Depuis le 3 août 2026, un Congolais qui demande un visa de visite aux États-Unis peut se voir réclamer jusqu'à 20 000 dollars avant que son passeport lui soit rendu. Le Département d'État a publié ce jour-là un règlement final qui pérennise la caution de visa et en fixe le plafond. Le texte est entré en vigueur le jour même de sa publication.

La République démocratique du Congo figure parmi les pays dont les ressortissants relèvent du dispositif. Pour donner l'échelle, la caution maximale équivaut à 266 fois le prix d'un passeport ordinaire congolais, fixé à 75 dollars. Et si l'effet observé pendant le programme pilote se reproduit, la délivrance de visas d'affaires et de tourisme aux Congolais reculerait dans des proportions comparables à la chute de 83 % enregistrée ailleurs. Le mouvement va à rebours de celui de Londres, qui vient de rouvrir ses visas normaux aux Congolais.

La mesure ne s'applique qu'aux visas de visiteur temporaire pour affaires ou tourisme, les catégories B-1 et B-2. Elle ne concerne ni les étudiants, ni les immigrants, ni les détenteurs de visas de travail. Le règlement transforme en dispositif permanent un programme pilote de douze mois lancé le 20 août 2025, dont le Département d'État tire un bilan qu'il juge concluant.

Le montant n'est pas unique. L'agent consulaire choisit entre trois niveaux, 10 000, 15 000 ou 20 000 dollars, selon la situation du demandeur. Le texte fixe une règle par défaut : " Consular officers are expected to set the bond amount at $15,000 ", soit 15 000 dollars sauf circonstance particulière, écrit le Département d'État. L'agent descend à 10 000 dollars s'il estime que le demandeur ne pourrait pas payer davantage tout en conservant de quoi financer son séjour. Il monte à 20 000 dollars si les attaches du demandeur aux États-Unis lui font craindre qu'il n'en reparte pas. Ces trois paliers ont été calibrés sur un chiffre précis : 18 042 dollars, le coût moyen calculé par la sécurité intérieure américaine pour éloigner un étranger en situation irrégulière.

Caution de visa américaine : comment elle se paie, et comment elle revient

La procédure se déroule en deux temps au guichet consulaire. À l'issue de l'entretien, si le demandeur est par ailleurs éligible et qu'il relève du programme, l'agent lui annonce le montant exigé et refuse formellement le visa au titre de l'article 221(g) de la loi sur l'immigration et la nationalité. Ce refus n'est pas définitif : il tombe dès que la caution est versée, par le demandeur ou par un tiers pour son compte. Le paiement s'effectue en dollars américains sur le portail fédéral pay.gov, le formulaire I-352 servant de support. Le Département d'État estime que cette étape prend en général moins de deux heures, avant un retour au consulat pour la délivrance.

Le visa obtenu porte une annotation signalant la caution, qui alerte les agents des douanes et de la protection des frontières au point d'entrée. Sa validité est plus courte que celle d'un visa ordinaire : trois mois en entrée simple, trois mois en entrées multiples, ou jusqu'à douze mois en entrées multiples selon la réciprocité applicable au pays. Le Département d'État chiffre à 49,02 dollars le coût que la démarche représente pour le demandeur lui-même, sur la base de deux heures au salaire horaire médian américain de 24,51 dollars.

Deux contraintes de voyage s'attachent ensuite à la caution, et ce sont elles qui piègent le plus facilement un voyageur mal informé. La première tient au point de passage : " the visa holder may only enter and depart the United States through commercial airports of entry ", écrit le règlement : le titulaire ne peut entrer et sortir que par un aéroport commercial ou un site de précontrôle américain, jamais par une frontière terrestre ni par un port maritime. Un déplacement vers le Canada ou le Mexique reste possible après la première entrée, mais le départ définitif doit se faire depuis un aéroport américain, sur une compagnie commerciale, alors qu'aucun transporteur congolais ne dessert les États-Unis et qu'Air Congo n'a ouvert que deux destinations européennes. La seconde tient au calendrier : tout dépassement de la durée de séjour autorisée vaut manquement, et la somme est alors perdue.

Le remboursement intervient au départ conforme, sans aucun intérêt, accompagné d'un avis d'annulation de caution délivré par le Département d'État ou par la sécurité intérieure. Les frais de change appliqués par la banque réceptrice restent à la charge de celui qui a payé. Un voyageur qui renonce à partir peut demander l'annulation de sa caution en sollicitant un rendez-vous consulaire hors des États-Unis. Le traitement de chaque dossier mobilise en moyenne six heures d'un agent fédéral, pour un coût horaire estimé à 28,02 dollars.

Ce que le programme pilote a produit en douze mois

Les chiffres du bilan éclairent la portée réelle de la mesure. Environ 20 000 demandeurs ont été soumis à la caution pendant le pilote. Près de la moitié d'entre eux ont préféré renoncer plutôt que de payer. Ceux qui ont payé ont immobilisé au total près de 115 millions de dollars. Et le Département d'État constate un effet massif sur la délivrance elle-même : " the Department observed an 83% reduction in B1/B2 visa issuance for pilot program countries in the first 10 months of the pilot ", soit une chute de 83 % des visas d'affaires et de tourisme accordés aux ressortissants des pays concernés sur les dix premiers mois. Le règlement précise que cette réduction est attendue et assumée.

Le plafond de 20 000 dollars n'est pas figé. À compter du 1er octobre 2027, puis tous les sept ans, il sera relevé automatiquement selon l'indice américain des prix à la consommation, et arrondi au millier de dollars supérieur.

Une dispense existe, mais elle ne se demande pas. Le secrétaire adjoint aux Affaires consulaires, ou son délégué, peut lever l'obligation pour une personne, pour une catégorie de personnes ou pour un pays entier, s'il juge que la dispense ne heurte pas l'intérêt national. Un agent consulaire peut la recommander pour un motif humanitaire. Le texte, codifié au titre 22 du code fédéral des règlements, partie 41, est explicite sur un point : aucune procédure ne permet à un demandeur de solliciter lui-même cette dispense.

La liste des pays soumis à la caution est tenue par le Département d'État et publiée sur son portail consulaire. Elle est révisable en continu : une addition prend effet quinze jours au moins après son annonce, un retrait produit effet immédiatement. Les critères retenus sont le taux de dépassement de séjour des ressortissants, l'insuffisance du partage d'informations, la faiblesse de la vérification d'identité et des antécédents judiciaires, et la sécurité des documents de voyage et d'état civil, y compris dans l'octroi de la nationalité. Pour une diaspora qui envoie chaque année des milliards de dollars au pays et que Kinshasa décrit depuis des années comme une richesse oubliée, le coût d'un aller-retour vient de changer d'ordre de grandeur.

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