L'annonce d'un dialogue national par Félix Tshisekedi a réveillé les lignes de fracture de la classe politique congolaise. Martin Fayulu et la coalition C64 rejettent les consultations populaires prévues dans les 26 provinces, qu'ils considèrent comme une manuvre destinée à contourner un véritable dialogue inclusif. Sauvons la RDC réclame, pour sa part, une médiation confiée à la CENCO et à l'ECC, tandis que Jean-Marc Kabund, Franck Diongo, Seth Kikuni, Claudel Lubaya et plusieurs cadres d'Ensemble pour la République dénoncent un processus contrôlé par le pouvoir.
Les critiques les plus sévères présentent les consultations provinciales comme une tentative de gagner du temps ou d'organiser un congrès élargi de l'Union sacrée. Certains opposants estiment également que la population s'est déjà exprimée lors des élections de 2023 et qu'il n'est plus nécessaire de retourner vers elle. Cette lecture ne correspond cependant pas à l'architecture annoncée par le chef de l'État : les consultations ne remplacent pas le dialogue national, elles doivent le préparer.
Les provinces avant les états-majors politiques
Dans son allocution, Félix Tshisekedi précise que les consultations seront organisées dans les 26 provinces afin de recueillir les préoccupations des populations, des autorités locales, des élus, des forces politiques, de la société civile, des confessions religieuses et des milieux économiques. Les diagnostics provinciaux seront ensuite consolidés avant les assises nationales de Kinshasa. " Kinshasa ne sera pas le point de départ de ce processus, mais son aboutissement ", a-t-il affirmé.
La méthode marque une rupture avec les dialogues traditionnellement négociés entre dirigeants politiques dans la capitale. Une élection permet aux citoyens de choisir leurs gouvernants, mais elle ne suffit pas à identifier les causes particulières de l'insécurité, de l'absence de justice ou du recul de l'administration dans chaque territoire. Refuser d'entendre les provinces tout en réclamant un dialogue inclusif expose donc l'opposition à une contradiction : l'inclusivité ne peut pas se limiter aux chefs de partis et à leurs états-majors.
Le soupçon d'un troisième mandat résiste encore moins à la confrontation avec le discours. Félix Tshisekedi a clairement indiqué que le dialogue ne conduirait ni à une transition ni à la suspension des institutions. " Il ne sera pas une remise en cause indirecte du choix exprimé par notre peuple dans les urnes ", a-t-il déclaré, avant de garantir que les institutions poursuivraient leurs missions jusqu'au terme de leurs mandats constitutionnels. En l'absence d'une disposition annonçant une révision constitutionnelle, l'accusation relève davantage de la méfiance politique que du contenu réel du projet.
Dialoguer sans récompenser les armes
Le désaccord le plus profond porte sur la participation de l'AFC/M23. Certains opposants veulent que le mouvement armé soit intégré au dialogue au nom de l'inclusivité. Le président distingue pourtant deux négociations : Doha doit traiter de la cessation des hostilités, du désengagement, du cantonnement et du désarmement, tandis que le dialogue national doit permettre aux forces républicaines de définir les réformes internes du pays. " Nul ne peut prétendre s'asseoir à la table de la République tout en prenant les armes contre elle ", a-t-il prévenu.
Cette distinction empêche que la violence devienne une voie d'accès au pouvoir. Négocier avec l'AFC/M23 pour obtenir le silence des armes ne signifie pas lui reconnaître le droit de redessiner les institutions ou de réclamer des postes politiques. Une réintégration individuelle demeure possible pour ceux qui renoncent sincèrement et de manière vérifiable à la violence. L'opposition républicaine, en revanche, conserve toute sa place dans le processus, y compris lorsqu'elle critique sévèrement le pouvoir.
Le cadre présidentiel répond enfin au procès d'un dialogue sans lendemain. Sa durée maximale est fixée à trois mois et ses conclusions doivent être consignées dans un Pacte national accompagné d'une matrice publique précisant les responsabilités, les délais et les résultats attendus.
Les confessions religieuses participeront à la commission préparatoire et à la construction de la confiance, sans devenir propriétaires exclusives du processus. Le véritable test ne réside donc pas dans les intentions prêtées au président, mais dans l'application des garanties annoncées : indépendance de la commission, liberté des débats, représentativité des provinces et exécution effective des résolutions.
Odon Bakumba
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