Les Hauts Plateaux du Sud-Kivu brûlent de nouveau. Le 9 juillet, à Genève, le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a fait part de sa vive préoccupation face à la reprise des hostilités dans les territoires de Fizi et Mwenga. Sur ces plateaux d'altitude, les affrontements ont repris entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et le M23, un mouvement que le Haut-Commissariat décrit lui-même comme soutenu par l'armée rwandaise. Depuis deux semaines, selon l'ONU, les deux camps emploient des drones armés, de l'artillerie lourde et d'autres armes explosives dans des zones peuplées de civils.
L'épicentre de cette flambée porte un nom : Mulima. Autour de ce village de Fizi, des combats intenses ont eu lieu les 4 et 5 juillet. Le bilan, tel que documenté par le Haut-Commissariat, est lourd pour les habitants : des civils tués, d'autres blessés, des habitations et du bétail détruits. Dans une région déjà éprouvée par des années de guerre, la population paie une nouvelle fois le prix d'affrontements qu'elle n'a pas choisis.
Le constat de Volker Türk vise un point précis : l'écart entre les engagements diplomatiques et la réalité du terrain. Il juge " profondément troublant " que, " malgré les accords conclus dans le cadre des processus de paix en cours, les combats se poursuivent sans relâche dans l'est de la RDC, tuant, blessant et déplaçant des civils et détruisant des moyens de subsistance ". Autrement dit, les signatures apposées à Washington et à Doha n'ont pas fait taire les armes sur les Hauts Plateaux.
L'usage d'armes lourdes et de drones dans des villages inquiète particulièrement les Nations unies. Ces moyens, conçus pour des cibles militaires, frappent des zones où vivent des familles. Le Haut-Commissariat redoute une aggravation en chaîne : de nouveaux déplacements de population, y compris vers les pays voisins, et un risque accru de violations, dont des exécutions illégales et " des violences sexuelles liées au conflit ". Sur ce terrain, chaque avancée militaire se traduit par une fuite de civils.
La reprise des combats sur les Hauts Plateaux ne tombe pas du ciel. Elle prolonge l'offensive du M23, épaulé par les troupes rwandaises, qui a bouleversé la carte de l'Est depuis fin 2024. Les processus de paix censés y mettre fin, à Washington sous médiation américaine puis à Doha, ont buté sur un obstacle constant : le refus du mouvement de se retirer et de cantonner ses hommes. Les retraits annoncés se sont souvent limités à des repositionnements de quelques kilomètres, pendant que les lignes de front se déplaçaient ailleurs. Fizi et Mwenga sont aujourd'hui l'un de ces " ailleurs ".
Volker Türk a appelé les deux parties à cesser immédiatement les violences et à prendre des mesures concrètes pour protéger les civils de Mulima et de l'ensemble des plateaux de Fizi et Mwenga. L'appel s'adresse aux FARDC comme au M23, mais la responsabilité de l'escalade, sur ces plateaux, renvoie à une force venue de l'autre côté de la frontière. Radio Okapi, qui a relayé la déclaration, souligne la même urgence : protéger les populations avant que la ligne de feu ne s'étende davantage.
Reste le hiatus qui hante l'Est depuis des mois. Deux semaines durant, des drones sont tombés sur des villages du Sud-Kivu, malgré les accords signés dans les capitales. Entre le papier paraphé à Washington et à Doha et la terre labourée par l'artillerie à Mulima, l'écart n'a jamais été aussi visible.
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