Un budget en baisse, une défense en hausse. Le Sénat a déclaré recevable, le mardi 7 juillet, le projet de loi de finances rectificative pour l'exercice 2026, présenté par le vice-Premier ministre chargé du Budget, Adolphe Muzito. Le collectif budgétaire est " arrêté à 50 295 milliards de francs congolais, soit 21,9 milliards de dollars ", en recettes comme en dépenses. C'est une révision à la baisse, et elle raconte l'état du pays.
L'ampleur du recul se lit dans les chiffres. Par rapport à la loi de finances initiale, fixée à 54 336 milliards de francs (22 milliards de dollars), le budget rectificatif accuse une baisse de 7,4 %. La cause principale, selon le gouvernement, tient à la diminution de 42 % des ressources extérieures. Autrement dit, les partenaires financiers se retirent, et l'État congolais doit composer avec un filet international qui se resserre.
À rebours de cette contraction, un poste grimpe : la sécurité. Les crédits de défense et de sécurité progressent de 34,4 %, une hausse que le vice-Premier ministre a justifiée par " la détérioration de la situation sécuritaire dans l'est ". C'est là que le document budgétaire cesse d'être un simple tableau comptable pour devenir un choix politique : dans un budget qui rétrécit, l'argent des armes, lui, augmente.
Pour financer cet effort, Kinshasa compte d'abord sur elle-même. Les recettes propres de l'État progressent de 6,9 %, et les recettes courantes passent de 14,4 à 15,2 milliards de dollars, un gain de 739,5 millions. Le pays se taxe davantage pour compenser ce que les bailleurs ne versent plus. À cela s'ajoute la dette : l'intégration d'une première tranche d'Eurobonds de 650 millions de dollars, destinée à des projets d'investissement, et une hausse des émissions d'obligations du Trésor de 308 millions, pour couvrir une partie du déficit.
Le surplus de ressources propres est fléché. Il doit financer les salaires, à hauteur de 45 millions de dollars, les transferts et subventions pour 87 millions, les investissements sur ressources propres pour 162 millions, et des dépenses exceptionnelles pour 360 millions. Chaque ligne dit une contrainte : payer l'État, tenir le social, investir un peu, et parer à l'imprévu, sans l'oxygène des financements extérieurs.
Rembobinons pour saisir l'enjeu. La guerre à l'Est, où le M23 soutenu par l'armée rwandaise affronte les forces congolaises, ne se mesure pas qu'en morts et en déplacés. Elle réécrit les finances publiques nationales. Elle gonfle la dépense sécuritaire, décourage une partie des bailleurs, et pousse l'État à chercher dans sa propre fiscalité de quoi tenir. La volonté affichée ces derniers temps de mieux capter la rente minière prend ici tout son sens : sans recettes internes, pas d'effort de guerre soutenable.
Le budget rectificatif 2026 dit donc tout haut ce que la conjoncture impose. Les armes montent, les bailleurs reculent, l'impôt intérieur augmente. Le coût de la guerre est désormais inscrit, noir sur blanc, dans le grand livre de l'État.
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