Le 17 juillet 2026, au sortir d'une audience à la Cité de l'Union africaine, c'est le cardinal Fridolin Ambongo Besungu qui a annoncé le dialogue national, au nom de la délégation des chefs des confessions religieuses. " Nous nous réjouissons de cette annonce et exprimons notre gratitude au Chef de l'État ", a déclaré l'archevêque de Kinshasa devant la presse. Dès le lendemain, la Conférence épiscopale nationale du Congo et l'Église du Christ au Congo ouvraient leurs consultations avec la classe politique, à l'archevêché de Kinshasa, et obtenaient le report de la marche d'opposition prévue le 22 juillet.
Six semaines plus tard, le président Félix Tshisekedi a annoncé lui-même l'ouverture du dialogue, dans un message à la Nation diffusé le 27 août. Au 4 septembre, aucune réaction publique de la CENCO à ce texte n'est documentée : ni communiqué du secrétariat général, ni point de presse, ni déclaration de son président Mgr Fulgence Muteba Mugalu, de son secrétaire général Mgr Donatien Nshole Babula ou du cardinal Ambongo. Le dernier texte mis en ligne sur le site de la CENCO date du 7 août. Le dernier article de Radio Okapi consacré à une prise de parole conjointe CENCO-ECC date du 20 juillet.
Une architecture où les Églises ne sont pas nommées
Le document présidentiel, une allocution écrite de quinze pages publiée par la Présidence, décrit un processus qui " ne commencera pas à Kinshasa, mais au cur de nos 26 provinces, de nos territoires et de nos communautés ". Des forums préliminaires se tiendront au chef-lieu de chaque province, puis un document de synthèse nationale servira de socle aux assises de Kinshasa. Deux ordonnances sont annoncées : l'une instituant un Comité d'organisation, l'autre convoquant le dialogue et créant une Commission préparatoire. Le processus est borné : " L'ensemble du processus sera limité à une durée maximale de trois mois. " Il doit aboutir à un Pacte national pour la paix, la cohésion et la refondation de l'État.
Le texte ne mentionne ni la CENCO, ni l'ECC, ni aucune médiation confiée aux Églises. Il énonce en revanche : " Ce Dialogue ne sera la propriété d'aucun parti, d'aucune institution, d'aucune confession religieuse, d'aucune personnalité ni d'aucune majorité politique. " Les confessions religieuses y figurent à un seul endroit, celui de la Commission préparatoire : " Les confessions religieuses y seront représentées et contribueront, par leur autorité morale, leur expérience et leur proximité avec les populations, à instaurer la confiance et à favoriser le consensus. " Être représenté dans une commission préparatoire et conduire une médiation ne sont pas la même fonction. L'écart entre le dispositif de juillet, tel qu'il a été rapporté, et celui du 27 août, tel qu'il est écrit, n'a été qualifié publiquement par aucune des deux parties.
Au 4 septembre, aucune des deux ordonnances annoncées n'a été publiée. La composition du Comité d'organisation, celle de la Commission préparatoire et la place exacte qui y sera réservée aux Églises restent inconnues.
Dix-huit mois de travail préparatoire
Le silence porte sur un dossier que les Églises ont porté seules pendant un an et demi. Le 15 janvier 2025, la CENCO et l'ECC lançaient à Kinshasa le Pacte social pour la paix et le bien-vivre ensemble, adossé à la notion de bumuntu, avec Didier Mumengi à la coordination du secrétariat technique. La délégation a rencontré le chef de l'État, le président de l'Assemblée nationale Vital Kamerhe et l'opposant Martin Fayulu début février 2025, puis les rebelles de l'AFC et du M23 à Goma le 12 février, puis le président rwandais Paul Kagame à Kigali le 13 février. Elle a présenté son projet aux opposants congolais d'Europe le 17 février, aux États-Unis le 4 avril. Le 21 juin 2025, elle remettait à Félix Tshisekedi, à la Cité de l'Union africaine, le rapport de trois mois de consultations. Le 25 août 2025, les confessions religieuses dévoilaient une feuille de route en quatre étapes et exhortaient le chef de l'État, " en sa qualité de garant de la Nation ", à poser les actes officiels.
Ce travail s'est déroulé sans l'accord du parti présidentiel. Le 11 février 2025, l'UDPS publiait une déclaration signée de son président a.i. Augustin Kabuya, insistant sur le caractère laïc de l'État et estimant que l'Église ne devrait pas s'immiscer dans les initiatives politiques. Le 26 février 2025, le passeport de Mgr Nshole était confisqué pendant plus d'une heure par la Direction générale des migrations à l'aéroport de la Luano, à Lubumbashi, alors qu'il rentrait de Dar es Salaam avec le président de la CENCO. La conférence épiscopale réagissait le jour même sur son compte X : " Ce genre de provocation ne favorise pas la recherche pacifique de la paix et de la cohésion nationale. "
C'est ce précédent qui rend le silence actuel mesurable. La CENCO a démontré qu'elle sait rendre publique une position en moins de vingt-quatre heures quand elle l'estime nécessaire. Sur les seize derniers mois, elle a utilisé au moins cinq registres de parole : messages d'assemblée plénière, communiqués réactifs du secrétariat général, points de presse, déclarations à Radio Okapi et prises de parole du cardinal Ambongo à l'issue d'audiences présidentielles.
Trois jours après l'annonce, une tribune partagée sans un mot
Le dimanche 30 août, Mgr Emmanuel-Bernard Kasanda, évêque de Mbuji-Mayi, a présidé la messe de dédicace de la basilique Notre-Dame de l'Espérance en présence du couple présidentiel. Son homélie a porté sur la vie spirituelle : " Nous devons comprendre qu'une église n'est pas d'abord faite de pierres. Elle est faite de cette passion pour Dieu qui brûle dans nos curs de croyants. " Ni le compte rendu de Radio Okapi ni celui de la Présidence ne rapportent de propos sur le dialogue national.
Pendant la même période, d'autres acteurs ont pris position. Le 28 août, la Coalition article 64 a rejeté le processus par la voix de Martin Fayulu : " La coalition article 64 oppose un non catégorique et rejette avec force les prétendues consultations populaires initiées par Félix Tshisekedi en lieu et place du dialogue national inclusif. " Elle motive ce refus par trois griefs : des consultations qui " ne répondent ni à l'urgence de la guerre, ni à l'insécurité, ni aux crises sanitaires, ni à la détresse sociale des Congolais ", le soupçon d'une manuvre visant le changement de la Constitution et un troisième mandat, et celui d'une consolidation de la partition du pays. Le même jour, le Cadre de concertation national de la société civile saluait l'annonce et convoquait une réunion préparatoire le 1er septembre à Kinshasa.
Le discours du 27 août ferme aussi la porte à une composante : " Ne pourront donc pas participer à ce Dialogue en qualité de composantes politiques ceux qui, à l'ouverture du processus, combattent par les armes l'ordre constitutionnel, occupent par la force une partie du territoire national, administrent illégalement des entités de la République ou agissent au service d'une puissance étrangère, en l'occurrence le Rwanda. " Le processus de Doha " demeure le cadre approprié " pour traiter avec l'AFC/M23. Or la CENCO et l'ECC avaient, elles, rencontré ces acteurs : le 12 février 2025 à Goma, la délégation conjointe présentait son plan de sortie de crise aux rebelles de l'AFC et du M23, avec un tête-à-tête avec Corneille Nangaa, avant d'être reçue le lendemain à Kigali par Paul Kagame. L'inclusivité que les Églises ont pratiquée pendant dix-huit mois et le périmètre fixé le 27 août ne se recouvrent pas.
Un document de travail de sept pages attribué conjointement à la CENCO et à l'ECC, critique de la méthode retenue par la Présidence, circule depuis le 1er septembre. Il n'a été publié ni par la CENCO ni par l'ECC, et n'est relayé par aucune source vérifiable. Sa date de rédaction, son statut et jusqu'à son authenticité restent à établir. Le silence documenté est donc un silence public, ce qui ne dit rien de ce qui a pu être transmis en privé.
Un précédent : la médiation de 2017
La CENCO a déjà conduit une médiation nationale, puis y a mis fin publiquement. Le 10 août 2016, sa 53e assemblée plénière décidait d'offrir ses bons offices. Elle faisait aboutir l'accord du 31 décembre 2016, dit de la Saint-Sylvestre. Le 27 mars 2017, faute d'accord sur le mode de désignation du Premier ministre issu de l'opposition et sur la présidence du Conseil national de suivi de l'accord, les évêques annonçaient la fin de leur mission sans compromis. Mgr Marcel Utembi, alors président de la conférence, constatait que les résultats obtenus étaient " loin de satisfaire la population " et indexait " le manque de bonne volonté politique et l'incapacité des acteurs politiques et sociaux de trouver un compromis ".
Le cardinal Ambongo, souvent présenté comme le président de la CENCO, ne l'a jamais été. La présidence est revenue à Mgr Nicolas Djomo de 2008 à 2016, à Mgr Marcel Utembi de 2016 à 2024, et à Mgr Fulgence Muteba depuis le 27 juin 2024. Ambongo est archevêque métropolitain de Kinshasa et préside le Symposium des conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar depuis février 2023.
Aucune assemblée plénière de la CENCO n'est annoncée pour septembre ou octobre. La prochaine tribune publique connue du cardinal Ambongo est l'ordination de treize diacres, ce samedi 5 septembre, à la cathédrale Notre-Dame du Congo.
Ce qu'il faut retenir
Entre le 20 juillet 2026, date de sa dernière prise de parole publique documentée sur le dialogue, et le 4 septembre, la CENCO n'a rendu publique aucune position sur un processus dont elle était, six semaines plus tôt, l'annonciatrice et la médiatrice de fait, et dont l'architecture a été redéfinie sans qu'elle y soit nommée. Les deux ordonnances qui préciseront la place des confessions religieuses ne sont pas publiées. Ni le secrétariat général de la CENCO ni le secrétariat technique du Pacte social n'ont fait connaître de position publique depuis l'allocution.
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