Le groupe consultatif technique de l'Organisation mondiale de la santé sur la hiérarchisation des vaccins candidats s'est réuni le 31 juillet. Son rapport, publié le 7 août, recommande que l'Ervebo " soit prioritaire pour inclusion dans une étude de recherche de phase 3 dans l'épidémie en cours, sans nécessité d'une évaluation de phase 2 préalable ".

L'Ervebo est homologué contre la souche Zaïre du virus Ebola. L'épidémie qui frappe la République démocratique du Congo depuis le 17 mai est due à la souche Bundibugyo. Aucun vaccin n'est homologué contre celle-ci.

La recommandation repose sur des données animales et de laboratoire

Le groupe a examiné trois catégories de données avant de trancher : des études publiées et prépubliées, de " nouvelles données de challenge chez le primate non humain et le furet ", et des " résultats de neutralisation sur pseudovirus ". Il formule sa recommandation " dans l'absence persistante d'un vaccin spécifique au virus Bundibugyo prêt à être évalué ", et laisse ouverte " l'inclusion ultérieure d'un candidat spécifique au BDBV si l'un devenait disponible ".

Le saut direct en phase 3 s'appuie sur un antécédent. L'Ervebo a été administré à des centaines de milliers de personnes contre la souche Zaïre, ce qui constitue un dossier de sécurité déjà constitué. Ce que la phase 3 doit établir n'est donc pas l'innocuité du produit, mais son efficacité contre une souche pour laquelle il n'a jamais été conçu.

Cinquante-cinq mille personnes ont déjà reçu ce vaccin en Ituri et au Nord-Kivu

L'essai ne partira pas d'une population vierge. Environ 55 000 agents de première ligne avaient déjà reçu l'Ervebo en Ituri et au Nord-Kivu lors de campagnes de vaccination préventive antérieures à l'épidémie actuelle, selon Gavi, l'alliance qui finance le stock mondial. En septembre 2025, plus de 47 000 personnes avaient été vaccinées rapidement dans le cadre d'une intervention financée à hauteur de 40 millions de dollars par le Fonds d'intervention rapide de l'alliance.

Le stock mondial d'Ervebo compte 500 000 doses, dont une part est déjà pré-positionnée en République démocratique du Congo.

" C'est déjà la plus grande épidémie d'Ebola de l'histoire de la RDC ", a déclaré la docteure Sania Nishtar, directrice générale de Gavi, dans le communiqué du 7 août. " Nous sommes encouragés de voir que le vaccin Ebola homologué Ervebo, immédiatement disponible via notre stock mondial financé par Gavi, pourrait contribuer à réduire les formes graves et les décès. "

Les deux candidats conçus pour Bundibugyo ne sont pas prêts

Deux vaccins spécifiques à la souche Bundibugyo sont en développement. Le rVSV-BDBV-GP, porté par l'IAVI, est décrit comme l'option monodose la plus prometteuse pour un usage post-exposition. Le ChAdOx1-BDBV, développé par l'université d'Oxford avec le Serum Institute of India, est le premier candidat à avoir achevé une production de qualité clinique. Ses doses restent en attente de libération pour les essais cliniques.

Aucun des deux n'était disponible pour un déploiement immédiat. C'est cette indisponibilité, et non une preuve d'efficacité de l'Ervebo contre Bundibugyo, qui fonde la recommandation du groupe consultatif.

Les traitements suivent un chemin distinct

Du côté thérapeutique, l'essai PARTNERS, une plateforme adaptative développée par l'université d'Oxford avec l'Organisation mondiale de la santé, teste quatre bras : le MBP134, le remdesivir, l'association des deux, et les soins de support seuls. Le protocole a obtenu ses autorisations réglementaires et d'importation en République démocratique du Congo.

Le remdesivir, commercialisé par Gilead sous le nom de Veklury, est un antiviral homologué contre le Covid-19. Il n'a pas d'autorisation contre Ebola. En Ouganda, Gilead a fait don de plus de 2 000 flacons dans le cadre de l'usage compassionnel et du dispositif MEURI, qui encadre l'emploi d'interventions non homologuées en situation d'urgence.

L'Ouganda, touché par la même souche, a enregistré 20 cas confirmés et deux décès, selon le bilan publié le 6 août par Africa CDC et l'Organisation mondiale de la santé. En République démocratique du Congo, la létalité s'établit à 45,5 %.

Pendant ce temps, l'épidémie est la plus importante jamais enregistrée dans le pays

Le rapport de situation n°085 de l'Institut national de santé publique, arrêté au 7 août, porte le cumul à 4 209 cas confirmés et 1 916 décès, pour 828 guérisons et 595 patients en isolement. Cinquante-trois zones de santé sur les 140 que comptent cinq provinces sont touchées.

L'Ituri concentre 3 636 cas et 1 551 décès, soit 86,4 % du total national. Le Nord-Kivu suit avec 470 cas et 315 décès, une létalité de 67 %. Le Haut-Uélé compte 91 cas, la Tshopo 9, le Sud-Kivu 3.

Déclarée le 17 mai 2026, cette dix-septième flambée recensée dans le pays depuis l'identification du virus en 1976 constitue une urgence de santé publique de portée internationale, et elle est devenue la plus importante jamais enregistrée dans le pays.

Le 6 août, dans un communiqué conjoint, les deux agences relevaient un taux d'occupation de 139 % dans les centres de traitement du Nord-Kivu. " Dans certaines zones de l'est de la RDC, l'épidémie d'Ebola va plus vite que notre riposte ", y déclarait Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l'Organisation mondiale de la santé.

Le même jour, Africa CDC saluait les orientations du président Félix Tshisekedi pour une riposte " centrée sur le village, redevable et intensifiée ", confiant aux chefs coutumiers et religieux, aux organisations de femmes et de jeunes et aux relais communautaires le soin de co-piloter la prévention, les alertes précoces, l'identification des contacts et les enterrements sécurisés. " Contenir et finalement arrêter cette épidémie viendra des communautés ", y déclarait le docteur Jean Kaseya, directeur général de l'agence.

Au chapitre des difficultés communautaires, le rapport de l'Institut national de santé publique du 7 août mentionne des " attentes répétées sur la disponibilité du vaccin ".

Ces attentes portent sur un produit qui n'existe pas sous forme homologuée contre la souche en circulation. Ce qui arrivera en Ituri et au Nord-Kivu, si l'essai démarre, sera un vaccin conçu pour une autre souche, administré dans un cadre de recherche, à une population qui en compte déjà environ 55 000 vaccinés parmi ses soignants.

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Source : https://beto.cd/ebola-rdc-oms-ervebo-essai-phase-3-bundibugyo/