" Ce dialogue ne sera pas une messe de plus à l'étranger, mais un débat au cur du pays. " La formule est de Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement, invité unique de l'émission Dialogue entre Congolais sur Radio Okapi le 3 septembre. Elle répond à ceux qui réclament une négociation hors du Congo, et elle prolonge le message présidentiel du 27 août.
Le discours du chef de l'État est en effet net sur le lieu : " Le processus s'ouvrira par des consultations dans les provinces. Il se poursuivra par des assises nationales à Kinshasa, sur le territoire de la République. Car un dialogue congolais consacré à l'avenir du Congo doit se tenir au Congo, sous la responsabilité des Congolais. "
Reste à savoir ce que recouvre le mot " plus ". Il suppose une série de dialogues congolais tenus à l'étranger. La carte des rendez-vous politiques des trente dernières années en dessine une autre.
Depuis 2013, aucun dialogue interne ne s'est tenu hors du Congo
Tous les rendez-vous politiques convoqués par l'État congolais depuis treize ans se sont tenus à Kinshasa. Les concertations nationales, du 7 septembre au 5 octobre 2013, au Palais du peuple. Le dialogue de la Cité de l'Union africaine, du 1er septembre au 18 octobre 2016. Les pourparlers sous les bons offices de la CENCO, qui aboutissent à l'accord du 31 décembre 2016 au Centre interdiocésain. Les consultations de Félix Tshisekedi, du 2 au 25 novembre 2020, au Palais de la nation. Celles conduites par Désiré-Casimir Eberande Kolongele, du 24 mars au 8 avril 2025.
Aucun n'a été délocalisé. Sur la période récente, la série que le mot " plus " suppose n'existe pas.
Une précision s'impose toutefois. Se tenir au pays ne signifie pas se tenir entre Congolais seuls. Le dialogue de 2016 s'est déroulé à Kinshasa, dans un bâtiment nommé Cité de l'Union africaine, sous la facilitation d'Edem Kodjo, ancien Premier ministre togolais mandaté par l'Union africaine.
La grande " messe à l'étranger " est celle que le président cite en exemple
Il faut remonter avant 2013 pour trouver un dialogue politique congolais tenu hors du pays. Il y en a un, et c'est le plus important de tous. Le Dialogue intercongolais s'est déroulé à Gaborone, Addis-Abeba, Genève, Sun City et Pretoria, entre 2001 et 2003. Il ne portait pas sur un cessez-le-feu mais sur les institutions, la Constitution, l'armée, la justice et les élections. Il a produit la Constitution de la transition et la répartition de tout l'appareil d'État.
Le discours du 27 août le mentionne, et pour en dire du bien : " Le Dialogue intercongolais de Sun City a contribué à réunifier les institutions après des années de guerre et de partition de fait du territoire national. "
Le président ne reproche d'ailleurs jamais aux processus antérieurs leur géographie. Le mot " étranger " n'apparaît dans son texte qu'au féminin pluriel, pour désigner des armées. Ce qu'il leur reproche est autre chose : " nombre de ces processus sont demeurés concentrés entre acteurs politiques, dans des espaces éloignés des réalités quotidiennes de nos populations ". Le grief porte sur la distance au peuple, pas sur la distance au territoire.
La guerre, elle, a déjà été négociée à Goma
La frontière que la formule suggère ne tient pas davantage dans l'autre sens. Deux accords sur la guerre à l'Est ont été signés en RDC même, tous deux à Goma.
La conférence sur la paix, la sécurité et le développement dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu s'est tenue à Goma en janvier 2008, dans les locaux de l'Université libre des Pays des Grands Lacs, à la convocation de Joseph Kabila. Elle a produit deux actes d'engagement signés le 23 janvier 2008, un par province, par le gouvernement, le CNDP, la PARECO et une dizaine de groupes Maï-Maï, sous le témoignage des Nations unies, de l'Union africaine, de l'Union européenne, des États-Unis et de la CIRGL.
L'accord de paix entre le gouvernement et le CNDP porte, lui, la mention " Goma, le 23 mars 2009 ". Signé par Désiré Kamanzi pour le CNDP et Raymond Tshibanda pour le gouvernement, sous le témoignage d'Olusegun Obasanjo et de Benjamin Mkapa, il commence par cette phrase : les parties se disent " Réunis en plusieurs sessions à Nairobi (Kenya) et Goma (RDC) sous les auspices de la co-Facilitation ". Un même processus, deux pays.
En mai 2022, la session dite Nairobi II du processus conduit par la Communauté d'Afrique de l'Est s'est tenue à Goma, Beni, Bunia et Bukavu, avec 56 groupes armés locaux.
Deux négociations congolaises se tiennent en ce moment hors du pays
Au moment où la formule est prononcée, le gouvernement congolais négocie à trois endroits. À Kinshasa, où il prépare le dialogue. À Washington, où l'accord avec le Rwanda a été signé le 27 juin 2025. Et dans le cadre du processus de Doha avec l'AFC/M23, ouvert au Qatar en avril 2025, dont deux sessions se sont tenues en Suisse, à Montreux, du 13 au 18 avril puis du 17 au 21 août 2026.
Le discours du 27 août ne les oppose pas au dialogue national, il les articule : " Les processus engagés à Washington et à Doha, ainsi que les initiatives conduites sous l'égide de l'Union africaine, avec l'appui de la CIRGL, de la SADC, de l'Union européenne et des Nations Unies, ont ouvert de nouvelles perspectives de sortie de crise. " Et plus loin : " Le processus de Doha demeure le cadre approprié pour traiter avec l'AFC/M23 (…) Le Dialogue national ne se substituera pas à ce processus. "
Le partage que pose le président est thématique, pas géographique. Washington traite " la dimension interétatique du conflit ", Doha " la cessation des hostilités avec l'AFC/M23 ", et le dialogue national ce qu'" aucun accord diplomatique ne peut définir, à la place des Congolais ".
Un dernier fait complète le tableau. Du 4 au 7 juillet 2026, des dirigeants de l'opposition congolaise et des chefs des Églises congolaises ont été reçus à Bujumbura par Évariste Ndayishimiye, président en exercice de l'Union africaine, pour discuter de la crise politique congolaise. Six semaines avant l'annonce présidentielle, des Congolais ont donc parlé de leurs institutions à l'étranger.
Ce qu'il faut retenir
La formule du porte-parole est exacte comme annonce : le discours du 27 août prévoit bien des assises à Kinshasa précédées de consultations dans les 26 provinces. Elle est inexacte comme description du passé récent, puisque aucun dialogue politique interne ne s'est tenu hors du pays depuis 2013, et que la seule grande négociation congolaise sur les institutions menée à l'étranger, celle de Sun City, est citée en exemple par le président lui-même. Elle est incomplète comme description du présent, puisque deux processus congolais actifs se déroulent hors du pays, à Washington et en Suisse, et que le chef de l'État les déclare indispensables. Le partage retenu par le discours du 27 août est plus solide que le raccourci géographique : il distingue ce qui se négocie avec des États et des groupes armés de ce que les Congolais doivent décider entre eux.
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