La fermeture, le 9 juillet, de la mine KCC à Kolwezi, filiale du géant Glencore, a mis un mot sur un mal ancien. Parmi les griefs de la Direction générale des impôts (DGI) figure la " minoration des prix de cession des minerais exportés ". Derrière ce terme technique se cache l'un des principaux canaux par lesquels la richesse minière de la RDC fuit vers l'étranger, hors de portée du Trésor public.

Le procédé est connu des fiscalistes sous le nom de prix de transfert. Lorsqu'une société minière vend son cuivre ou son cobalt non pas à un acheteur indépendant, mais à une entité du même groupe établie à l'étranger, le prix de la transaction devient une variable d'ajustement. Facturé sous le cours du marché, il déplace le profit là où l'impôt est faible, et prive le pays producteur d'une part de la valeur créée sur son sol. L'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et le Forum intergouvernemental sur l'exploitation minière (IGF) en font l'un des grands risques d'érosion de la base fiscale des pays miniers. La loi congolaise, comme les standards internationaux, impose pourtant le " principe de pleine concurrence " : une cession entre sociétés liées doit se faire au prix qu'auraient consenti des acteurs indépendants.

L'ampleur du phénomène reste difficile à chiffrer, mais les ordres de grandeur donnent le vertige. En octobre 2025, un audit de la Cour des comptes, révélé par Reuters, a mis au jour un écart de 16,8 milliards de dollars dans les déclarations des compagnies minières entre 2018 et 2023. Les entreprises avaient déclaré 98,2 milliards de dollars de chiffre d'affaires à la DGI, mais 81,4 milliards seulement aux fonds de développement communautaire. Cet écart ne mesure pas une perte sèche. Il révèle autre chose : les chiffres varient selon l'interlocuteur. Au titre de la seule dotation communautaire de 0,3 %, le manque à gagner pour les collectivités atteint près de 198 millions de dollars, selon le média Bankable, qui cite le même rapport. La juridiction financière a recommandé de suspendre les sociétés non conformes et d'engager des poursuites. Parmi celles qu'elle cite figurent Kamoa Copper, Tenke Fungurume, Sicomines et, déjà, Kamoto Copper Company, la filiale de Glencore aujourd'hui sous scellés.

Le cuivre et le cobalt ne sont pas seuls concernés. L'or artisanal, plus insaisissable, échappe presque entièrement au circuit officiel : près de 50 tonnes quitteraient chaque année le pays en contrebande, pour un manque à gagner estimé à 7,5 milliards de dollars, selon l'entreprise publique DRC Gold Trading. Dans un pays où les mines pèsent plus de 90 % des exportations, chaque point de fuite se lit ailleurs : en écoles non construites, en soldats mal payés, en ripostes sanitaires sous-financées.

Traquer ces fuites relève d'une expertise rare. Fixer le juste prix d'un concentré de cobalt suppose d'en connaître la teneur, les cours mondiaux, les frais de traitement et de transport, autant de données que les groupes miniers maîtrisent mieux que l'administration. L'OCDE et l'IGF ont bâti des cadres spécifiques pour le cuivre et le cobalt afin d'aider les États producteurs à reconstituer ces prix. Mais la RDC part de loin. Son Code minier de 2018, qui a porté la participation de l'État de 5 à 10 % et la redevance sur le cuivre et le cobalt de 2 à 3,5 %, a multiplié les prélèvements sans toujours doter l'administration des moyens de les vérifier.

C'est ce retard que Kinshasa tente aujourd'hui de rattraper. La commission ad hoc d'audit des actifs miniers, créée en mai 2025, la montée en puissance de la Cour des comptes et l'offensive de la DGI, jusqu'aux scellés de KCC, participent d'un même mouvement : reprendre la main sur une rente longtemps captée ailleurs. Le contentieux avec Glencore, que la DGI chiffre à environ 3 milliards de dollars, en est le test grandeur nature. Le groupe conteste et juge les prétentions de l'administration " complètement sans fondement ".

L'exercice tient du fil tendu. Trop de fermeté peut effrayer des investisseurs que la RDC courtise par ailleurs, et l'arrêt de KCC menace déjà des milliers d'emplois à Kolwezi. Le précédent malien invite à la nuance : après un audit comparable, Bamako a récupéré à l'amiable une partie des sommes dues, avant de s'enliser dans un bras de fer avec le géant Barrick Gold. Reste l'essentiel, que résume la colère née autour de KCC. Dans le sous-sol le plus riche d'Afrique, la question n'est plus de produire, mais de savoir qui encaisse.

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