Le 28 juillet 2026, le Trésor congolais a levé 48,6 millions de dollars sur le marché intérieur. Il a servi 8 % à deux ans et 10,5 % à trois mois, et son adjudication a été couverte à 121,7 %. La même semaine, un commerçant de Kinshasa qui poussait la porte d'une institution de microfinance payait, selon le document de stratégie du ministère des Finances, " de 23 à 25 % en moyenne jusqu'à 60 % pour les IMF ".
L'inflation cumulée était de 4,8 % à fin juin. Le taux directeur de la Banque centrale du Congo est passé à 12,5 % le 17 juillet, après 13,5 % en avril et 15 % auparavant, troisième baisse de l'année. Entre le prix auquel l'argent se refinance et celui auquel il se prête au bas de l'échelle, l'écart atteint 52 points.
Un secteur de 101 institutions et 283,5 millions de dollars
La Stratégie nationale d'inclusion financière 2023-2028, adoptée par le ministère des Finances, dénombre 101 institutions de microfinance : 78 coopératives d'épargne et de crédit, 15 sociétés de microfinance et 8 entreprises de micro-crédit. Le document écrit : " Le portefeuille de crédit a enregistré une croissance de 21% en 2022 pour atteindre USD 283,5 millions contre USD 234,3 millions en 2021 et USD 168 millions en 2020 ". Côté dépôts, il note que " la mobilisation de l'épargne est passée de USD 256,97 millions en 2020 à USD 301,24 millions en 2021 avant d'atteindre USD 333,76 millions en 2022 ".
Le secteur collecte donc plus qu'il ne prête : 333,76 millions d'épargne pour 283,5 millions de crédits. L'écart de 50 millions ne finance pas le petit commerce congolais.
Le taux d'inclusion financière atteignait 38,5 % en 2022, contre 3,5 % en 2010. La stratégie relativise elle-même cette progression : " comparé à la moyenne de l'Afrique subsaharienne de 55%, il demeure très faible ". La cible fixée est de 65 % en 2028, soit vingt-six points et demi à gagner en six ans, quand les douze années précédentes en avaient produit trente-cinq.
Le prix du crédit n'est réglé par aucun texte
La loi n° 11/020 du 15 septembre 2011 fixe les règles de l'activité de microfinance. Son article 11 dispose : " Les Institutions de Microfinance sont réparties en deux catégories, à savoir : 1. les entreprises de micro-crédit ; 2. les sociétés de Microfinance ". Son article 15 confie un pouvoir précis au régulateur : " La Banque Centrale du Congo fixe le capital minimum des Institutions de Microfinance ". Ce capital minimum est aujourd'hui de 50 000 dollars pour une institution mutualiste et de 300 000 dollars pour une institution commerciale.
Sur le prix du crédit, la loi ne dit rien. Elle n'établit ni plafond, ni méthode de calcul, ni taux effectif global obligatoire. Son article 60 se limite à une obligation d'information : les institutions doivent " fournir régulièrement des informations complètes sur le coût et la qualité des produits ainsi que les services proposés " et publier leurs conditions contractuelles. L'emprunteur a droit à la transparence sur le prix, pas à une règle qui l'encadre.
L'agrément, délivré par la Banque centrale, exige des dirigeants une " expérience avérée dans le domaine de la finance, de la gestion ou de la microfinance ", un plan d'affaires sur trois ans, des extraits de casier judiciaire de moins de trois mois et une attestation de libération du capital. Le contrôle porte sur qui prête et avec quels fonds propres, pas sur ce que le prêt coûte.
Ce que 60 % veut dire pour un emprunteur
Sur un crédit de 1 000 dollars remboursé en un an au taux plafond, l'intérêt représente 600 dollars. Au taux moyen de 23 %, il représente 230 dollars. Rapporté à l'inflation de 4,8 % constatée à fin juin, le coût réel du crédit se situe donc entre 18 et 55 points au-dessus de la hausse des prix. C'est le même argent, dans le même pays, dans le même mois, que celui que l'État obtient à 8 %.
La stratégie nationale chiffre l'effet de ce prix sur le tissu économique : " 62% des MPME estiment avoir des besoins financiers non satisfaits, variant entre USD 50.000 et USD 500.000 ". Le déficit de financement des micro, petites et moyennes entreprises y est évalué à 26 % du produit intérieur brut. La demande existe, la ressource existe, le prix les sépare.
La Banque centrale, elle, agit sur les instruments dont elle dispose. Sa facilité de prêt marginal est passée de 17,5 % à 16,5 % le 17 juillet, et son gouverneur André Wameso Nkualoloki a lancé " un appel aux services publics et aux opérateurs économiques à privilégier les paiements en franc congolais ". Trois baisses du taux directeur en un an transmettent au secteur bancaire, dans une économie où le FMI attend une croissance supérieure à 5,5 %. Rien n'établit qu'elles se transmettent au microcrédit.
Ce qui manque
Aucun taux effectif global n'est publié institution par institution. Un emprunteur qui compare deux offres compare deux affichages qui ne sont pas construits de la même façon, et personne ne publie de tableau comparatif.
La Banque centrale du Congo ne diffuse pas de série de taux débiteurs pour le secteur de la microfinance. Le seul ordre de grandeur public reste la fourchette de la stratégie nationale, arrêtée aux données de 2022. Quatre ans plus tard, il est impossible de dire si le taux moyen a bougé.
Le portefeuille de crédit du secteur n'a pas non plus de mise à jour publique postérieure à 2022. La prochaine livraison de données permettra de trancher un point simple : si l'encours a progressé plus vite que les 21 % de 2022 pendant que le taux directeur passait de 15 % à 12,5 %, la baisse aura circulé. Sinon, elle se sera arrêtée avant le guichet.
À lire aussi
- Le Trésor lève 48,6 millions de dollars à 8 %, et paie plus cher pour trois mois que pour deux ans
- Croissance à 5,5 %, inflation à 2,5 % : ce que le FMI a écrit sur l'économie congolaise
- Réserves de change : ce que la RDC couvre vraiment en mois d'importations
- Bourse de Kinshasa : ce qui sépare encore le vote du Sénat d'une première cotation
- Marché financier : la future Bourse de Kinshasa cotera aussi en franc congolais dès 2027
The post Microcrédit en RDC : jusqu'à 60 % d'intérêt quand l'État emprunte à 8 % appeared first on BETO.
Source : https://beto.cd/microcredit-rdc-taux-interet-60-pourcent-etat-8-pourcent/
0 Commentaires