Ce mardi 28 juillet 2026, les villes de Goma (Nord-Kivu) et de Bukavu (Sud-Kivu), actuellement sous l'administration de fait de l'AFC-M23, ont été le théâtre de manifestations présentées comme des initiatives citoyennes. Derrière les revendications portées par une prétendue " société civile plurielle ", plusieurs témoignages recueillis auprès d'habitants dénoncent toutefois une vaste opération de propagande et de coercition orchestrée par la rébellion.
Goma : une ville paralysée par la contrainte
À Goma, le mot d'ordre de la manifestation a fortement perturbé les activités socio-économiques. Les transports en commun ont été interdits de circuler dès les premières heures de la matinée, sur instruction des responsables rebelles.
Officiellement, la marche visait à s'opposer à un prétendu projet de modification de la Constitution en RDC, à dénoncer les sanctions des Nations unies contre certains cadres de l'AFC-M23 ainsi qu'à condamner les massacres de civils à Beni et à Minembwe.
Cependant, plusieurs habitants interrogés par BETO.CD décrivent une réalité bien différente. Selon eux, les responsables de la rébellion auraient mobilisé les chefs de base afin de contraindre la population à participer à la manifestation.
" La population est prise en otage. Elle n'a pas son mot à dire. Nous vivons dans une véritable prison à ciel ouvert et nous ne pouvons rien faire. Les chefs de base sont passés dans les quartiers pour annoncer la manifestation et menacer de sanctions ceux qui refuseraient d'y prendre part ", témoigne un habitant sous couvert d'anonymat.
Selon les mêmes sources, les organisateurs auraient également fait appel à des personnes venues de l'autre côté de la frontière afin de gonfler les rangs des manifestants.
" Nous avons vu de nombreux citoyens rwandais traverser la frontière pour rejoindre les cortèges. La plupart des habitants qui ont participé à la marche ne l'ont pas fait de leur plein gré ", affirme notre source.
Colère et incompréhension de la population
Au sein de la population, l'indignation se mêle à l'incompréhension face aux messages portés par les organisateurs. Plusieurs habitants remettent en cause la légitimité de cette " société civile ".
" Les organisateurs sont-ils vraiment Congolais ? Les rebelles tuent des civils à Goma et dans d'autres zones sous leur contrôle, mais nous ne les avons jamais vus manifester pour dénoncer ces crimes. Ils prétendent protester contre un changement de la Constitution. Quelle manipulation ! Eux qui veulent renverser le régime par les armes, pensent-ils pouvoir le faire sans remettre en cause la Constitution ? ", s'interroge un autre résident.
Bukavu opte pour le boycott
Contrairement à Goma, Bukavu a offert un tout autre visage. La mobilisation y a été très faible, la majorité de la population ayant choisi de boycotter la manifestation.
Pour de nombreux habitants, cette faible affluence traduit un rejet de ce qu'ils considèrent comme une tentative de manipulation de l'opinion publique.
À Goma, certains saluent cette attitude et appellent désormais à une prise de conscience collective.
" Nous devons suivre l'exemple de nos frères de Bukavu. Pour sortir de cette prison, nous devons prendre nos responsabilités. Arrêtons l'hypocrisie. Pourquoi ne pas manifester pour exiger le départ des rebelles ? Si nous avons peur des balles aujourd'hui, nous finirons par mourir de faim et sous la domination rwandaise ", conclut notre source.
Cette journée du mardi 28 juillet met en lumière le fossé grandissant entre les autorités de fait de l'AFC-M23 et une partie de la population locale, qui, selon les témoignages recueillis, se dit soumise à de fortes pressions tout en exprimant son rejet de ce qu'elle considère comme une instrumentalisation politique.
Azarias Mokonzi
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