L'ambassade de la République démocratique du Congo à Pretoria a publié le 18 août 2026 un communiqué officiel portant la référence 132.102/00433/ARDC-PTA/08/ALB/2026. Elle y indique que " deux membres de la délégation de la République Démocratique du Congo, venus à Durban pour participer aux travaux de la SADC, ont été interpellés par les autorités sud-africaines, dans le cadre de vérifications portant notamment sur leurs accréditations ". Le texte ne donne ni leur nom, ni leur fonction, ni la date de l'interpellation.

Les autorités sud-africaines, elles, ont décrit la scène. Le samedi 16 août, à un point de contrôle d'accès du Durban International Convention Centre, les identités de deux ressortissants congolais n'ont pas correspondu à l'accréditation qu'ils présentaient, un document qui n'avait pas été émis à leur nom. La structure nationale conjointe de renseignement et d'opérations, connue sous le sigle NATJOINTS, a annoncé leur arrestation. Trois chefs ont été retenus : " fraud, impersonation and contravention of the SAPS Act relating to entering a designated area without authorisation ", soit fraude, usurpation d'identité et accès non autorisé à une zone désignée. Les deux hommes ont comparu le lundi devant le tribunal de première instance de Durban.

Un troisième homme, ressortissant zimbabwéen, avait été arrêté auparavant pour avoir tenté d'obtenir une accréditation en se présentant comme artiste. Il est également poursuivi pour séjour irrégulier. Deux jours séparent l'interpellation du communiqué congolais, et deux vocabulaires séparent les deux récits. D'un côté des " vérifications ", mot qui décrit une procédure administrative en cours. De l'autre une arrestation, des poursuites pénales et une comparution. La différence n'est pas de nuance, elle porte sur la nature même du fait.

Ce qu'une accréditation permet, et ce qu'elle ne protège pas

Une accréditation de sommet est un badge nominatif délivré par le pays hôte à partir de listes transmises par chaque État participant. Elle donne accès à des zones définies pendant des jours définis. Elle n'est pas un titre de séjour, elle n'est pas un passeport, et elle ne confère aucune immunité. C'est précisément parce qu'elle est nominative que le contrôle du Durban International Convention Centre a comparé, le 16 août, le nom du badge au document d'identité présenté. L'immunité diplomatique, elle, protège les agents diplomatiques accrédités auprès d'un État, ce qui n'est pas la même chose qu'un participant à une réunion internationale. Un membre de délégation en mission temporaire relève de règles distinctes, et son statut dépend de la manière dont son pays l'a notifié à l'hôte. Le communiqué de l'ambassade indique avoir saisi le Department of International Relations and Cooperation, le ministère sud-africain des Affaires étrangères, " en vue de clarifier leur statut et de parvenir à un règlement rapide de la situation ". Ces mots disent l'essentiel : le statut des deux hommes n'était pas établi au moment où l'ambassade est intervenue.

La protection annoncée a, elle aussi, un contenu précis. " L'Ambassade assure, à ce titre, leur protection ainsi que le suivi diplomatique et consulaire approprié de leur situation ", écrit l'ambassade de la RDC. La protection consulaire couvre l'accès au détenu, l'information de la famille, l'aide à trouver un avocat, la présence à l'audience et la vérification des conditions de détention. Elle ne suspend pas des poursuites, elle n'obtient pas une libération, et elle ne se substitue pas à la justice du pays d'accueil.

Le contexte du sommet compte

Le 46e sommet ordinaire des chefs d'État et de gouvernement de la Communauté de développement d'Afrique australe s'est tenu à Durban, dans la province du KwaZulu-Natal, le 17 août 2026. Il ouvre une année de présidence sud-africaine de l'organisation. Un tel rendez-vous s'accompagne d'un périmètre de sécurité classé zone désignée, ce qui transforme un accès irrégulier en infraction pénale et non en simple manquement administratif. C'est le fondement du troisième chef retenu contre les deux Congolais.

La porte-parole nationale de la police sud-africaine, Athlenda Mathe, avait posé le cadre de l'opération : " NATJOINTS respects the constitutional rights to participate peacefully and lawfully; however, there will be no tolerance for criminal violence. " Le dispositif visait aussi une marche annoncée en marge du sommet. Les deux Congolais et le ressortissant zimbabwéen forment ainsi trois interpellations liées à l'accès au site, sur un rendez-vous qui réunissait les chefs d'État des seize États membres de l'organisation.

Reste le point que le lecteur congolais retiendra. La composition d'une délégation officielle et sa transmission au pays hôte relèvent du ministère des Affaires étrangères. Si les deux hommes figuraient sur la liste congolaise transmise à Pretoria, l'accréditation aurait dû être émise à leur nom, et le contrôle n'aurait rien relevé. S'ils n'y figuraient pas, le mot " délégation " employé par l'ambassade recouvre autre chose qu'une inscription officielle. Le communiqué ne tranche pas entre ces deux lectures. Il indique seulement que l'ambassade a saisi le DIRCO dès qu'elle a été informée, soit après le 16 août, ce qui situe le moment où Pretoria a appris la présence de ces deux hommes à Durban.

L'ambassade termine en invitant " le public à la retenue, à la sérénité et à ne pas se fier aux rumeurs des reseaux sociaux ". L'appel est fondé : les deux hommes sont poursuivis, ils ne sont pas condamnés, et la présomption d'innocence leur est acquise jusqu'à une décision de justice. La meilleure réponse aux rumeurs reste toutefois la publication des faits par ceux qui les détiennent.

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Source : https://beto.cd/durban-sadc-deux-congolais-interpelles-accreditation-ambassade/