Africa Intelligence écrit que " Kinshasa sur le point de gagner son pari sur le marché du cobalt ", et que la présidence attend d'énormes retombées fiscales pour 2026. La première moitié de cette phrase est vérifiable. La seconde ne l'est pas encore, et la différence entre les deux tient à un seul chiffre que personne n'a publié.

Le pari sur les prix est gagné, et il se mesure. Le 18 février 2025, l'hydroxyde de cobalt à 30 % livré en Chine valait entre 5,60 et 5,75 dollars la livre. Quatre jours plus tard, l'Autorité de régulation et de contrôle des marchés des substances minérales stratégiques suspendait toutes les exportations congolaises par sa décision n° 001. Au 3 juillet 2026, le même hydroxyde cotait 24,75 dollars la livre, en hausse de 102 % sur un an. Le métal se tenait à 56 290 dollars la tonne le 11 août, soit près de 69 % de plus qu'un an plus tôt. Un pays qui fournit 230 000 des 310 000 tonnes produites dans le monde a fermé le robinet, et le marché a suivi.

L'architecture juridique avait été posée la veille de la fermeture. Les décrets n° 25/05 et 25/06 du 21 février 2025 habilitent l'Autorité à prendre " toutes mesures temporaires de régulation et de contrôle, y compris des mesures de suspension à l'exportation ". La suspension a duré jusqu'au 15 octobre, prolongée deux fois, avant de céder la place à un régime de quotas par la décision n° 004 du 20 septembre 2025 : 18 125 tonnes pour la fin 2025, puis 96 600 tonnes par an en 2026 et 2027, dont 9 600 tonnes de " quota stratégique " laissées à la discrétion du régulateur.

Le prix est monté, les tonnes ne sont pas sorties

C'est ici que le récit se complique. Un quota n'est pas une exportation, et une exportation n'est pas une recette. Sur les quelque 62 000 tonnes autorisées depuis octobre 2025, un peu plus des deux tiers seulement avaient été effectivement expédiées à la fin juin 2026, selon le cabinet CRU. Entre 15 000 et 20 000 tonnes du deuxième trimestre sont restées inutilisées.

Le régulateur a tranché sans attendre. Les volumes non expédiés au 30 juin ont été déclarés déchus, " shall be deemed forfeited ", et automatiquement reversés au quota stratégique. Trois jours plus tard, les exportateurs découvraient que la plateforme douanière n'enregistrait plus leurs déclarations depuis le 1er juillet, " in the absence of a formal notification from ARECOMS authorizing customs to continue processing export quotas ". Jusqu'à 20 000 tonnes étaient concernées, pour 1,1 milliard de dollars au cours du moment. C'est le seul frottement administratif établi par une source vérifiable, et Reuters le décrit comme une défaillance de procédure, non comme une opposition politique.

Le décalage entre quotas et tonnes sorties tient aussi à l'écart entre ce que produisent les grands opérateurs et ce qu'on les autorise à vendre. CMOC a produit 117 549 tonnes de cobalt en 2025 et a reçu 31 200 tonnes de quota pour 2026. Glencore en a obtenu 22 800, ERG 12 325. Le groupe chinois s'est publiquement opposé à l'embargo puis aux quotas, et Kinshasa a ouvert des discussions avec lui. Aucune demande officielle et publique d'opérateurs chinois réclamant davantage n'est toutefois établie par une source accessible : ce que documentent les dépêches, c'est un mécontentement et une négociation, pas une requête formelle.

Ce qui manque pour vérifier la promesse fiscale

Le mécanisme qui transforme un prix élevé en argent public existe et il est daté. Une circulaire conjointe des Mines et des Finances du 26 novembre 2025 impose le prépaiement de la redevance minière de 10 % dans les 48 heures suivant le dépôt des déclarations, et subordonne le dédouanement à un certificat de vérification délivré par le régulateur. La Chambre des mines a immédiatement prévenu que " any measure perceived as deviating from the mining code, notably prepayment of royalties, could undermine operator confidence ".

Reste que le résultat n'est pas public. Le projet de loi de finances 2026 projette 13 777 617 504 411 francs congolais de recettes minières, réparties entre la Direction générale des douanes, celle des impôts et celle des recettes administratives. Ce document ne mentionne aucun quota d'exportation. Il cite en revanche " la suspension de l'exportation du cobalt " parmi les causes de contre-performance des recettes minières au premier semestre 2025. Aucune régie financière n'a publié à ce jour le montant effectivement perçu sur le cobalt depuis l'entrée en vigueur du régime.

Le président du conseil d'administration du régulateur, Patrick Luabeya, a résumé la ligne dans un entretien du 4 août : " Nous nous imposons comme un acteur souverain. " La critique porte moins sur l'objectif que sur la mécanique. Jean-Pierre Okenda, de la Sentinelle des ressources naturelles, avertissait dès novembre 2025 : " That unpredictability invites negotiation, and in Congo, negotiation often means corruption. " Ni la répartition complète des quotas 2026 entre opérateurs, ni les critères d'attribution du quota stratégique n'ont été rendus publics.

Le calendrier ajoute une contrainte. L'arrêté interministériel du 29 juin 2026, signé par Louis Kabamba Watum, Julien Paluku Kahongya et Daniel Mukoko Samba, interdit désormais l'exportation des concentrés de cuivre et de cobalt, ce qui ferme une seconde vanne au moment où la première fonctionne mal. Et l'économie, elle, tient : le Fonds monétaire international relève une croissance supérieure à 5,5 % en 2025 comme en 2026, portée par la construction, les services et l'agriculture plutôt que par les mines.

Le pari est donc à moitié tranché. Le prix du cobalt a fait ce que Kinshasa attendait de lui. Les tonnes sorties, non. Et tant qu'aucune régie n'aura publié ce que la redevance prépayée a rapporté depuis décembre, la promesse d'énormes retombées fiscales pour 2026 restera une attente, pas un résultat. C'est ce chiffre-là qu'il faut réclamer.

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