L'Organisation mondiale de la santé a acté le franchissement. " L'épidémie actuelle de maladie à virus Bundibugyo (MVB) est la plus importante flambée de maladie à virus Ebola jamais enregistrée en RDC, toutes espèces du virus Ebola confondues ", écrit l'agence des Nations unies. Le record que la RDC détenait depuis 2020 vient d'être battu par une épidémie qui n'a pas encore six mois.
Le chiffre qui l'établit figure dans la quatrième version de l'évaluation rapide des risques, publiée le 20 août 2026. Au 13 août, l'OMS comptait 4 566 cas confirmés et 2 128 décès, soit un taux de létalité de 47 %. Six provinces sont touchées, l'Ituri étant l'épicentre. L'agence évalue le risque comme très élevé en République démocratique du Congo, élevé pour les pays voisins partageant une frontière terrestre, et faible aux niveaux régional et mondial.
3 470 cas en vingt-trois mois en 2018, 4 566 en quelques mois en 2026
Le précédent record appartenait à la dixième épidémie congolaise, celle du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri. Elle avait duré du 1er août 2018 au 25 juin 2020, soit vingt-trois mois. " Au total, 3470 cas, 2287 décès et 1170 guérisons ont été signalés au cours de l'épidémie ", indiquait Africa CDC dans sa déclaration de clôture, qui relevait aussi la mort de 41 professionnels de santé. Cette épidémie avait été déclarée urgence de santé publique de portée internationale en juillet 2019.
La comparaison des durées est le fait central. Il a fallu près de deux ans à l'épidémie de 2018 pour atteindre 3 470 cas. Celle de 2026 en compte 4 566 confirmés en une fraction de ce temps, et le comptage national va plus loin encore. L'Institut national de santé publique recensait 5 208 cas, cas confirmés et probables réunis, et 2 476 décès au 18 août, pour une létalité de 47,5 %.
L'écart entre les deux séries n'est pas une contradiction. L'OMS arrête son décompte au 13 août et ne retient que les cas confirmés en laboratoire. L'Institut national de santé publique publie au 18 août et additionne les cas confirmés et les cas probables. Cinq jours et une définition de cas séparent les deux chiffres, qui décrivent la même épidémie.
Un point distingue 2026 de 2018, et il joue dans le bon sens. La dixième épidémie tuait 66 % des malades recensés, 2 287 décès pour 3 470 cas. Celle de Bundibugyo en tue 47 %. Près de vingt points de létalité en moins, sur une épidémie pourtant plus étendue. La souche n'est pas la même, la prise en charge et la vaccination non plus, mais le résultat est le même pour les familles : le nombre absolu de morts a déjà dépassé celui de 2020.
Le pays a une histoire longue avec ce virus, et elle donne la mesure du basculement. Ebola a été identifié en 1976 à Yambuku, dans l'actuelle province de la Mongala, et porte le nom d'une rivière congolaise. Cette première flambée avait fait 318 cas et 280 décès. Kikwit, en 1995, en avait fait 315 et 254. Pendant quarante ans, les épidémies congolaises se sont comptées en centaines de cas, jusqu'à celle de 2018 qui a franchi le millier. Celle de 2026 dépasse les cinq mille selon le comptage national, dans un pays qui en est à sa seizième flambée déclarée.
Six provinces, l'Ituri en épicentre, trois pays avec des cas importés
La géographie de cette flambée explique sa taille. Six provinces contre trois en 2018-2020, et une propagation qui a franchi les frontières. Selon l'évaluation de l'OMS, " imported cases have been reported in Uganda, France, and Germany ". C'est la première fois qu'une épidémie d'Ebola partie de RDC est associée à des cas déclarés simultanément en Afrique de l'Est et en Europe.
Cette dispersion géographique éclaire la hiérarchie des risques posée par l'OMS. Très élevé en RDC, élevé chez les voisins terrestres, faible ailleurs. Autrement dit, le pays porte l'épidémie, la région porte la menace, et le reste du monde porte des cas isolés.
Les moyens de la riposte n'ont pas suivi la même courbe. Le Groupe international de coordination pour l'approvisionnement en vaccins a libéré 70 000 doses d'Ervebo le 20 août, sur les 500 000 doses supplémentaires que Kinshasa avait demandées le 12 août. Vingt mille de ces doses sont réservées à un essai clinique de phase 3, cinquante mille aux agents de première ligne. Soixante-dix mille sur cinq cent mille, c'est quatorze pour cent de la demande congolaise, servis au moment où le pays devient le théâtre de la plus grande épidémie d'Ebola de son histoire. Le stock mondial d'Ervebo, lui, n'a pas été constitué pour une flambée de cette taille.
La riposte est aussi attaquée sur le terrain. L'OMS a recensé douze attaques contre les équipes et les structures depuis le 17 mai, dont huit incendies de bâtiments. Une épidémie qui bat un record national de cas est combattue par des équipes dont les centres brûlent.
Le franchissement du seuil de 2020 change la nature du dossier. Jusqu'ici, la référence congolaise en matière d'Ebola était le Nord-Kivu de 2018, avec ses vingt-trois mois, ses 3 470 cas et son urgence internationale déclarée. Cette référence vient d'être remplacée par une épidémie plus large, plus rapide, moins létale par cas et déjà présente dans six provinces. Le comité d'urgence de l'OMS s'est réuni le 18 août, quatre jours avant l'expiration automatique des recommandations temporaires du 22 mai.
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Source : https://beto.cd/rdc-bundibugyo-plus-grande-epidemie-ebola-record-2018/
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