Le 8 juillet 2026, à bord d'Air Force One, au retour du sommet de l'OTAN en Turquie, Donald Trump énumérait ses guerres. " Pensez aux guerres que j'ai réglées. Huit. Regardez même au Congo. Le Congo contre le Rwanda. Je l'ai réglée après quatorze ans et environ quinze millions de personnes décapitées. J'ai réglé celle-là. " Il ajoutait qu'il aurait dû recevoir le prix Nobel de la paix " plus que quiconque l'ayant jamais reçu ". Sept jours plus tard, le 15 juillet, l'échéance à laquelle les forces rwandaises devaient avoir quitté l'est de la RDC passait sans qu'un soldat ne bouge. La presse congolaise a titré sur un ultimatum américain expiré. Il n'y a jamais eu d'ultimatum.

Il faut remonter à la source, parce qu'elle tient en soixante-quinze mots. Le jeudi 4 juin 2026, Marco Rubio est auditionné par la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants sur le budget du département d'État pour l'exercice 2027. Dans sa déclaration liminaire, il énumère ses dossiers, Inde-Pakistan, Thaïlande-Cambodge, Gaza, Arménie-Azerbaïdjan, les Amériques, les terres rares, le Soudan, puis la RDC, puis l'Iran. La RDC arrive en huitième position. Voici l'intégralité de ce qu'il en dit.

" Sur la RDC et le Rwanda, ils ont signé un accord de paix. Malheureusement, le respect des engagements n'a pas été bon. Nous avons dû imposer quelques sanctions. Du côté rwandais, nous commençons à voir un peu de conformité. Ça bouge, pas assez vite, mais nous espérons voir une conformité à un moment donné au milieu du mois prochain, avec le retrait des troupes rwandaises de là-bas. Bien sûr, il reste le problème du M23 qui doit être traité. "

Nous espérons. À un moment donné. Au milieu du mois prochain. Une approximation dans une approximation, sans une date, sans une exigence, sans une conséquence. Rubio termine son intervention en s'excusant, " je suis désolé, cela a pris quatre minutes et cinquante-cinq secondes, mais j'ai essayé de parler aussi vite que possible ".

BETO doit ici commencer par se corriger. Le 4 juin, ce journal a titré " Washington annonce une date pour le retrait des troupes rwandaises de la RDC ", et daté l'audition du 3 juin. L'audition s'est tenue le 4, et Washington n'a annoncé aucune date. Notre article écrivait que le secrétaire d'État " engage la crédibilité diplomatique de Washington " en " posant publiquement une échéance ". C'était surinterpréter un espoir. Nous avons contribué à ce que nous décrivons ici.

Car la chaîne se reconstitue étage par étage, et elle est instructive. Radio Okapi, le 15 juillet, écrit que Rubio " disait espérer ", et note dans le même article que " le texte ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de non-respect des engagements par l'une des parties ". Le 16, la même rédaction titre sur " le non-respect de l'ultimatum lancé au Rwanda ", avec le verbe " espérer " toujours dans le corps du texte. MediaCongo fait la bascule en deux paragraphes consécutifs, les autorités américaines " avaient exprimé l'espoir ", puis " cependant, à l'expiration de cet ultimatum ". Le Journal de Kinshasa invente une durée, " Washington donne six semaines au Rwanda ". Washington n'a donné aucune semaine.

Le mot finit par redescendre dans la bouche d'un homme de bonne foi. Telesphore Mitondeke, rapporteur général de la société civile de Masisi, interrogé par Radio Okapi le 16 juillet, parle " du retrait tel que cela a été demandé par l'ultimatum des États-Unis ". C'est le seul verbatim que nous ayons trouvé contenant ce mot. Il n'est ni américain, ni gouvernemental. Il vient de ceux qui vivent sous occupation et qui, faute de contrainte négociée, en réclament une venue d'ailleurs.

L'ironie du dossier est complète. Celui qui dit vrai sur les faits américains est le ministre rwandais des Affaires étrangères. Interrogé par France 24 le 29 juin, Olivier Nduhungirehe tranchait, " Marco Rubio a dit j'espère que ce sera mi-juillet. Ce n'est pas un ultimatum ". Il jugeait dans le même entretien que Washington avait perdu son impartialité, " ce n'est plus un médiateur neutre ".

Il dit vrai sur Washington et il est en violation sur le terrain. Le rapport final du groupe d'experts de l'ONU, transmis le 5 juin et distribué le 11, ne laisse aucune marge. Les retraits entamés le 23 mars au Nord-Kivu " sont restés en deçà des termes et des délais convenus ", et " dépassant à peine 15 à 20 kilomètres, ont représenté des concessions stratégiques et territoriales limitées ". Les mouvements " ont consisté en un repositionnement tactique et un renforcement d'autres zones stratégiques ", le matériel rwandais ayant été redéployé du Lubero vers l'axe Masisi-Walikale, " en violation de l'engagement du Rwanda de retirer personnels et équipements directement vers son territoire ".

Au Sud-Kivu, " aucun retrait n'a été documenté ", et " des renforts rwandais supplémentaires sont arrivés en avril, incluant des armements sophistiqués et des systèmes de défense antiaérienne portables ". Des sources proches des autorités rwandaises ont indiqué aux experts que Kigali " n'avait pas l'intention de se désengager " et était prêt à escalader " par tous les moyens nécessaires ". Depuis le début du processus de Doha en mars 2025, les territoires occupés par l'AFC/M23 se sont étendus de plus de 35 %.

Le même rapport accable Kinshasa, et il faut le dire avec la même netteté. " La République démocratique du Congo n'a pas mis en œuvre ses engagements de neutraliser les FDLR sanctionnées, qui sont restées engagées aux côtés des FARDC. " Les experts établissent qu'" aucune opération anti-FDLR n'avait eu lieu ", que des sources FDLR rapportent " avoir reçu des assurances de certains officiers des FARDC qu'elles ne seraient pas attaquées ", que l'armée congolaise " a continué de s'appuyer sur les FDLR ", parfois placées " en première ligne de défense ". Deux faits datés closent la démonstration. Fin mars 2026, " un hélicoptère des FARDC a atterri à Pinga pour livrer des armes à des unités des FDLR-FOCA ". Et le 7 avril, " une rencontre confidentielle entre une délégation de haut niveau venue de Kinshasa, incluant des généraux des FARDC, et des représentants du haut commandement des FDLR-FOCA à Pinga a décidé, entre autres, que la coopération FDLR-FARDC se poursuivrait ". Radio Okapi constatait le 17 juillet que l'opération anti-FDLR lancée le 30 mars à Kisangani " reste au point mort ".

Le reste des engagements a suivi le même chemin. À Montreux, le 17 avril, les deux parties promettaient de libérer sous dix jours 311 détenus réclamés par l'AFC/M23 et 166 liés au gouvernement. Trois mois plus tard, Radio Okapi le constate, aucun échange n'a eu lieu. Quatre cent soixante-dix-sept annoncés, zéro libéré, un blocage que la radio impute à " l'absence de volonté politique des deux parties ".

Reste à comprendre pourquoi une échéance sans force a pu être prise pour une menace. La réponse est dans le texte de l'accord lui-même, qui ne prévoit aucune sanction automatique. L'ultimatum n'a pas été inventé par malice, il a été inventé par manque. On imagine une contrainte américaine faute d'en avoir négocié une.

Et la trajectoire américaine, elle, va dans l'autre sens. Le 2 mars 2026, en désignant les Forces rwandaises de défense comme entité, le secrétaire au Trésor Scott Bessent écrivait, " nous attendons le retrait immédiat des troupes, armes et équipements des Forces rwandaises de défense ". Le même jour, l'OFAC publiait une licence générale autorisant le démantèlement progressif des transactions impliquant cette même armée. Trois mois plus tard, Rubio n'attendait plus un retrait immédiat, il espérait une conformité au milieu du mois suivant. La demande de Washington ne s'est pas durcie. Elle s'est affaissée.

Le 4 décembre 2025, à la Maison-Blanche, Paul Kagame avait pourtant pris date. " Si cet accord vacille, et que les choses ne se passent pas comme elles le devraient, la responsabilité n'incombera pas au président Trump, mais à nous-mêmes. Le Rwanda, je le sais, ne sera pas pris en défaut. Je peux vous l'assurer. "

Le 16 juillet, au lendemain de l'échéance, Félix Tshisekedi parlait à Luanda devant un sommet mondial consacré à la paix. " La paix ne saurait se réduire au silence provisoire des armes. Elle exige la justice, la vérité et la protection des populations civiles. Elle ne peut être une simple pause entre deux violences, ni une promesse fragile suspendue aux rapports de force. " Il n'a nommé ni le Rwanda, ni l'accord de Washington, ni le 15 juillet. Aucune réaction américaine n'a été rendue publique depuis. Le silence, ce jour-là, était général.

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