346 voix pour. Aucune contre. Une abstention. Un ancien chef de l'État à la tête d'un front armé. Deux Églises muettes depuis cinq semaines. Et, pendant ce temps, les leaders de la Coalition Article 64 en conclave à Rome.

Ces quatre faits tiennent en douze jours. Mis bout à bout, ils ne posent plus à la C64 la question qu'elle s'était choisie, celle de la Constitution. Ils lui en posent une autre, plus brève et plus rude : quel camp.

La C64 porte dans son nom la réponse qu'elle cherche

L'article 64 de la Constitution fait obligation à tout Congolais de faire échec à tout individu ou groupe qui prend le pouvoir par la force ou l'exerce en violation de la Constitution. La coalition a pris cet article pour nom. Elle l'a fait en mai, à Kinshasa, contre une révision constitutionnelle qu'elle redoutait.

Le 12 octobre, à Goma, Joseph Kabila a pris la tête du Front pour la refondation de la nation. Un ancien président de la République, dans une ville occupée, à la tête d'un front qui se donne pour objet de refonder l'État en dehors des urnes. Ce n'est pas une interprétation de l'article 64 : c'est exactement l'hypothèse que cet article prévoit.

Nous l'avons écrit il y a quatre jours et nous le maintenons : après le FRN, on ne peut plus réclamer une chaise pour Joseph Kabila au nom de l'inclusivité. Le porte-parole du gouvernement a dit la même chose autrement, " vous ne pouvez pas vous fonder sur l'article 64 de la Constitution pour venir la tuer ". Sur ce point précis, il a raison, et la C64 n'a pas besoin d'un conclave pour s'en convaincre : il lui suffit de relire son propre acte de naissance.

Le vote de vendredi ne ferme aucune porte, le boycott oui

Vendredi 23 octobre, l'Assemblée nationale a revoté la loi sur le référendum après réécriture des treize articles sur lesquels la Cour constitutionnelle avait formulé des observations. 347 députés ont pris part au vote, 346 l'ont approuvée, un s'est abstenu. Le texte doit encore passer au Sénat en seconde lecture, puis être promulgué.

L'opposition parlementaire a boycotté l'examen du texte et dénoncé un passage en force. Le président du groupe Ensemble pour la République a prévenu la majorité avant le vote.

" Le passage en force de cette loi en seconde lecture, sans la participation de l'opposition à tous les niveaux, sera considéré comme une fermeture brutale de la porte du dialogue", a dénoncé Christian Mwando, président du groupe parlementaire Ensemble pour la République.

L'avertissement est recevable. Mais il bute sur une arithmétique que l'opposition a elle-même fabriquée. Un siège vide ne pèse rien. Une minorité présente aurait laissé au procès-verbal des voix contre, des amendements rejetés, une trace. En se retirant, elle a transformé sa minorité en zéro et offert à la majorité un score que celle-ci n'aurait pas obtenu seule. Le 346 contre rien de vendredi n'est pas seulement l'œuvre du camp présidentiel.

Et la loi n'est pas la Constitution. Elle organise la procédure. La lecture selon laquelle elle ouvrirait la voie à un troisième mandat est une lecture, que nous avons nous-mêmes discutée sans complaisance. Une lecture se bat au Sénat, devant la Cour, puis dans une urne. Pas dans un communiqué depuis l'étranger.

Rome, et l'arbitre qui n'est plus là

Rome n'est pas une adresse neutre. On y va chercher une médiation, un parrainage, une parole morale qui vaille caution. C'est légitime, et ce n'est pas nouveau dans l'histoire politique congolaise.

Sauf que la médiation dont la C64 aurait besoin n'a plus de relais ici. La CENCO et l'ECC, qui portaient le Pacte social et avaient annoncé le dialogue, n'ont pipé mot depuis la mi-septembre : ni sur la marche réprimée, ni sur le FRN, ni sur les treize partis interdits. Un parrainage romain sans relais kinois est une photographie, pas un rapport de force.

Il y a plus gênant. Une question constitutionnelle congolaise ne se tranche pas à Rome. Elle se tranche au Palais du Peuple, devant la Cour constitutionnelle, et devant des électeurs congolais. Chaque fois que notre classe politique est allée chercher dehors l'arbitrage qu'elle refusait de livrer dedans, elle est revenue avec un accord que personne n'a appliqué.

La place de la C64 existe, et elle est à Kinshasa

La question mérite d'être posée franchement : quelle place reste-t-il à la C64 ? La réponse n'est pas celle que ses adversaires espèrent. Elle n'est pas condamnée à disparaître entre un référendum et une rébellion.

Sa place est dans les sièges qu'elle a laissés vides au Sénat la semaine qui vient. Elle est à la table du dialogue national, où elle pèserait davantage que dans un conclave. Elle est dans une campagne, si le référendum vient, où le non est un droit entier. Elle est dans le contrôle du fichier électoral, dans l'état de la Constitution article par article, dans la question que personne ne veut poser : qui votera, quand quatorze à dix-huit mille soldats rwandais tiennent une partie des Kivus.

Cette place-là, aucun camp ne peut la lui prendre. Elle peut seulement la laisser vide, comme vendredi.

Il n'y a pas de troisième camp

Reste la question que la C64 va devoir régler à Rome, et qu'elle ne réglera pas en la contournant. D'un côté, un État qui passe par le Parlement, par la Cour et, s'il le faut, par les urnes, et qu'on peut combattre pied à pied dans chacune de ces enceintes. De l'autre, un front qui passe par les armes, depuis une ville occupée, avec l'appui d'une agression extérieure documentée par les Nations unies.

Entre les deux, il n'y a pas d'espace neutre. Il y a une frontière, et elle n'est pas celle des partis : elle est celle de la méthode. On peut être l'adversaire le plus dur de Félix Tshisekedi et se tenir du bon côté de cette frontière. On ne peut pas réclamer une chaise pour ceux qui ont choisi l'autre.

La C64 n'a donc pas à choisir entre Tshisekedi et Kabila. Elle a à choisir entre la Constitution et ceux qui l'attaquent les armes à la main. Son nom le dit déjà. Il ne lui reste qu'à le dire à voix haute, et de préférence depuis Kinshasa.

Rédaction

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