La controverse autour de la réforme constitutionnelle s'est encore intensifiée ces dernières semaines au niveau national, avec notamment une nouvelle délibération du Parlement sollicitée par le président Félix Tshisekedi sur la loi référendaire.

À Bukavu, pendant que les institutions débattent des textes, les flammes continuent de ravager des vies. Entre le 27 juillet et le 13 août, plus d'une centaine de maisons ont été détruites ou endommagées dans la ville, tandis que 59 ateliers ont été réduits en cendres. Deux enfants ont notamment péri dans un incendie à Panzi. Le 13 août, un autre sinistre a frappé le centre de la Confédération du monde de l'artisanat, privant près de 300 artisans de leur lieu de travail.

Une note de plaidoyer publiée cette semaine estime par ailleurs qu'au moins 1 857 maisons ont été détruites par des incendies dans Bukavu et certains territoires du Sud-Kivu entre 2024 et 2026, laissant plus de 15 000 personnes sans assistance.

À cette catastrophe s'ajoute une rentrée scolaire qui se prépare dans un climat de précarité. Pour de nombreuses familles, acheter les fournitures, payer les frais scolaires, renouveler les uniformes ou simplement garantir aux enfants un environnement stable relève déjà du parcours du combattant.

Dans une province meurtrie par les déplacements et l'insécurité, chaque enfant privé d'école représente pourtant bien davantage qu'une statistique : c'est une trajectoire humaine interrompue, un avenir suspendu.

Les élus du Sud-Kivu sont ainsi attendus sur les questions qui touchent directement leurs électeurs : protection des populations, accès à l'éducation, soutien aux sinistrés, infrastructures, santé et création d'emplois.

Car derrière le chômage et la crise économique se dessine une autre forme d'insécurité.

Des jeunes sans perspectives, des artisans qui perdent leurs outils dans les incendies, des commerçants qui voient disparaître leurs marchandises et des familles déplacées par la guerre composent le visage quotidien d'une province où l'économie populaire demeure extrêmement fragile.

À cette précarité matérielle s'ajoute désormais une guerre numérique faite de rumeurs, de manipulations, de fausses informations et de contenus parfois conçus pour attiser la peur ou les divisions.

Dans un tel contexte, l'action publique ne peut se limiter aux querelles institutionnelles : elle doit aussi protéger la société contre les fractures économiques, sociales, sécuritaires et informationnelles qui la rongent.

Le débat constitutionnel est légitime dans une démocratie ; l'indifférence aux urgences populaires, elle, ne saurait l'être.

La question posée aux députés du Sud-Kivu n'est donc pas de savoir s'ils ont le droit de parler de Constitution, mais s'ils parlent avec la même vigueur des familles sinistrées, des enfants exposés au décrochage scolaire, des jeunes sans emploi, des populations déplacées et des citoyens vivant sous la menace de l'insécurité.

Une Constitution peut organiser les pouvoirs de l'État ; elle ne remplace ni un toit après un incendie, ni une école après un déplacement, ni un emploi après des années de chômage. Pendant que le pouvoir débat de l'architecture de la République, le peuple, lui, réclame d'abord que la République soit présente à son chevet.

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