La trêve politique touche-t-elle à sa fin en République démocratique du Congo ? Le 15 août, échéance fixée par la Coalition Article 64 pour la défense de l'ordre constitutionnel (C64), arrive sans que le dialogue national inclusif réclamé par cette plateforme de l'opposition ait encore débouché sur un cadre formel réunissant les protagonistes autour d'une même table.

À quelques heures de cette date butoir, le ton monte. Dieudonné Bolengetenge, secrétaire général d'Ensemble pour la République de Moïse Katumbi et membre du présidium de la C64, prévient qu'en l'absence d'" avancée significative ", la coalition tirera " toutes les conséquences politiques " et relancera ses manifestations citoyennes. 

Certaines déclarations rapportées dans la presse ont également fait apparaître la perspective d'une désobéissance civile, faisant planer la possibilité d'un durcissement du bras de fer avec le pouvoir. Mais jusqu'où la C64 est-elle réellement prête à aller ?

Le 15 août n'est pas encore une date de manifestation

Une nuance est essentielle. Contrairement à certaines interprétations, la C64 n'a pas appelé la population à descendre automatiquement dans la rue le 15 août. Bolengetenge l'a précisé mercredi : l'échéance marque la fin de la trêve accordée au processus de dialogue. Ce n'est qu'après avoir évalué les avancées enregistrées que la coalition doit déterminer la suite de sa stratégie.

La distinction est importante. En juillet, la C64 avait suspendu une marche prévue le 22 juillet à Kinshasa après l'intervention de la CENCO et de l'Église du Christ au Congo (ECC). Les responsables religieux avaient demandé à l'opposition de privilégier la voie du dialogue après l'ouverture exprimée par Félix Tshisekedi.

La coalition avait alors donné jusqu'au 15 août pour que les annonces soient transformées en actes. Trois semaines plus tard, la C64 estime donc avoir suffisamment attendu.

De la manifestation à la désobéissance civile

Jusqu'ici, la ligne officiellement mise en avant par la coalition reste celle des manifestations citoyennes et pacifiques. Son objectif déclaré est d'empêcher toute remise en cause de l'ordre constitutionnel, particulièrement des dispositions protégeant la limitation des mandats présidentiels. La coalition considère le dialogue comme une autre voie possible pour atteindre cet objectif. La désobéissance civile constituerait toutefois un degré supplémentaire.

Dans son acception politique, elle ne signifie pas nécessairement le recours à la violence. Elle peut prendre la forme de boycotts, de journées villes mortes, de refus collectifs de participer à certaines activités ou d'autres actes publics de non-coopération.

Mais la C64 n'a, à ce stade, rendu public aucun programme précis de désobéissance civiledétaillant les actions, leur calendrier ou leur ampleur. L'hypothèse existe donc dans le discours politique, mais son passage à l'acte reste à démontrer.

L'opposition confrontée à son propre ultimatum

C'est précisément le principal défi auquel la C64 sera confrontée après le 15 août. En transformant cette date en échéance politique, la coalition s'est elle-même imposé une obligation de résultat. Si aucune avancée substantielle n'est enregistrée et qu'elle ne modifie pas sa stratégie, l'ultimatum risque de perdre une partie de sa crédibilité.

À l'inverse, un durcissement important comporte également des risques. La coalition devra démontrer sa capacité à mobiliser au-delà des états-majors politiques, à coordonner ses différentes composantes et à maintenir ses actions dans un cadre pacifique. Elle devra également composer avec les restrictions administratives ou sécuritaires susceptibles d'entourer d'éventuelles manifestations.

Le passage de la menace à une mobilisation nationale constitue donc un test autant pour le pouvoir que pour l'opposition.

Une C64 qui cherche à consolider son unité

La coalition prépare néanmoins son organisation. Le 8 août, ses dirigeants se sont réunis au siège d'Envol et ont adopté une charte ainsi qu'un code de bonne conduite. Martin Fayulu, actuellement en déplacement, avait signé le document avant son départ, selon Bolengetenge.

Cette structuration est importante pour une plateforme réunissant plusieurs personnalités ayant leurs propres formations et stratégies politiques, notamment Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Jean-Marc Kabund, Augustin Matata Ponyo et Delly Sesanga. Le maintien de cette unité constituera l'une des conditions d'une éventuelle montée en puissance de la mobilisation.

Malgré la fermeté du discours, la porte des négociations n'est pas fermée. Ensemble pour la République affirme toujours tenir au dialogue national inclusif. Pour la C64, celui-ci pourrait permettre de négocier la préservation de l'ordre constitutionnel et de traiter plus largement les crises politique et sécuritaire auxquelles le pays est confronté. C'est ce qui rend les prochaines heures déterminantes. Une avancée sur le format, la convocation ou les garanties entourant le dialogue pourrait permettre à la coalition de justifier une prolongation de la trêve. À l'inverse, l'absence de signal suffisamment concret placerait ses dirigeants devant leurs propres engagements.

Après le 15 août, l'épreuve des faits

Le 15 août constituera ainsi moins une journée de confrontation automatique qu'un point de bascule politique. Pour Félix Tshisekedi, l'enjeu est de savoir si l'ouverture annoncée au dialogue suffira à maintenir l'opposition dans une logique de négociation. Pour la C64, le défi est désormais inverse : après avoir fixé elle-même l'échéance, elle devra démontrer qu'elle dispose d'une stratégie crédible pour l'après-15 août. La véritable question commencera donc le 16 août : la C64 transformera-t-elle son ultimatum en rapport de force sur le terrain ou choisira-t-elle de prolonger la voie du dialogue ?

La C64 n'est donc pas encore passée de la menace de désobéissance civile à un plan opérationnel clairement annoncé. Ce qui est confirmé, en revanche, est sa volonté de reprendre les manifestations citoyennes et pacifiques si elle estime qu'aucune avancée significative n'a été enregistrée.

Odon Bakumba 

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