Dans tout jeu politique, il arrive toujours un moment où la jeunesse sort du banc de touche et monte sur le gazon vert. Surtout lorsque pointent à l'horizon de grands enjeux politiques. Non seulement ceux qui se jouent dans les institutions, mais principalement ceux qui nécessitent une adhésion populaire.
Penser référendum, imaginer un changement de la Constitution, c'est préalablement attribuer un poste aux jeunes dans le classement final. C'est, avant tout, maîtriser leur langage et parler comme eux.
Le marquage
Le mariage, mieux, les demandes en mariage spectaculaires, avec un genou à terre et filmées en direct pour la consommation des followers, font partie des traits distinctifs de ces générations nées dans les années 1990 et 2000. Ces générations dites Y et Z. " Oui, je le veux " s'est donc révélé si familier et presque naturel pour les jeunes, une fois déployé sur le terrain.
Ce teasing, né de nulle part mais qui pleuvait de toute part, n'a pas seulement rempli la fonction d'accroche, celle de capter l'attention du public. Il a aussi suscité des interrogations : " Oui, je le veux, yango eza nini oh ? " Cette expression illustre mieux les interactions qui ont circulé sur la toile avant le dévoilement de la démarche dissimulée derrière ce mystère, rencontré un peu partout à Kinshasa.
Et lorsque l'auteur donne enfin un sens à son concept, les réactions sont immédiates. La protestation est instantanée. Ceux qui sont habitués à cette expression dans le cadre des demandes en mariage, notamment celles scénarisées par certains pasteurs de Kinshasa, contestent que cette même façon de parler soit détournée à des fins politiques, surtout par une consur pasteure. Une façon implicite de se reconnaître dans la chose ?
La toile s'enflamme et l'idée gagne en visibilité. Encore faudrait-il discuter de savoir si cette visibilité relève du buzz ou du bad buzz ! En tout état de cause, quoi de plus naturel que d'utiliser un marqueur générationnel et d'obtenir un feedback ?
Le Joker
Certains sont appelés à faire le jeu. D'autres sont destinés à tuer le match. Seul le coach jette constamment un regard sur sa feuille de convoqués. Après le travail institutionnel réalisé par les parlementaires, la jeunesse pouvait alors entrer sur la pelouse pour poursuivre l'ouvrage.
Mais pas de n'importe quelle manière : " Je suis ton pair ". Une jeune qui parle aux jeunes. La ministre de la Jeunesse, Grâce Kutino, rechausse les crampons et l'arène entre en ébullition. L'aura ! Entre ceux qui la boudent et ceux qui l'acclament, le bruit est suffisant pour cristalliser l'opinion publique. Le choc !
Le Joker fait une entrée que l'on pourrait qualifier de réussie, avec une mobilisation qui a paralysé l'avenue Sendwe et ses environs durant des heures. En bonus, un clin d'il à son père, Fernando Kutino, qui, jadis, haranguait lui aussi les foules : " Papa, l'enfant a grandi. " Une intrigue de plus, une provocation de trop qui laisse déborder la colère de ses détracteurs : " Tout ça pour ça ? ", l'interroge-t-on. Une prise de parole de plus qui la maintient davantage dans l'actualité.
Le timing
Entre-temps, le curseur des autres, les opposants évidemment, était placé sur le dialogue, assorti d'un ultimatum fixé au 15 août, au risque de reprendre la rue. Contrôlant les institutions, le pouvoir ne s'est pourtant pas avoué vaincu dans la rue sans livrer le moindre combat.
Non pas un corps-à-corps que la police aurait dû disperser à coups de gaz lacrymogènes, mais un endiguement subtil destiné à étouffer la manuvre de l'opposition dans l'uf.
À l'approche du 15 août, au lieu de voir la tension populaire monter, avec la crainte d'une paralysie une fois les opposants dans la rue, celle-ci était presque inexistante. L'expiration de l'ultimatum est ainsi tombée dans le brouhaha assourdissant d'un " Oui, je le veux ".
Le Joker a réussi à détourner l'attention populaire. Ce qui oblige désormais les opposants à refaire pratiquement une bonne partie du travail de sensibilisation avant d'imaginer une nouvelle mobilisation dans la rue.
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