Le chiffre vient de l'Inspection générale des finances et il a été porté devant le Conseil des ministres. Le portefeuille actif des projets congolais financés sur ressources extérieures représente plus de 10,7 milliards de dollars. Sur cette somme, 24,3 % seulement ont été décaissés. Il reste donc plus de 8,3 milliards de dollars acquis auprès des partenaires, disponibles, et non mobilisés.

L'analyse a été présentée à la 96e réunion du Conseil des ministres, tenue le vendredi 14 août 2026 à la Cité de l'Union africaine, à Kinshasa. Le compte rendu du porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, rapporte que le chef de l'État y voit " une faible capacité à convertir les financements obtenus en investissements productifs et en résultats concrets pour les populations ". Trois causes sont nommées, " les lourdeurs procédurales, les retards dans la mobilisation des fonds de contrepartie et les insuffisances dans le pilotage des projets ".

La Première ministre a reçu instruction de soumettre un plan de redressement précisant " les actions à mener, les responsabilités, les objectifs de performance ainsi que les mécanismes de suivi et de redevabilité ". Le vice-Premier ministre chargé du Budget, le ministre d'État au Plan et le ministre des Finances doivent garantir la disponibilité des fonds de contrepartie, simplifier et digitaliser les procédures et renforcer la coordination avec les partenaires. Un mécanisme interministériel permanent de suivi doit être créé, adossé à un tableau de bord national.

Le chiffre à côté d'un autre chiffre

Cette réserve de 8,3 milliards prend son sens quand on la pose à côté de ce que l'État a dit de ses finances cette année. Le collectif budgétaire promulgué en août a été revu à la baisse, et le gouvernement l'a expliqué par " la diminution de 42 % des ressources extérieures ". D'un côté, l'argent étranger qui n'arrive plus. De l'autre, huit milliards d'argent étranger déjà obtenu et jamais tiré. Les deux affirmations sortent du même État, à deux mois d'intervalle.

Le budget d'équipement, lui, s'exécutait à 0,24 % au 30 avril. C'est la ligne qui construit les routes, les écoles et les hôpitaux, et c'est celle qui ne bouge pas, pendant que les dépenses de fonctionnement dépassent leurs crédits. Le portefeuille extérieur non décaissé finance précisément ce genre d'ouvrages.

Le rapprochement le plus rude est ailleurs. Le 25 août, l'État doit lancer une campagne de solidarité nationale qui demande aux Congolais, aux entreprises et à la diaspora de contribuer à la réponse aux 7,3 millions de déplacés internes. Le document qui l'organise ne porte aucun montant. La même semaine, la Présidence constate que huit milliards de dollars destinés au pays dorment dans des conventions signées.

Ce que le plan devra dire

Le compte rendu du 14 août ne donne ni la liste des projets concernés, ni leur répartition par bailleur, ni leur ancienneté, ni le délai accordé à la Première ministre pour remettre son plan. Trois pièces manquent : le rapport de l'IGF, qui n'a pas été publié ; le tableau de bord national annoncé, qui n'existe pas encore ; et le coût du retard, c'est-à-dire ce que la RDC paie en frais et en commissions sur des prêts qu'elle ne tire pas. Cette dernière donnée n'est documentée nulle part publiquement, et c'est la première à réclamer au ministère des Finances.

L'exigence présidentielle porte sur une compétence, pas sur une ressource. Le pays vient de démontrer qu'il sait lever de l'argent : l'Eurobond émis en mai a été souscrit, 137 millions de dollars en ont déjà été décaissés, et la croissance se tient au-delà de 5,5 % malgré la guerre à l'Est. Le taux de 24,3 % dit que la difficulté commence après la signature.

Le plan de redressement se mesurera à une seule chose, qui ne figure dans aucune instruction du 14 août : un taux de décaissement publié, projet par projet, à date fixe. Sans cela, le tableau de bord national restera un document interne, et les 8,3 milliards une somme dont personne ne saura si elle bouge.

À lire aussi sur BETO

The post Financements extérieurs : 8,3 milliards de dollars obtenus et non dépensés appeared first on BETO.



Source : https://beto.cd/financements-exterieurs-rdc-83-milliards-non-decaisses-igf/