mobilisation " à Kinshasa, dans les provinces et au sein de la diaspora, présentant ce rendez-vous comme une manifestation du pouvoir face à ce qu'il décrivait comme une tentative de coup d'État. Deux lectures opposées d'une même échéance, l'une misant sur la démonstration de rue, l'autre sur l'évitement.
Le désaccord ne se limite pas à ces deux voix. Plusieurs cadres de la coalition, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, ont jugé qu'une contre-manifestation conduirait " droit dans le piège de l'opposition ", tandis que l'ancien ministre Steve Mbikayi plaidait pour un changement d'itinéraire de la marche adverse afin de prévenir tout heurt. La question de la réponse à donner à l'opposition apparaît ainsi loin d'être arbitrée au sein de l'Union sacrée.
La marche que le pouvoir hésite à concurrencer est portée par la Coalition Article 64, qui rassemble plusieurs formations de l'opposition. Sa lettre de notification est signée notamment par Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Les organisateurs entendent défendre ce qu'ils qualifient d'ordre constitutionnel, réclamer le retrait du projet de révision et remettre un mémorandum au chef de l'État. Initialement fixée au 8 juillet, la marche a été reportée au 22 après une invitation à des consultations à Bujumbura. Le gouvernement, qui n'a pas délivré d'autorisation formelle, a indiqué qu'il en prendrait acte et l'encadrerait, tout en promettant de réprimer tout débordement.
Le bras de fer se joue sur un dossier sensible, celui de la Constitution. L'opposition dénonce un projet qui viserait, selon elle, à lever la limite de deux mandats présidentiels, quand le pouvoir présente sa démarche comme une réforme institutionnelle. Félix Tshisekedi a opté pour une saisine de la Cour constitutionnelle plutôt qu'une promulgation directe. En juin, la Conférence épiscopale nationale du Congo avait jugé une révision " ni nécessaire, ni urgente, ni opportune ", ajoutant une voix d'Église au camp des sceptiques.
À la faveur de cette sortie, Augustin Kabuya a aussi répliqué à un rapport de Human Rights Watch. Publié le 9 juillet, le document accuse la Force du Progrès, présentée comme un groupe de jeunes lié à l'UDPS, d'avoir participé aux violences ayant émaillé un sit-in de la Coalition Article 64 devant le Palais du Peuple, le 12 juin. L'organisation dit avoir recueilli des témoignages de membres de la coalition et de la Force du Progrès blessés ce jour-là. L'UDPS conteste ces conclusions, reprochant à l'ONG de s'être appuyée sur les seules allégations de l'opposition sans recueillir sa version, et affirme n'avoir mandaté aucun militant.
Le parti assure avoir saisi la justice, une plainte ayant été déposée le 22 juin auprès du parquet général près la Cour de cassation, où le dossier est à l'instruction. Les accusations visant la Force du Progrès restent donc contestées et non tranchées. En refusant la rue le 22 juillet, l'UDPS espère éviter l'étincelle, mais l'épisode aura d'abord mis au jour les fissures d'une coalition qui peine à parler d'une seule voix.
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