Le 13 août 2026, onze partenaires réunis dans le Groupe de contact international pour la région des Grands Lacs ont demandé à Kinshasa " un plan d'action assorti d'un calendrier réaliste pour assurer la neutralisation effective des FDLR ". La demande a été lue partout comme une injonction adressée à la seule capitale congolaise. Elle est tombée alors que ce plan était en cours de présentation à Genève, la veille et le jour même.

Les 12 et 13 août, la sixième réunion du Mécanisme conjoint de coordination de la sécurité s'est tenue dans la ville suisse, avec la RDC, le Rwanda, les États-Unis, le Qatar, le Togo et l'Union africaine. La délégation congolaise y a présenté son plan de désarmement, de démobilisation et de réintégration des combattants des FDLR. La MONUSCO a complété l'exposé en partageant son expérience opérationnelle en la matière. Deux initiatives y ont été déposées, le renforcement du mécanisme de coordination sécuritaire et l'amélioration du comité chargé du suivi du cessez-le-feu et des mouvements de troupes. Les États-Unis doivent les examiner avant la réunion suivante, fixée aux 16 et 17 septembre.

Un jour sépare l'ouverture de la réunion genevoise, le 12 août, de la déclaration du Groupe de contact du 13. La séquence n'est donc pas celle d'une injonction suivie d'une réponse, mais de deux processus parallèles qui se sont croisés.

De Londres au protocole, cinquante jours

Le point de départ documenté est le 24 juin, à Londres. La sixième réunion du Comité conjoint de supervision de l'accord de paix y a réuni la RDC, le Rwanda, les États-Unis, le Qatar, le Togo comme médiateur de l'Union africaine et la Commission de l'Union africaine. Le compte rendu répartit les tâches en deux colonnes : " La RDC a fait le point sur ses efforts pour neutraliser les FDLR ", tandis que le Rwanda informait sur le processus de désengagement de ses forces et la levée de ses mesures défensives. Les participants y ont réaffirmé la mise en œuvre intégrale de l'accord de paix du 27 juin 2025, le désamorçage des tensions autour de Minembwe et le déploiement rapide du mécanisme de vérification élargi.

Cinq semaines plus tard, dans la nuit du 28 au 29 juillet, le ministre de l'Intégration régionale Floribert Anzuluni a annoncé en conférence de presse qu'une faction des FDLR avait signé un protocole portant sur trois volets, démilitarisation, démobilisation et cantonnement, élaboré avec l'appui de la MONUSCO.

Kigali a rejeté l'initiative sans délai. Le ministre rwandais des Affaires étrangères, Olivier Nduhungirehe, a qualifié l'annonce de " non-événement " et l'a présentée comme " sans fondement juridique ", au motif que les FDLR ne sont pas partie à l'accord mais constituent l'une des menaces que la RDC s'est engagée à neutraliser. Kigali s'appuie sur le concept d'opérations et son délai de quatre-vingt-dix jours, et accuse Kinshasa d'avoir maintenu un soutien militaire au groupe, accusation que la partie congolaise rejette.

Le désaccord porte sur une définition. Pour Kigali, neutraliser suppose une opération militaire dans le délai de quatre-vingt-dix jours du concept d'opérations. Pour Kinshasa, la reddition volontaire, le désarmement et le cantonnement exécutent la même obligation par un autre moyen, celui-là même que le protocole du 28 juillet organise en trois volets. Ni l'accord du 27 juin 2025 ni le concept d'opérations n'ont été publiés dans une version qui permettrait au lecteur de trancher.

Ce que le Groupe de contact valide, et ce qu'il exige

C'est sur cette définition que la déclaration du 13 août a un effet. Ses onze signataires, les États-Unis, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Union européenne, la France, l'Allemagne, les Pays-Bas, la Suède, la Suisse et le Royaume-Uni, accueillent le protocole en estimant que " cette avancée peut contribuer aux efforts de paix en cours dans la région ".

Le mot compte, parce qu'il contredit frontalement le " non-événement " opposé par Kigali le 29 juillet. En demandant que le protocole soit mis en œuvre, les onze partenaires le traitent comme un élément du processus, non comme une manœuvre extérieure. La même déclaration pose trois conditions. Elle réclame le plan et le calendrier. Elle demande que soient clarifiés les mécanismes de lutte contre l'impunité prévus par le protocole. Elle avertit que " toute forme de collaboration opérationnelle ou de cohabitation avec des éléments des FDLR " serait incompatible avec les engagements pris, ce qui reprend en creux l'accusation rwandaise. Elle recommande enfin une coopération étroite avec la MONUSCO.

Un point mérite d'être dit avec précision, parce qu'il tempère la lecture triomphale. Le texte du 13 août n'adresse aucune demande spécifique au Rwanda. Il appelle l'ensemble des parties signataires à poursuivre la mise en œuvre, rappelle l'obligation de protéger les civils et de respecter les résolutions du Conseil de sécurité, et exige, selon ses termes, " un accès humanitaire sûr, complet et sans entrave ". Les demandes nommément adressées vont à Kinshasa.

Le rapport de force s'est donc déplacé sur un seul point, la recevabilité de la méthode congolaise, et sur un seul terrain, celui des mots. Sur le terrain des obligations, la charge de la preuve reste du côté de Kinshasa.

Trois échéances la matérialiseront. Les 16 et 17 septembre, les États-Unis auront examiné les deux initiatives déposées à Genève. Le plan de désarmement présenté au Mécanisme conjoint devra produire des sites de cantonnement identifiables et des effectifs vérifiables. Et le désengagement rwandais, dont Londres suivait la trajectoire en parallèle depuis le 24 juin, devra être mesuré au même titre. Une faction n'est pas un mouvement, un protocole n'est pas un désarmement, et une reconnaissance diplomatique ne vaut pas exécution.

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Source : https://beto.cd/fdlr-plan-ddr-geneve-groupe-contact-international-13-aout/