Derrière cette mobilisation présentée comme une nécessité économique se dessine une réalité plus préoccupante : celle d'enfants transformés en petites mains du commerce familial, au risque de compromettre leur protection et leurs droits.
À Bukavu, les vacances scolaires ne riment pas toujours avec repos, jeux ou activités récréatives. Pour certains enfants, elles prennent la forme d'une longue journée de travail dans les rues, les marchés et les carrefours de la ville. À l'approche de la rentrée scolaire, la précarité pousse plusieurs familles à mobiliser leurs enfants pour tenter de réunir les sommes nécessaires à l'achat des fournitures scolaires.
Le phénomène est particulièrement visible dans plusieurs quartiers de la capitale provinciale du Sud-Kivu. Le lundi 17 août 2026, des filles et des garçons ont été aperçus par notre reporter transportant, parfois sur la tête, des bassins remplis de produits destinés à la vente.
Bananes, beignets, cannes à sucre, soja et autres denrées sont ainsi proposés aux passants, dans une course quotidienne où l'enfance semble céder progressivement la place aux impératifs de survie économique.
" Je dois travailler pour préparer ma rentrée "
À Mushununu, dans le quartier Panzi, un enfant rencontré par notre reporter explique que son activité commerciale répond avant tout à une difficulté familiale.
" Si je fais ce commerce, c'est parce que mes parents n'ont pas les moyens de m'acheter les fournitures scolaires. Je dois vendre pour trouver l'argent nécessaire ", raconte-t-il.
Ces paroles traduisent une réalité sociale particulièrement rude : lorsque les ressources du foyer s'amenuisent, l'enfant devient parfois, malgré lui, un acteur de l'économie familiale.
Dans les rues de Bukavu, certains mineurs passent ainsi plusieurs heures à chercher des acheteurs, sous le soleil, au milieu de la circulation et de la foule. Une activité qui, au-delà des revenus qu'elle procure, les expose à différents risques liés à leur présence prolongée dans l'espace public.
La pauvreté comme justification
Pour certains parents, faire participer leurs enfants à la vente constitue une stratégie destinée à accroître les recettes du ménage.
Madame Bintu Mugobe assume cette organisation familiale. Elle explique que répartir les enfants dans différents points de vente permettrait à la famille de réaliser davantage de recettes au terme de la journée.
" Si j'envoie l'un à Kamagema et l'autre ailleurs, le soir nous nous retrouvons avec une enveloppe plus consistante. Cela m'aide à préparer leur rentrée ", affirme-t-elle.
Une logique que la pauvreté peut rendre compréhensible, mais qui soulève néanmoins de sérieuses interrogations sur les limites à ne pas franchir lorsqu'un enfant est appelé à contribuer aux charges économiques de son foyer.
Car derrière l'argument de la nécessité se trouve une question fondamentale : jusqu'où une famille peut-elle solliciter un mineur pour répondre à ses difficultés financières ?
Les défenseurs de l'enfant mettent en garde
Des organisations de défense des droits de l'enfant dénoncent cette situation et appellent les familles à davantage de vigilance. Pour ces acteurs, les difficultés économiques ne doivent pas conduire à normaliser le recours au travail des enfants comme moyen de financement des besoins scolaires.
Ils rappellent que la protection, l'éducation et l'épanouissement du mineur demeurent des responsabilités qui incombent prioritairement aux adultes et aux institutions chargées de garantir les droits de l'enfant.
Le débat dépasse donc la seule question de la vente ambulante. Il renvoie à la pauvreté des ménages, au coût de la scolarité et à l'insuffisance des mécanismes sociaux capables d'amortir les chocs économiques qui frappent les familles les plus vulnérables.
Entre nécessité économique et protection de l'enfance
À Bukavu, la scène est devenue familière : un enfant portant un bassin de marchandises, arpentant les rues à la recherche d'un client, pendant que ses camarades profitent encore de leurs vacances.
Mais derrière cette image banale se cache une contradiction profonde. La rentrée scolaire, censée ouvrir aux enfants les portes du savoir, pousse certains d'entre eux à passer leurs vacances dans une activité commerciale destinée à financer précisément leur retour à l'école.
Les organisations de défense des droits de l'enfant appellent ainsi les parents à ne pas faire peser sur leurs enfants le poids des difficultés économiques du ménage. Elles plaident également pour un renforcement des mécanismes d'accompagnement social des familles vulnérables.
À quelques jours de la rentrée, la question demeure entière : combien d'enfants devront encore arpenter les rues de Bukavu pour que leur droit à l'éducation puisse simplement être préservé ?
Dans une ville où la pauvreté contraint parfois les familles à choisir entre les besoins essentiels, l'urgence n'est pas seulement de remplir les cartables. Elle consiste aussi à faire en sorte que ceux qui les porteront puissent rester des enfants, et non devenir trop tôt des travailleurs de fortune.
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Source : https://kivuavenir.com/bukavu-quand-les-vacances-scolaires-exposent-les-enfants-au-petit-commerce/
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