Le ministre provincial de l'Environnement a annoncé ce lundi l'installation d'équipes chargées de veiller sur les espaces démolis et assainis de Kinshasa. L'Agence congolaise de presse a diffusé l'information à 11 heures. " Le Gouverneur de la ville, Daniel Bumba, a voulu que nous mettions fin aux occupations des emprises publiques et que nous les nettoyions. C'est pour cela que nous allons placer des équipes de surveillance pour sanctionner ceux qui vont réoccuper ces places et nous allons assainir ces espaces au quotidien. Ces équipes seront en permanence au quotidien ", a déclaré Léon Mulumba, en marge de l'opération " Bala bala eza Wenze te ".
Le mot qui compte dans cette phrase est " réoccuper ". Il dit que le problème n'est pas de dégager, mais de tenir. La campagne a été lancée par un communiqué de l'Hôtel de ville le 8 mai 2025, et quinze mois séparent ce lancement de l'annonce de lundi.
Le constat de la réoccupation est documenté depuis les premières semaines. Le 27 mai 2025, à Matete, le bourgmestre Jules Mukumbi interpellait des récidivistes avec la police et posait la question en ces termes : " Comment expliquer qu'à peine samedi, nous ayons démoli les constructions anarchiques, 48 heures après, les gens soient déjà de retour ? " Deux jours avaient suffi. Un an plus tard, le 5 mai 2026, Radio Okapi constatait que le marché pirate du rond-point Ngaba tenait toujours, et une vendeuse y résumait la mécanique : " Nous n'avons pas de marché pour vendre. Même si on nous chasse, nous reviendrons toujours parce que nous n'avons nulle part où aller. "
Ce que l'annonce ajoute à un dispositif déjà chargé
Des sanctions ont déjà été annoncées plusieurs fois. Le 10 mai 2025, le bourgmestre de Lemba Jean-Serge Poba prévenait que des amendes attendaient les vendeurs surpris sur les emprises. Le 22 avril 2026, la police d'assainissement, commandée par le commissaire supérieur adjoint Michel Atiakumu, déclarait close la phase de sensibilisation. Le 25 mai 2026, un communiqué du ministère provincial des Infrastructures ordonnait la libération immédiate des emprises autour du marché central, sous peine de démolition des étalages et de saisie des marchandises.
Deux corps existaient donc avant l'annonce de lundi : cette police d'assainissement et la Brigade spéciale pour la protection de l'environnement, présente dès la séance de travail du 7 mai 2025 qui a décidé la campagne. L'acte créant les équipes annoncées, leur effectif, leur rattachement et l'étendue de leur pouvoir de sanction n'ont pas été communiqués.
La question de l'autorité compétente se pose aussi. Le 6 novembre 2025, le ministère provincial des Infrastructures rappelait par communiqué que " l'autorisation d'occupation de l'espace public provincial et urbain relève exclusivement de la compétence du ministère provincial des Infrastructures, travaux publics, affaires foncières, urbanisme et habitat ". L'annonce de lundi vient du ministère de l'Environnement, de la Propreté et de l'Embellissement, confié à Léon Mulumba Mwana Nshiya le 26 juin 2024. Les deux portefeuilles interviennent sur le même terrain, et les mises en demeure de démolition émanent des deux, selon le communiqué des Infrastructures du 23 septembre 2025.
Un texte adopté en 2023 prévoyait exactement cela
L'Assemblée provinciale de Kinshasa a adopté le 5 octobre 2023, par trente-trois voix sur quarante-huit députés, un édit portant dispositions particulières applicables en matière de protection des emprises, aires protégées et espaces publics. Cinq chapitres, trente articles. Parmi ses dispositions figure " l'organisation de la patrouille foncière confiée à une commission municipale de contrôle et de surveillance obligatoire ". Le texte réaffirme aussi le caractère inaliénable et imprescriptible des routes et des espaces publics.
Ce texte devait être transmis au gouverneur pour promulgation. Aucune promulgation, aucun numéro d'édit, aucune date de publication n'ont été retrouvés, et l'exécutif provincial ne le cite dans aucun de ses communiqués de démolition. Les bases légales qu'il invoque sont plus anciennes : l'ordonnance-loi n° 73-021 du 20 juillet 1973 portant régime général des biens, et l'arrêté interministériel n° 0021 du 29 octobre 1993. La commission de contrôle et de surveillance qu'un édit provincial avait dessinée il y a près de trois ans reste donc, en droit, une inconnue, au moment où l'exécutif annonce un dispositif de même nature.
Le calendrier ajoute un troisième acteur. Le Conseil des ministres du 29 mai 2026 a créé une Task Force de salubrité " placée sous son autorité directe et pilotée par le lieutenant-général Jean-Pierre Kasongo Kabwik, commandant du service national ", avec pour mandat un plan permanent et des mesures contraignantes de discipline urbaine. Le ministère provincial de l'Environnement et l'Hôtel de ville y siègent. La surveillance des emprises relève désormais d'au moins trois autorités qui n'ont pas publié leur répartition des rôles.
Le contentieux, lui, existe. La Coalition DESC a saisi la justice le 22 novembre 2025 contre l'Hôtel de ville après la démolition du site Funa, où plus de cent familles du quartier Boyoma se sont retrouvées sans abri. L'issue de cette procédure n'est pas connue. C'est la pièce que la première sanction infligée par les nouvelles équipes rendra concrète : sur quel texte, prononcée par qui, et susceptible de quel recours.
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