Alors que les zones de Beni et Butembo font face à une flambée préoccupante de la maladie à virus Ebola, la riposte sanitaire est confrontée à une résistance communautaire grandissante. Ce samedi 22 août 2026, le Dr Babah Mutuza, médecin directeur du Centre médical Sainte Ana, a livré une analyse critique des difficultés logistiques, communicationnelles et éthiques qui, selon lui, compromettent l'efficacité de la lutte sur le terrain.

Tout en réaffirmant l'existence de la maladie et la gravité de ses conséquences, le Dr Mutuza estime que la stratégie de communication actuellement mise en œuvre reste insuffisante. Selon lui, limiter la sensibilisation aux bulletins d'information et à quelques émissions ne permet pas de toucher efficacement l'ensemble de la population.

"On doit mettre des moyens dans la communication. Il faut identifier des leaders communautaires et des journalistes à grande audience pour sensibiliser à la fois à la radio et sur les réseaux sociaux ", préconise-t-il.

Le médecin s'interroge notamment sur l'implication encore insuffisante des médias locaux, qu'il considère comme des acteurs essentiels pour renforcer la confiance de la population et réduire les réticences face aux mesures de riposte.

Une riposte qui doit être davantage décentralisée

Le Dr Babah Mutuza plaide également pour une plus grande implication des autorités locales dans la gestion de l'épidémie. Selon lui, la riposte ne devrait pas reposer exclusivement sur les structures provinciales.

La mairie et les communes devraient, à ses yeux, jouer un rôle plus actif, notamment à travers des actions visibles dans les zones à risque. Il cite, entre autres, l'installation de dispositifs de lavage des mains dans les grands marchés, aux entrées des villes et dans les lieux de rassemblement, ainsi que l'affichage de messages d'alerte destinés à renforcer la vigilance de la population.

Perte d'expertise et accusations concernant les équipes d'enterrement

Le médecin directeur évoque également des difficultés liées aux ressources humaines mobilisées dans la riposte. Il estime que plusieurs membres des équipes actuelles sont nouveaux et doivent encore s'adapter aux réalités du terrain.

Il regrette notamment que l'expertise acquise par certains acteurs lors des précédentes épidémies n'ait pas, selon lui, été suffisamment mise à contribution pour faire face aux résistances communautaires actuelles.

Le Dr Mutuza dénonce par ailleurs des pratiques qu'il juge préoccupantes au sein de certaines équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés (EDS). Il affirme que certains agents exigeraient entre 30 et 50 dollars américains auprès de familles endeuillées pour effectuer des prélèvements post-mortem, alors que ces services sont censés être gratuits.

"Certaines équipes d'enterrement digne et sécurisé exigent des familles endeuillées un montant variant entre 30 et 50 USD pour effectuer un prélèvement. Réclamer de l'argent à une famille pour un service qui devrait être gratuit laisse de lourdes séquelles ", dénonce-t-il.

Il compare cette situation aux procédures appliquées lors de l'épidémie de 2018, où, selon lui, les dépouilles étaient prises en charge dans un cadre permettant d'obtenir les résultats des tests avant l'organisation des funérailles sécurisées.

Le médecin affirme qu'actuellement, certaines familles seraient autorisées à récupérer les corps avant la confirmation des résultats. Dans certains cas, ajoute-t-il, les résultats positifs ne seraient communiqués que plusieurs jours après l'enterrement, compliquant ainsi l'identification et le suivi des contacts.

"Aujourd'hui, les agents effectuent le prélèvement, mais laissent les familles partir avec les corps pour les enterrer elles-mêmes. Une semaine ou dix jours plus tard, ils reviennent annoncer que le défunt était positif. C'est seulement à ce moment-là qu'ils cherchent les cas contacts ", explique le Dr Mutuza.

Selon lui, ce type de dysfonctionnement contribue à alimenter l'incompréhension et la méfiance de la population à l'égard de la riposte.

La rumeur d'un " business Ebola " inquiète

Autre sujet soulevé par le médecin : les rumeurs faisant état d'une instrumentalisation financière de l'épidémie.

Le Dr Babah Mutuza affirme que certains messages circuleraient au sein de la communauté, laissant entendre que des cas pourraient être " fabriqués " afin de maintenir les financements extérieurs consacrés à la lutte contre Ebola.

Une accusation qu'il rejette fermement, tout en estimant que la persistance de telles rumeurs témoigne du déficit de confiance entre la population et les acteurs de la riposte.

"La maladie est là et il y a des cas, à quoi ça sert de fabriquer des cas pour chercher le financement ? ", s'interroge-t-il.

Tout en saluant les efforts du gouvernement provincial dans la lutte contre l'épidémie, le Dr Babah Mutuza appelle à une mobilisation collective et à une amélioration urgente des mécanismes de riposte.

De l'exécutif provincial aux autorités municipales et communales, en passant par les professionnels de santé, les médias, les leaders communautaires, les organisations de jeunesse et la population, il estime que chaque acteur doit jouer pleinement son rôle pour renforcer la confiance et contenir la propagation de la maladie.

Azarias Mokonzi

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