Le projet routier Kasomeno-Kasenga-Chalwe a désormais une date. L'Agence congolaise des grands travaux a indiqué le 4 août 2026 que la mise en service est prévue pour juillet 2027 et que les travaux se poursuivent conformément au calendrier établi, selon Radio Okapi. Le directeur général adjoint de l'agence, Jean-Claude Mido Mbwete, a présenté l'état d'avancement après une semaine de suivi de chantier. GED Congo, concessionnaire du projet, a réaffirmé sa volonté de respecter ce calendrier.

L'enjeu tient en un chiffre : environ 240 kilomètres de moins entre le Haut-Katanga et le port de Dar es-Salaam. La route évite le poste frontalier de Kasumbalesa, qui reste le principal point de passage des camions de minerais vers l'Afrique australe et le goulet où les transporteurs perdent des journées entières. L'ensemble forme 184 kilomètres de route à péage entre Kasomeno, en République démocratique du Congo, et Mwenda, en Zambie, monté en concession de type construire-exploiter-transférer sur vingt-cinq ans.

Le pont est la pièce visible. Sur la Luapula, à la frontière des deux pays, l'ouvrage de Chalwe mesure 362 mètres de portée et près de 20 mètres de large. C'est le premier pont à haubans de l'histoire du pays. Ses quatre assises sont entièrement réalisées, ses éléments métalliques ont été fabriqués en Chine et leur assemblage est en cours. Sa mise en service a été annoncée pour le 27 mars 2027, soit environ quatre mois avant celle de l'ensemble.

La route, elle, court sur 93 kilomètres, dont 59 entre Kasomeno et Kasenga et 31 entre Kasenga et Chalwe. Mi-juillet 2026, l'emprise était ouverte sur 65 kilomètres, près de 50 kilomètres avaient atteint le stade de la plateforme et de la couche de base, et l'entreprise chinoise CCECC posait déjà la couche de roulement sur une dizaine de kilomètres. Des batteries de buses et des dalots de deux à quatre pertuis ont été construits pour le drainage.

Le poste frontière décide du gain de temps

Sans lui, les kilomètres économisés se perdraient dans la file d'attente. Le poste à arrêt unique de Chalwe-Kabila comptera 37 bâtiments destinés à loger l'ensemble des services frontaliers congolais et zambiens, plus une aire de stationnement de 25 120 mètres carrés. Neuf bâtiments étaient au stade des fondations à la mi-juillet.

Son principe a été fixé par un accord bilatéral signé le 17 novembre 2023 à Lusaka. Un seul arrêt de contrôle, des formalités effectuées simultanément par les agents des deux pays à l'entrée comme à la sortie. Le ministre congolais des Infrastructures et Travaux publics, Alexis Gisaro, chiffrait alors le gain : le temps de traversée passerait de sept jours à deux heures. Son homologue zambien du Tourisme, Rodney Sikumba, y voyait un effet plus large. " Ça va à coup sûr développer le tourisme, le commerce, bref donner l'accès à plusieurs services sociaux. Nous sommes une seule Afrique ; notre développement va de pair ", déclarait Rodney Sikumba.

L'accord a été signé avant l'ouverture des chantiers, ce qui n'allait pas de soi. Des projets frontaliers comparables ont vu leur exploitation retardée de deux à trois ans faute d'accord signé à temps.

Trois ans et dix mois entre la première pierre et le trafic

Les présidents Félix Tshisekedi et Hakainde Hichilema avaient posé la première pierre le 2 octobre 2023, au poste frontalier de Chalwe. Le directeur général de l'ACGT, Nico Nzau Nzau, résumait alors l'objectif : " Ce projet répond à la volonté d'améliorer la fluidité du réseau routier et les conditions socio-économiques ". Le ministre zambien des Infrastructures, Charles Milupi, promettait pour sa part de livrer " cette infrastructure stratégique dans les meilleurs délais, aux normes internationales ", aux côtés de son homologue congolais.

Le chantier a franchi son seuil technique à la mi-juin 2026, quand les premières poutres et voussoirs en acier à haute résistance sont arrivés sur la rive congolaise. Côté RDC, la culée d'extrémité dressait ses deux colonnes de 14 mètres entièrement bétonnées et une pile de 16,2 mètres montait dans le lit du fleuve, ceinturée d'échafaudages. Des travaux d'enrochement protègent les fondations contre les crues. " Les images aériennes témoignent de la métamorphose rapide du paysage ", notait l'ACGT.

Reste ce que l'ouvrage coûtera à ceux qui l'emprunteront. La concession court sur vingt-cinq ans et se rembourse au péage. Les habitants déplacés par le tracé, eux, sont logés dans des maisons de remplacement en construction à Kipeta, Inteni et Muchingo.

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