Trois jours après son inscription sur la liste noire des Nations unies, Corneille Nangaa a répondu. Le chef de l'Alliance fleuve Congo, la coalition politico-militaire alliée au M23, dénonce une sanction " politique " et " achetée avec l'argent ", selon des propos rapportés par le journaliste Stanis Bujakera Tshiamala. Loin de reculer, il en fait un argument pour continuer.
" Je suis déjà sous sanctions américaines, européennes, je suis un condamné à mort et je viens d'être encore sanctionné par les Nations unies ", a-t-il énuméré, affirmant que ces mesures répétées ne l'ébranlent pas. Le chef rebelle a présenté sa cause comme devenue " existentielle " et promis de " poursuivre la révolution jusqu'à son objectif final ".
L'inventaire qu'il dresse de ses propres sanctions est exact, et c'est ce qui rend sa posture cohérente à ses propres yeux. Le comité des sanctions du Conseil de sécurité l'a inscrit le 14 juillet, avec son mouvement comme entité, aux côtés de chefs des FDLR, des ADF, du M23 et des Twirwaneho. Il était déjà visé par le Trésor américain depuis mars 2019, du temps où il présidait la commission électorale, puis de nouveau en juillet 2024 après la création de l'AFC, et par l'Union européenne dans la foulée. En août 2024, la justice militaire congolaise l'avait condamné à mort par contumace pour trahison et crimes de guerre.
Sa réaction dit la logique d'un homme qui a fait de l'accumulation des condamnations la preuve de sa cause. Plus il est frappé, plus il se dit légitime. C'est un renversement calculé. C'est aussi la mécanique classique d'un mouvement armé qui n'a plus rien à perdre sur le terrain diplomatique et cherche à transformer son isolement en récit héroïque. Nangaa avait déjà, fin juin, retourné l'argument des sanctions, jugeant " étonnant que l'AFC/M23, seule partie respectueuse des engagements, fasse l'objet de pressions, alors que Kinshasa n'a jamais été sanctionné ".
Le contraste avec la portée réelle des mesures onusiennes reste entier. Adoptées au titre du chapitre VII, elles emportent gel des avoirs, interdiction de voyager et embargo sur les armes, et chaque personne inscrite fait l'objet d'une notice INTERPOL-Nations unies. Sur le terrain, elles ne changent rien à l'emprise de l'AFC/M23, qui tient Goma et Bukavu depuis le début de l'année. Mais elles ferment un peu plus les portes internationales d'un homme qui répond en promettant d'aller " jusqu'au bout ", sans jamais préciser publiquement ce que serait cet objectif final.
Ni le gouvernement congolais ni les Nations unies n'ont réagi à cette sortie. Kinshasa, qui combat l'AFC/M23 les armes à la main et a obtenu du Conseil de sécurité une inscription qu'il réclamait de longue date, n'a aucun intérêt à offrir une tribune de plus à celui qu'il a condamné à mort. La sanction visait à isoler Nangaa. Sa réaction, elle, cherche à faire de cet isolement une raison de continuer la guerre.
The post Sanctionné par l'ONU, Corneille Nangaa dénonce une mesure " politique " et promet de poursuivre appeared first on BETO.
Source : https://beto.cd/nangaa-reaction-sanctions-onu-afc-m23-politique/
0 Commentaires