Face à une épidémie d'Ebola qui continue de progresser dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC), le président Félix Tshisekedi a présidé, mercredi à la Cité de l'Union africaine, une réunion de crise réunissant le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, le directeur général d'Africa CDC, Jean Kaseya, ainsi que plusieurs responsables du gouvernement congolais. À l'issue des échanges, les partenaires ont annoncé une nouvelle stratégie destinée à accélérer la lutte contre la maladie à virus Ebola, souche Bundibugyo.
Cette réorientation intervient alors que l'épidémie est devenue la plus rapide jamais enregistrée pour cette souche. Plus de 3 800 cas confirmés et plus de 1 700 décès ont été recensés, principalement en Ituri, avant une extension au Nord-Kivu, au Sud-Kivu, au Haut-Uélé, à la Tshopo et à Kisangani.
Une détection trop tardive et une insécurité persistante
Selon les autorités sanitaires et leurs partenaires, la riposte a longtemps été freinée par une identification tardive des personnes infectées. De nombreux malades ont été pris en charge après plusieurs jours de circulation dans leurs communautés, favorisant ainsi la transmission du virus. Le traçage des contacts s'est également révélé insuffisant dans plusieurs zones, compliquant l'isolement rapide des personnes exposées et la rupture des chaînes de contamination.
La progression de l'épidémie s'inscrit dans un contexte de conflit armé. En Ituri, épicentre de l'épidémie, les attaques des groupes armés, notamment les ADF, les déplacements de population et les difficultés d'accès à certaines localités ont fortement perturbé le travail des équipes médicales.
À ces contraintes s'ajoutent les actes de violence contre les structures de santé. En juillet, des attaques contre un centre de traitement ont temporairement interrompu certaines activités de prise en charge et de surveillance, retardant davantage la riposte.
Une souche sans vaccin homologué
Contrairement aux précédentes flambées provoquées par la souche Zaïre, l'épidémie actuelle est causée par le virus Bundibugyo, pour lequel aucun vaccin ni traitement spécifique n'est encore homologué.
Cette situation réduit les outils disponibles pour contenir rapidement la maladie et oblige les autorités à miser davantage sur la surveillance épidémiologique, l'isolement précoce des cas, la recherche active des contacts et la sensibilisation des communautés. Des essais cliniques sont toutefois en cours afin d'évaluer plusieurs candidats vaccins.
Restaurer la confiance
La nouvelle approche présentée à Kinshasa accorde une place importante au travail de proximité avec les populations. Les partenaires estiment que la méfiance envers les équipes sanitaires, les enterrements non sécurisés et le recours tardif aux structures de soins continuent d'alimenter la propagation du virus.
Le gouvernement, l'OMS et Africa CDC veulent ainsi rapprocher les services de santé des communautés, renforcer la communication locale, accélérer les investigations sur les cas suspects et améliorer la coordination entre les autorités nationales, les provinces et les partenaires internationaux.
Une course contre la montre
Pour les autorités sanitaires, cette nouvelle stratégie constitue une tentative de reprendre l'initiative face à une épidémie qui progresse plus vite que la riposte. Son succès dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la sécurisation des zones affectées, la disponibilité des financements, le renforcement des équipes médicales et, surtout, la capacité à rétablir la confiance avec les populations.
À défaut, la RDC pourrait voir cette flambée de Bundibugyo s'imposer comme l'une des plus difficiles à maîtriser de son histoire récente, malgré l'expérience acquise lors des précédentes épidémies d'Ebola.
Odon Bakumba
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