C'est une décision qui touche à un mal ancien de l'économie minière congolaise. Le vendredi 10 juillet, à la Cité de l'Union africaine à Kinshasa, le président Félix Tshisekedi a présidé la 94ᵉ réunion ordinaire du Conseil des ministres. Dans sa communication, le chef de l'État a ordonné la fin " immédiate et définitive " de la présence illégale des militaires et des policiers sur les sites miniers, sur l'ensemble du territoire national. L'annonce a été rapportée par le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, à la télévision nationale.

La consigne ne se limite pas à un vœu. Le président a chargé le vice-Premier ministre de l'Intérieur et de la Sécurité, le vice-Premier ministre de la Défense nationale, le chef d'état-major général des Forces armées et le commissaire général de la Police nationale de prendre, sans délai, toutes les mesures pour mettre un terme à " toute militarisation illégale des sites miniers ". L'exécution, précise le compte rendu, doit être immédiate.

Rembobinons. De longue date, la présence d'hommes en armes sur les carrières artisanales est décrite comme une source de prédation. Sur de nombreux sites, des militaires et des policiers sont accusés de contrôler les accès, de prélever des taxes informelles et de monnayer une " protection " aux creuseurs et aux négociants. Ces pratiques, documentées par des organisations de la société civile, détournent une part de la production hors des circuits légaux et privent l'État de recettes. C'est ce système que la décision présidentielle entend démanteler.

Dans le secteur artisanal, la mesure a été accueillie favorablement. Le Service d'assistance et d'encadrement de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle (SAEMAPE) a salué la décision, qui vise directement l'un des facteurs d'insécurité et de racket sur les chantiers. Pour les creuseurs, pris entre la pression des hommes armés et la faiblesse des prix payés au bas de la chaîne, le retrait des forces de sécurité est présenté comme une condition d'assainissement.

La décision s'inscrit dans une séquence plus large. L'État congolais a engagé un durcissement de sa doctrine minière : contrôle renforcé des grands opérateurs, mise sous surveillance d'entreprises étrangères, volonté affichée de capter davantage la rente du cuivre, du cobalt et de l'or. Retirer les uniformes des carrières relève de la même logique : reprendre la main sur une ressource qui échappe, en partie, à l'autorité de l'État.

Reste le plus difficile, l'application. La présence des forces de sécurité sur les sites miniers est enracinée, et les intérêts qu'elle nourrit ne se dissipent pas par décret. La question se complique encore dans l'est du pays, où des pans entiers de l'exploitation minière échappent à Kinshasa, sous le contrôle de groupes armés, dont le M23 soutenu par le Rwanda. La décision du 10 juillet vise le territoire national, mais son test se jouera loin des salles du Conseil, sur les carrières elles-mêmes.

En nommant les responsables chargés de l'exécuter, le président a fixé une chaîne de redevabilité. Le signal est clair. Sa portée réelle se mesurera à ce qui changera, ou non, à l'entrée des sites miniers.

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