Face à ces accusations, plusieurs notables de Shabunda appellent cependant à la prudence. Ils demandent que les faits soient établis avec rigueur avant toute conclusion, redoutant que des informations invérifiées ne viennent attiser les tensions entre communautés qui vivent depuis longtemps dans un même espace.

Le Kimbilikiti, institution traditionnelle profondément enracinée dans la culture lega, se retrouve ainsi au cœur d'une controverse qui dépasse désormais la seule sphère coutumière et culturelle.

Certaines voix dénoncent des pratiques qu'elles lui attribuent, tandis que d'autres refusent que d'éventuels actes criminels ou abus individuels soient automatiquement imputés à l'ensemble d'une communauté.

Des informations qui restent à établir

À ce stade, les allégations faisant état de dizaines de victimes ne permettent pas, à elles seules, d'établir avec certitude l'ampleur des violences ni l'identité de leurs éventuels auteurs. Dans un contexte aussi sensible, la circulation de récits non corroborés peut rapidement transformer une rumeur en accusation collective, puis une accusation en affrontement communautaire.

Les notables qui prennent la parole plaident donc pour une vérification indépendante des faits, l'identification précise des victimes éventuelles et la clarification des circonstances dans lesquelles les incidents auraient été commis.

Cette exigence de vérité apparaît d'autant plus importante que les réseaux sociaux constituent désormais un puissant accélérateur de colère. Une information non vérifiée, relayée massivement, peut suffire à raviver de vieilles méfiances et à fragiliser davantage un tissu social déjà exposé aux tensions.

Préserver la cohabitation

Au-delà des divergences autour du Kimbilikiti, l'enjeu immédiat demeure la préservation de la paix entre les communautés lega et Bashi. Plusieurs voix locales invitent les responsables coutumiers, religieux, communautaires et administratifs à privilégier la concertation plutôt que la confrontation.

Le principe est simple : la responsabilité d'un individu ne saurait être transformée en culpabilité collective. Toute personne soupçonnée d'avoir commis une infraction doit pouvoir être identifiée et répondre de ses actes dans le respect de la loi, sans que son appartenance communautaire serve de prétexte à une condamnation générale.

Dans un territoire où les équilibres sociaux peuvent se fissurer en quelques heures, la retenue n'est donc pas une faiblesse. Elle constitue une nécessité.

À Shabunda, l'urgence est désormais double : établir les faits avec précision et empêcher que l'émotion ne se substitue à la vérité. Car lorsque la rumeur devient juge, la justice recule, et lorsque la communauté devient accusée à la place de l'individu, la fracture devient souvent plus profonde que le crime lui-même.

Les autorités compétentes sont ainsi appelées à documenter les éventuels incidents, à protéger les populations exposées et à engager, si nécessaire, des enquêtes impartiales. La recherche de la vérité, le dialogue intercommunautaire et le respect des mécanismes légaux apparaissent comme les seules voies susceptibles d'éviter que la controverse autour du Kimbilikiti ne se transforme en nouvelle plaie dans le tissu social de Shabunda.

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