Le rapport de situation de l'Institut national de santé publique, arrêté au 13 juillet, affiche un taux de suivi des contacts de 67,4 %. Derrière ce pourcentage se joue le cœur de la lutte contre Ebola. Chaque personne testée positive a côtoyé des proches, des voisins, des soignants : ces contacts doivent être recensés puis surveillés chaque jour pendant vingt et un jours, la durée maximale d'incubation, afin de les isoler dès les premiers symptômes. Un contact suivi qui tombe malade est pris en charge sans contaminer autour de lui. Un contact perdu de vue devient, lui, un possible nouveau foyer.

À 67,4 %, près d'un tiers des personnes exposées échappent à cette surveillance. Les dispositifs de riposte visent un suivi aussi proche que possible de l'exhaustivité, car c'est la complétude du traçage, et non sa moyenne, qui casse les chaînes de transmission. Chaque maillon manquant peut relancer, à lui seul, une flambée dans une nouvelle avenue ou un nouveau village.

La cause de ce déficit se lit d'abord sur le terrain, en Ituri, épicentre de l'épidémie. À Bunia, les relais communautaires qui font du porte-à-porte pour repérer les cas et sensibiliser les familles travaillent, selon Radio Okapi, la peur au ventre, essuyant insultes, menaces et agressions de la part d'habitants réfractaires. Leur travail commence pourtant à faire reculer le déni. " Actuellement nous voyons que la population commence à comprendre que la maladie existe. Dans des avenues, il y a des gens qui ont même accepté pour se faire dépister volontairement ", témoigne Samuel Rehema, l'un des responsables de cette dynamique dans l'aire de santé de Bigo. Mais les volontaires signalent aussi un déficit d'effectifs pour couvrir l'ensemble des zones de la ville.

L'acceptation par les communautés reste la clé de voûte de toute la surveillance. " Nous devons nous mobiliser beaucoup et davantage autour de la communication parce que l'acceptance communautaire et l'engagement communautaire sont la base de toute opération ", avertissait sur Radio Okapi Nicole Lufungi, chargée des programmes de l'ONG Hands For Help. Sans confiance, les malades se cachent, les familles taisent les contacts, et le traçage se grippe.

À cette résistance sociale s'ajoutent des obstacles matériels qui pèsent directement sur la surveillance. Le plan conjoint du gouvernement et de l'OMS, évalué à 510 millions de dollars, n'était financé qu'à hauteur de 35 % à la mi-juin, et une grève de prestataires réclamant leurs primes a désorganisé les équipes. L'insécurité entretenue par des groupes armés comme la CODECO et les ADF ferme l'accès à des zones entières, et un centre de traitement a été attaqué et incendié début juillet en Ituri. Autant de terrains où les contacts ne peuvent tout simplement pas être suivis.

C'est ce chantier qu'hérite le docteur Steve Ahuka, désigné le 13 juillet manager de terrain de la riposte. Renforcer le suivi des contacts suppose davantage de relais, mieux protégés et payés, une confiance patiemment reconstruite et un accès sécurisé aux foyers. Tant que le traçage restera incomplet, des chaînes de transmission pourront se maintenir hors de vue des équipes. La bataille contre Ebola ne se gagnera pas seulement dans les centres de traitement, mais dans la capacité à ne perdre aucun contact de vue.

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