Le professeur Jean-Gualbert Nyembo Shabani est mort. Huitième gouverneur de la Banque du Zaïre, commissaire d'État au Portefeuille, à l'Économie et à l'Agriculture, président délégué général de Gécamines Holding, il avait fait du cuivre congolais son objet d'étude un demi-siècle avant que le pays n'en devienne le deuxième producteur mondial.

Sa thèse de doctorat porte un titre qui résume une vie de travail : " L'industrie du cuivre dans le monde et le progrès économique du Copperbelt africain ". Il la soutient en 1975 à l'Université catholique de Louvain, sous la direction du professeur Fernand Bézy. La démonstration tient en deux temps. L'exploitation du cuivre peut être un moteur de croissance et de développement économique. Mais elle expose le pays producteur à la détérioration des termes de l'échange, cette érosion du pouvoir d'achat des exportations primaires face aux produits manufacturés importés. Sa conclusion est une prescription : diversifier l'économie nationale.

Le parcours qui suit la thèse est celui d'un homme placé aux commandes de ce qu'il avait étudié. La notice officielle de la Banque centrale du Congo le décrit d'abord comme " Directeur Adjoint au Bureau de Coordination économique et de Conseiller économique auprès du Premier Ministre Moïse Tshombe ", entre 1964 et 1965. Il entre au gouvernement le 23 février 1977 comme commissaire d'État à l'Économie nationale et à l'Industrie, et occupe jusqu'en 1987 les portefeuilles de l'Économie, du Portefeuille, de l'Agriculture et du Commerce. En avril 1985, il prend la présidence déléguée générale de Gécamines Holding, l'entreprise qui exploitait précisément le Copperbelt de sa thèse.

Né le 5 août 1937 à Kayanza, dans le territoire de Kongolo au Nord-Katanga, il avait suivi ses humanités à l'Institut Saint-Boniface d'Élisabethville, la propédeutique et la candidature en sciences économiques à l'Université Lovanium de Kinshasa entre 1959 et 1962, puis la licence à Louvain en 1964. Il devient professeur à la Faculté des sciences économiques en 1976. Il laisse aussi une institution, le Fonds de convention de développement, structure publique de financement de l'investissement industriel et agricole.

Le Fonds de convention de développement dit ce qu'il entendait par diversification. Il ne s'agissait pas d'un slogan mais d'un guichet, une structure publique chargée de financer l'investissement industriel et agricole, c'est-à-dire les deux secteurs que la rente minière n'irrigue pas d'elle-même. L'homme qui présidait Gécamines Holding en avril 1985 était le même qui avait écrit dix ans plus tôt que le cuivre ne suffirait pas.

Deux ans à la Banque du Zaïre, de 15 300 à 1 990 000 zaïres pour un dollar

Il prend ses fonctions de gouverneur le 30 mars 1991 et les quitte le 2 avril 1993. Deux ans qui couvrent le pire de l'effondrement monétaire zaïrois. " L'hyperinflation s'est manifestée à partir de 1990 ", rappelle la notice historique consacrée à la monnaie. Le dollar valait 15 300 zaïres en 1991, l'année de son arrivée. Il en valait 1 990 000 à la fin de 1992, alors qu'il était encore en poste. Il en vaudra 110 000 000 à la fin de 1993, un an après son départ.

Ces chiffres disent la position impossible d'un banquier central sans instrument. Une banque d'émission ne tient pas une monnaie quand le Trésor tire sur la planche à billets pour payer une administration et une armée que l'impôt ne finance plus. Nyembo Shabani a néanmoins tenté de reconstruire l'outil. La notice de la Banque centrale indique qu'il " a introduit en avril 1992 de nouvelles structures organiques ", créant deux postes de vice-gouverneur, l'un pour la gestion courante, l'autre pour la politique monétaire. C'est la séparation qui existe encore aujourd'hui à la Banque centrale du Congo. Un gouverneur qui réorganise son institution pendant que la monnaie qu'elle émet perd cent trente fois sa valeur en deux ans travaille pour ceux qui viendront après lui.

Cinquante et un ans après la thèse, le cuivre pèse plus lourd qu'en 1975

L'avertissement de 1975 se lit autrement en 2026. La croissance du produit intérieur brut réel congolais a dépassé 5,5 % en 2025, portée par un cuivre à prix record, alors même que l'AFC/M23 soutenue par l'armée rwandaise s'emparait de Goma puis de Bukavu et que le gouvernement suspendait volontairement les exportations de cobalt. La RDC assure près des trois quarts de la production mondiale de cobalt et se maintient au deuxième rang mondial pour le cuivre, avec des exportations proches de trois millions de tonnes.

C'est la démonstration de la première moitié de la thèse. Le cuivre est bien un moteur de croissance, au point de porter à lui seul une économie en guerre. C'est aussi la vérification de la seconde moitié. Une économie qui tient parce que le prix d'un métal est haut tient par ce prix, et par rien d'autre.

La diversification qu'il prescrivait en 1975 reste un chantier. Le débat congolais l'a reformulée depuis en transformation locale, en interdiction d'exportation des concentrés, en quotas sur le cobalt, en " Made in DRC ". Les instruments ont changé de nom, la question posée par la thèse de Louvain n'a pas changé de nature.

Nyembo Shabani appartenait à cette génération d'économistes congolais formés à Lovanium et à Louvain, entrés aux affaires avant trente ans et restés dans les livres après en être sortis. Il aura vu le pays qu'il conseillait passer d'une monnaie à sept chiffres à une croissance de 5,5 %, et le cuivre qui faisait l'objet de sa thèse redevenir le premier sujet de politique économique nationale.

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