Au moins douze civils ont été tués et plusieurs autres blessés dans la zone d'Umm Arada, au sud-ouest d'El Obeid. Le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires rapporte ce bilan en citant les autorités locales. Dans le Kordofan-Nord, des témoins ont décrit des frappes menées par des avions de chasse et des drones de l'armée soudanaise. L'Organisation internationale pour les migrations, elle, a recensé plus de 4 200 personnes déplacées sur les seules journées de vendredi et samedi.
Umm Arada se trouve à environ vingt-cinq kilomètres de la capitale du Kordofan-Nord. Le 14 août, des combats y ont éclaté ainsi qu'autour des collines de Hashaba, rapporte Sudan Tribune. L'armée soudanaise affirme avoir repoussé deux assauts des Forces de soutien rapide au moyen de son artillerie et de ses propres drones. Les FSR revendiquent au contraire la prise d'Umm Arada et présentent cette poussée comme une avancée opérationnelle majeure. Aucune des deux versions n'a été vérifiée de façon indépendante.
Le Kordofan face à une crise humanitaire croissante
Le mouvement dépasse largement les dernières quarante-huit heures. Dans son point de situation du 19 août, l'OIM dénombre plus de 200 000 personnes nouvellement déplacées dans la région du Kordofan depuis la fin de l'année 2025, et une hausse de 25 % des déplacements sur les huit derniers mois dans la seule localité de Sheikan, celle qui abrite El Obeid. L'agence signale par ailleurs que le transformateur électrique principal de la ville a été endommagé par les combats et les frappes de drones : les coupures qui en résultent ont interrompu le pompage de l'eau et perturbé les formations sanitaires comme les télécommunications.
" Les signaux d'alerte sont impossibles à ignorer ", déclare Amy Pope, directrice générale de l'OIM. " À travers le Soudan, des familles fuient la violence, perdent l'accès à l'eau, à l'électricité et aux soins de santé, et affrontent désormais le fardeau supplémentaire d'inondations destructrices. "
La Darfur Victims Advocacy Organization et l'organisation Hope and Refuge for Refugees ont, elles aussi, tiré la sonnette d'alarme. Dans une déclaration publiée mardi, les deux organisations affirment, sur la base de témoignages de personnes déplacées, de volontaires et de témoins, que plusieurs familles ont quitté leurs localités pour d'autres sites de la région de Sheikan, tandis que d'autres ont pris la direction d'Omdurman, dans l'État de Khartoum, à la recherche de sécurité et d'un abri. Cette vague survient alors que les prix des produits alimentaires connaissent une nouvelle hausse à l'approche de la saison des pluies.
Quarante drones au-dessus d'une ville de 500 000 habitants
El Obeid compte environ 500 000 habitants et accueille en outre plus de 100 000 déplacés dans ses camps. Jusqu'à quarante drones y opèrent simultanément, et le Kordofan-Nord est l'État soudanais qui a enregistré le plus grand nombre de frappes de drones en 2026. Les habitations, les marchés et jusqu'aux funérailles figurent parmi les cibles touchées.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l'homme, Volker Türk, a placé la ville au rang d'alerte maximale : " Ce n'est pas un exercice. C'est une alerte rouge qui doit atterrir sur les bureaux des chefs d'État. " La comparaison qui hante les organisations est celle d'El Fasher, où environ six mille civils ont été tués en 2025 et où des enquêteurs ont relevé des indicateurs de génocide.
L'eau est déjà devenue un enjeu de survie. Les réseaux de distribution ont été détruits, le choléra progresse dans certains quartiers, et les Nations unies indiquent avoir acheminé avec leurs partenaires deux millions de litres d'eau potable au bénéfice d'environ 133 000 personnes dans la ville. Anna Mutavati, directrice d'ONU Femmes pour l'Afrique de l'Est, décrit le trajet vers les points d'eau comme un pari mortel pour les femmes, exposées au harcèlement et aux violences sexuelles.
L'International Rescue Committee alertait dès le 29 juin sur une offensive imminente, en pointant des frappes de drones dirigées contre les dépôts de carburant et les stations de pompage. " Quand l'eau cesse de couler et que le carburant vient à manquer, les gens ne peuvent pas survivre, et quand les routes sont délibérément bloquées, ils ne peuvent pas s'échapper ", déclarait Richard Data, directeur pays de l'organisation au Soudan.
Une bataille à fort enjeu militaire et médiatique
Le média Modern Diplomacy accuse les Forces armées soudanaises de déployer des hommes et des équipements militaires dans des quartiers résidentiels et à proximité d'infrastructures civiles, exposant les habitants aux risques liés aux combats. Le journal Arab Files avance de son côté que les restrictions imposées aux déplacements des civils à El Obeid constitueraient la principale contradiction entre le discours de protection de la population et les pratiques observées sur le terrain : empêcher les habitants de quitter la ville revient à les maintenir au milieu des combats.
Des mouvements militaires sont par ailleurs signalés dans les secteurs de Jabra al-Sheikh et de Rahid al-Nuba, moins couverts par les médias internationaux que la situation à El Obeid. Le récit lui-même est devenu un front : chaque partie cherche à imposer sa lecture des événements, et les accusations de propagande et d'instrumentalisation des données humanitaires se multiplient.
Un pays à 8,6 millions de déplacés et un appel financé à 40 %
El Obeid n'est qu'un point sur une carte saturée. Le Soudan compte 8,6 millions de déplacés internes depuis le début de la guerre en avril 2023, et le bilan humain du conflit est estimé à 59 000 morts. Près de 18 000 personnes ont été chassées de plus de vingt villages de la localité de Sirba, au Darfour-Ouest, dans la première quinzaine d'août, la plupart parties vers le Tchad. Plus de mille familles ont été déplacées par les inondations dans les camps de Tawila, au Darfour-Nord, et 7 800 personnes dans la zone de Geissan, au Nil-Bleu.
L'argent manque au moment précis où les besoins augmentent. L'appel humanitaire de trois milliards de dollars pour le Soudan n'est financé qu'à 40 %, soit 1,2 milliard reçu. Trois formations sanitaires ont fermé au Darfour-Centre faute de financement, privant environ 75 000 déplacés de services de santé essentiels, alors que plus de trente millions de Soudanais ont besoin d'une assistance humanitaire.
Cette guerre a déjà croisé la route de BETO à plusieurs reprises : les frappes de drones au Darfour et leurs effets sur les déplacements, le bilan de trois ans de conflit en meurtres, tortures et violations des droits humains, et, en juin, la demande de corridors humanitaires pour El Obeid. Les trêves humanitaires annoncées par les FSR n'ont pas modifié la trajectoire.
L'armée soudanaise continue de rejeter les appels au cessez-le-feu et à la reprise des négociations. Deux chiffres manquent pour mesurer ce qui se joue à El Obeid : aucun bilan indépendant des civils tués dans la ville depuis le début de l'offensive n'a été publié, et le nombre d'habitants qui ont réussi à en sortir depuis le mois de juin n'est pas connu.
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