Deux explosions ont retenti le mardi 28 juillet 2026 à Nyabiondo, chef-lieu du secteur d'Osso-Banyungu, à 110 kilomètres au nord-ouest de Goma, sur une position tenue par l'AFC/M23. Elles se sont produites à proximité de l'église catholique de la cité, vers 9 heures selon Radio Okapi, vers 8 heures selon MediaCongo. Les activités ont cessé pendant plusieurs heures, des familles ont quitté leurs domiciles, et le retour s'est fait progressivement dans la soirée puis le lendemain matin. Aucune infrastructure civile n'a été touchée. Personne ne sait combien de personnes ont été tuées ou blessées, parce que la zone reste fermée aux civils et qu'aucune évaluation indépendante n'y est possible.

Sur l'origine, le récit s'arrête net. " D'après des notabilités de la région, un drone aurait été aperçu dans le ciel de Nyabiondo vers 9 heures, avant que deux explosions successives ne soient enregistrées à proximité de l'église catholique de la cité ", écrit Radio Okapi. Ces notabilités ne sont pas nommées. Aucun débris n'a été documenté, aucune imagerie n'a été produite, aucun spécialiste n'a examiné le site. Aucun acteur n'a revendiqué, aucun n'a démenti. " Les autorités militaires ne se sont pas encore exprimées publiquement sur les circonstances exactes de l'incident ni sur les résultats de cette opération présumée ", ajoute le média public. Ce n'est pas une lacune de couverture, c'est devenu la règle.

Ce que l'ONU écrit, et qui décrit exactement Nyabiondo

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies du 19 mars 2026 formule le constat en une phrase, à son paragraphe 14 : " L'AFC/M23, soutenue par la Force de défense rwandaise, tout comme les Forces armées de la République démocratique du Congo ont intensifié leurs frappes de drones depuis le 1er janvier ; certaines d'entre elles ont fait des victimes parmi la population civile, mais la plupart de ces frappes n'ont été revendiquées par aucune des deux parties. " Un civil de Masisi vit donc sous des engins dont personne ne se déclare l'auteur, et devant lesquels il n'a aucun recours identifiable.

Le décompte des derniers mois donne la mesure. Le 2 janvier 2026, une frappe sur Masisi-centre a tué au moins sept civils et blessé plus de quarante personnes, dont quarante-deux prises en charge à l'hôpital général selon Médecins sans frontières. Le 3 février, l'AFC/M23 a revendiqué des attaques aux munitions rôdeuses sur l'aéroport de Bangoka à Kisangani, premières attaques revendiquées par le mouvement hors du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le 23 février, à Rubaya, un drone piloté par les forces congolaises a tué le porte-parole militaire de l'AFC/M23, seule frappe de la période dont les Nations unies désignent l'auteur. Le 11 mars, une attaque par drone non revendiquée a tué un membre du personnel de l'UNICEF et deux autres personnes dans le quartier Himbi, à Goma. Le mois de février a concentré trente et une frappes recensées par ACLED, un record. Le 14 juillet, une position wazalendo a été visée à Kinyahongo, à quelques kilomètres de Nyabiondo, par une attaque attribuée à l'AFC/M23, sans bilan disponible.

Nyabiondo elle-même en est à son deuxième épisode. Le 26 février 2026, dans le quartier Isiro, un engin avait explosé et blessé trois civils. Radio Okapi parlait alors d'un engin militaire, d'autres médias d'un drone. Deux qualifications pour un même fait, aucune expertise pour trancher. La cité est passée sous contrôle de l'AFC/M23 le 9 mars 2025, après quatre jours de combats.

Un territoire coupé, donc invérifiable

Si aucun bilan ne sort de Masisi, c'est aussi parce que le territoire ne communique plus. Le même rapport onusien le note au paragraphe 17 : " Depuis la fin janvier, des coupures quasi totales des télécommunications à Rutshuru et Masisi ont entravé le suivi et le signalement des attaques et ont lourdement pesé sur les moyens de subsistance des civils qui dépendent des services de paiement par téléphone mobile. " L'invérifiable n'est pas un accident, il est produit par la situation elle-même. Sur la période couverte par ce rapport, 893 violations des droits humains ont été recensées au Nord-Kivu, dont 503 attribuées à l'AFC/M23, principal auteur. Au 31 janvier 2026, la province comptait 1,3 million de déplacés, sur 6,5 millions dans le pays. Depuis le 24 juillet, les combats ont repris entre l'AFC/M23 et les Wazalendo dans les groupements de Kibabi I, Kibabi II et Ufamandu I, avec de nouveaux déplacements vers Ngungu.

Le droit, lui, ne connaît pas l'anonymat des frappes. L'accord signé le 27 juin 2025 à Washington engage les deux parties à son paragraphe 1.8 : " The Parties shall facilitate the free movement of civilians, including humanitarians. The Parties must comply with international humanitarian law, including in the implementation of this Agreement. " Devant le Conseil des droits de l'homme, en mars 2026, la Haute-Commissaire adjointe des Nations unies aux droits de l'homme, Nada Al-Nashif, visait explicitement l'ensemble des belligérants : " Nous sommes également préoccupés par l'utilisation accrue de drones, d'artillerie et d'autres armes explosives par toutes les parties, y compris dans des zones densément peuplées, causant de graves dommages aux civils et aux infrastructures essentielles. " En janvier, après la frappe de Masisi-centre, la MONUSCO déclarait condamner " fermement toute attaque, y compris par drones, visant ou affectant des civils et des infrastructures civiles ".

Le coordonnateur de la société civile du Nord-Kivu, John Banyene, décrivait le 22 juillet ce que subissent les territoires occupés : " Le M23 continue de massacrer, torturer, violer, piller les ressources naturelles et les biens de la population, occuper illégalement des habitations et des champs, imposer des taxes illégales qui asphyxient la population, recruter de force des jeunes et commettre des assassinats ciblés. " Aucun habitant de Nyabiondo n'a pu être entendu sur l'explosion du 28 juillet. Aucun chef coutumier, aucun responsable de la société civile d'Osso-Banyungu n'a été cité par une source. La première vérification possible ne sera ni un communiqué ni une revendication : ce sera le jour où quelqu'un pourra entrer dans la zone et compter.

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